Faut-il se préoccuper du sort personnel de Zida ?

Publié le mercredi 20 février 2019

Quand on le regarde agir, il ressemble plutôt à un zombie. Une sorte de Frankenstein qui à force d’aligner les monstres finira par se faire dévorer par une de ses créatures. Tout ce qu’il a entrepris sous cette transition ne lui a pas réussi. Même quand il finit par vaincre, c’est à la Pyrrhus, au prix de terribles déchirements.
Zida finit ce mandat à la tête de l’Etat, totalement seul. Il est devenu général pour se protéger de ses frères d’arme. Situation des plus ubuesques. Mais l’homme ne semble plus avoir le luxe de ces petits scrupules. Il voulait aussi un point de chute douillet à Washington, mais là aussi ce n’est pas gagné d’avance. Dans le Confidentiel du dernier Jeune Afrique (n° 2865), sous le titre de «  Encombrant Zida », le confrère révèle le peu d’estime dont le général de «  Division  » (épithète qui n’a jamais si bien collé à la réalité), est l’objet dans l’entourage du nouveau président élu. Alors qu’il espère qu’on entérine sa nomination comme ambassadeur à Washington ou auprès des Nations-unies, le temps d’attendre 2020, pour revenir et compétir pour la présidentielle, les échos qui lui reviennent ne sont pas bons. Dans l’entourage du nouveau président on fait savoir que « le temps des nominations de complaisance dans les institutions internationales est révolu ». L’entourage du nouveau président est d’autant remonté que Zida ne cesse de leur savonner les planches. Si au MPP on a démenti que Roch a «  recadré Zida  », après sa malencontreuse sortie sur Savane FM, dans le dossier des écoutes téléphoniques, ce n’est surement pas pour le soutenir. Au MPP on sait bien que l’opinion nationale est irritable sur toute ingérence venue des bords de la lagune Ebrié. Alors en bons et expérimentés politiques, le MPP s’y est démarqué pour ne pas être accusé de collusion avec l’extérieur se réservant le droit de réagir au moment opportun. A partir du moment où un nouveau président est élu, l’exécutif sortant, normalement se garde de poser des actes qui l’embarrassent. Zida lui ne semble pas accessible à ces finesses.

« Zida finit ce mandat à la tête de l’Etat, totalement seul. Il est devenu général pour se protéger de ses frères d’arme. Situation des plus ubuesques. Mais l’homme ne semble plus avoir le luxe de ces petits scrupules »

Il faut craindre donc pour Zida que rien ne se réalise comme il le projette. Comme il ne cache pas son intention de revenir en 2020, pour concurrencer le MPP, alors il peut être sûr qu’il va souper du sort qui est généralement fait au dauphin qui se déclare très tôt. Le jour qu’il est déshabillé du mandat de premier ministre, ses ennuis vont commencer. Il est même possible qu’on pousse ses frères d’arme à lui régler ses comptes. Dans l’instruction sur le putsch, la hiérarchie de l’armée ne décolère pas contre lui. Pour le général Zagré, le Chef d’Etat-major de l’armée de terre et le secrétaire général du ministère de la Défense c’est Zida qui a instrumentalisé la justice militaire pour qu’elle les inculpe de complicité dans le putsch. Le directeur de la Justice militaire a beau démentir et rassurer que Zida n’y est pour rien, la hiérarchie de l’armée en est convaincue. Pour ne pas se laisser surprendre, les galonnés ont demandé et rencontré le président Michel Kafando. Mais la situation n’est pas décantée pour autant. L’épée de Damoclès étant toujours suspendue sur la tête des galonnés. Donc Zida quittant le premier ministère, n’a plus la protection de la fonction politique. Il est certes le plus galonné de l’armée aujourd’hui, mais cela ne va pas lui être d’un grand secours dans un environnement où il n’est pas reconnu et estimé.
On se demande donc, où Zida ira porter ses étoiles. Il ne peut pas être dans l’armée, parce que le patron de l’armée est moins gradé que lui. Il ne peut pas non plus aller chez les politiques. Tous se méfient de lui, convaincus qu’il peut trahir sans sourciller. Ironie du sort, il ne peut pas non plus aller se récréer à Abidjan en ces lieux qu’il affectionnait tant. Alors, plus que quiconque, Zida est celui qui appréhende la fin de la transition. Si en plus, le nouveau président, comme on lui prête l’intention ordonne un audit de la transition, en plus de l’inconfort de l’isolement, il devrait souffrir des insomnies d’une gestion des deniers qui est loin d’avoir été exemplaire. Mais sur ce dernier point, au moins, il peut se consoler de savoir qu’il aura de la compagnie de bonne facture.

Par Newton Ahmed Barry


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