Présidentielle 2015 : L’effondrement électoral des jeunes loups 

Publié le mercredi 20 février 2019

La présidentielle 2015 est désormais derrière nous. Pour ceux qui ont pris part à la compétition, il y a maintenant une obligation de bilan. C’est un passage obligé pour tous, en particulier ceux dont la politique n’est pas un simple hobby mais une véritable profession. Cela peut sembler un bien grand mot, mais la politique n’est pas une affaire de dilettantes. Ceux qui l’ont cru l’ont payé cash. Demandez à Zéphirin Diabré ou à Salif Diallo, quelle est la place qu’occupe la politique dans leur vie ? Le grand manager du PNUD et d’AREVA est plus que jamais devenu un manager politique. Quant à l’autre, la politique est depuis toujours l’essence de sa vie. Que dire de Roch Marc Christian Kaboré ? Tous ces jeunes qui ont voté pour lui ne savent même pas que dans une autre vie il a travaillé dans une banque de la place. Quand on fait de la politique sur la base d’un projet politique, la clé du succès se trouve dans l’organisation. Le miracle en politique c’est pour les rêveurs. Le bon Dieu qui est notre père à tous n’aime pas plus Pierre que Paul. Aide-toi et le Ciel t’aidera dit-on. Quand Zeph est entré en politique, bien que libéral il a commencé par mettre en oeuvre le mot d’ordre de Mao Tsé Toung : prendre les villes à partir des campagnes. C’est une question de bon sens pour peu qu’on connaisse la sociologie de notre pays. Le résultat se passe de commentaire.
En seulement deux ans d’existence et pendant que le Burkina était sous la férule totalitaire du pouvoir CDP, l’UPC, sous la conduite de Zeph a fait son entrée dans les chasses gardées, rarement violées du CDP et s’est emparé de plusieurs communes. Dans la même foulée, le parti du lion a raflé 19 sièges à l’assemblée nationale et partant, le poste de chef de file de l’opposition. C’est le résultat d’une stratégie politique d’occupation de terrain. Il faut dire que bien avant cela, il a procédé à l’installation des correspondants UPC dans les 45 provinces du pays.

« Les jeunes loups que sont Adama Kanazoé, Tahirou Barry, Saran Sérémé et Jean Baptiste Natama … ont impressionné par leurs discours dénués de tout complexe, par moments très offensifs. Mais leurs résultats électoraux les ramènent à cette réalité simple et dure que l’absence d’une base militante solide leur a été forcément fatale  »

Ces derniers avaient pour mission de continuer le travail de maillage dans les communes et les villages relevant de leur compétence territoriale. Les remarquables succès électoraux du 29 novembre engrangés par l’UPC doivent être regardés à l’aune de ce travail. On a déjà parlé du MPP qui malgré sa relative jeunesse n’en a pas moins occupé pleinement le terrain. Produit d’une scission du parti présidentiel, le MPP a hérité d’une partie des structures et des cadres, ainsi que du modèle d’organisation. Le reste a tenu à la notoriété et à l’image dont jouissent les dirigeants au sein des populations mais aussi aux moyens non négligeables qui ont permis de soutenir l’implantation des structures ainsi que le rythme d’une campagne électorale forcément onéreuse. A côté des deux mastodontes, il y a les autres et en particulier, les jeunes loups que sont Adama Kanazoé, Tahirou Barry, Saran Sérémé et Jean Baptiste Natama. Ils ont impressionné par leurs discours dénués de tout complexe, par moments très offensifs. Mais leurs résultats électoraux les ramènent à cette réalité simple et dure que l’absence d’une base militante solide leur a été forcément fatale. Sans doute, ont-ils tous été la révélation de cette campagne, allant jusqu’à brûler la politesse à leurs aînés comme Ram Ouédraogo, Salvador Yaméogo et dans une moindre mesure Bénéwendé Sankara. Il n’en reste pas moins que les scores qu’ils ont engrangés sont plutôt anecdotiques pour ne pas dire insignifiants. L’avenir sera bien meilleur s’ils savent tirer leçon de cette faible performance. Ne se sont-ils pas trop tôt jetés à l’eau ? N’était-il pas mieux de faire patiemment leur trou à l’instar de la fourmi ? Sans doute ont-ils voulu profiter de la formidable tribune que constitue la présidentielle pour faire passer leur message mais est-ce vraiment la meilleure plateforme pour le faire ? Ils peuvent penser qu’ils ont le temps devant eux mais le temps n’est pas toujours un bon allié. Il peut vous jouer de mauvais tours. Regardez Ram Ouédraogo et Bénéwendé Sankara ! On ne peut écarter l’idée qu’ils aient été victimes d’un effet de saturation de la population, une sorte de syndrome du « looser » (perdant). Si on ne travaille pas à grandir avant de se soumettre à la sanction populaire, on peut être victime du vote utile qui ne profite qu’aux grands. S’il y a une leçon que tous les candidats à la présidentielle doivent retenir, c’est que le succès électoral est affaire d’organisation et donc d’appareil. Aux OVNI politiques de bien vouloir s’abstenir désormais.

Par Germain B. Nama


Commenter l'article (0)