Tour du Faso 2015 : Le Maroc en jaune, le Burkina heureux malgré tout

Publié le mercredi 23 décembre 2015

La transition a sauvé le Tour du Faso 2015. Coup d’éclat publicitaire ? Engagement réel pour la bonne cause ? Une certitude, n’eût été la décision politique, le Tour du Faso n’allait pas avoir lieu. Et quelle édition ! Niveau de compétition très relevé, une adhésion massive et un Tour sans histoire étant donné que l’insécurité redoutéé a été maîtrisée. L’édition de la Transition est presque parfaite, juste qu’elle n’a pas pu, malgré des efforts éviter les ardoises.

A l’avant dernière étape du Tour 2015, les services du protocole d’Etat contactant l’organisation pour les détails de la cérémonie ont laissé filtrer du même coup la grande probabilité de la présence du chef de l’Etat, président de la Transition à la finale du Tour du Faso 2015. C’est le renouveau ! Car si le capitaine Thomas Sankara, en 1987 a assisté à la première édition du Tour du Faso, à sa suite le président Blaise Compaoré lui aussi avait pris l’habitude, au début de son règne d’être présent à l’arrivée finale du peloton. Les plus anciens se souviennent que les arrivées se jugeaient sur l’avenue Bassawarga à la hauteur de la cour royale du Moro Naba. Mais entre temps, rupture totale. 20 ans durant, plus de Président du Faso à l’accueil de la course à Ouagadougou. Alors qu’il était le locataire du palais présidentiel sis à Koulouba où les arrivées de la dernière étape ont été déplacées, Compaoré venait juste à son mur voir les coureurs passer ! Cette fois-ci, le Président du Faso aurait décidé de faire le déplacement pour apporter son soutien à une discipline populaire au Burkina mais qui cherche toujours sa voix. Le 8 novembre donc, confirmation. Le président Michel Kafando avec un léger cortège arrive et prend place. Une présence qui a sans doute fait pousser des ailes aux coureurs burkinabè. Le peloton de la 28e édition du tour du Faso a pris le départ à Korsimoro pour la dernière étape. A cet instance tout le monde le savait, la course était déjà pliée, pour ce qui est du maillot jaune. Solidement fixé sur les épaules du Marocain, Mouhssine Lahsaini distançait ses poursuivants immédiats (un autre Marocain, Amine Mohamed ER-Rafai, 2e et le Burkinabè Mathias Sorgho, 3e) de plus d’une minute. En cyclisme, un tel retard ne se refait pas sur une dernière étape surtout que le terrain est plat. C’est sur un terrain vallonné ou en montagne, qu’un tel ordre peut être rapidement bouleversé pas ailleurs. La course avait-elle alors quel enjeu qui vaille ? La présence du chef de l’Etat ? En fait, avec la Transition qui tire à sa fin, il est tout à fait normal qu’elle veuille laisser des traces. Ce n’est pas pour rien qu’elle a souhaité que le Tour 2015 porte le nom de l’édition de la Transition. Si on peut voir dans l’engagement du gouvernement un calcul politicien, il reste que le gouvernement a sauvé le Tour du Faso d’une mort programmée et certaine. On est mémoratif qu’en 2014, l’épreuve avait purement et simplement été annulée pour cause de virus Ebola. Et cette année, il y avait de bonnes raisons de l’ajourner encore. Déjà elle devait intervenir au lendemain de troubles sociopolitiques qui ont fragilisé le tissu économique de notre pays. Sur le plan sécuritaire, il y avait à craindre pour un peloton qui doit sillonner le Burkina de long en large. La menace Djihadiste pouvait s’aggraver surtout sur la population blanche du peloton. D’aucuns redoutaient aussi une action de sabotage de la poignée d’éléments du désormais ex-RSP toujours dans la nature. Partant, on comprend bien que le Tour du Faso était une belle occasion de mettre à l’épreuve les capacités du pays à sécuriser les mouvements des populations. Par ailleurs, le ministre des Sports et des loisirs, le colonel David Kabré s’est battu comme un beau diable pour que l’épreuve ait lieu. Le président Kafando l’a confessé publiquement. Lui, l’ancien sportif n’a sans doute pas eu de la peine à convaincre le conseil des ministres que la tenue effective de la présente édition du Tour du Faso serait un test grandeur nature et une preuve fournie à la presse nationale et internationale que le Burkina post insurrectionnel se porte mieux. Il n’aura pas eu tort. Car rarement une édition du Tour du Faso a reçu autant de demandes d’accréditation de la presse internationale. Du journal El Païs en Espagne à la télé allemande, Deuteche Welle en passant par la presse écrite française, du coup on avait l’impression que le Tour du Faso n’était plus l’épreuve cycliste habituelle. C’est une grande victoire du Burkina.

Le Tour toujours en difficulté financière
Si le Tour du Faso a, une fois de plus joué pleinement son rôle de vitrine du Burkina à l’extérieur, il reste qu’il ne cesse de s’empêtrer dans le cycle de la dette. Tout le monde sait maintenant que l’édition 2013 a laissé une ardoise de plus de 50 millions de F CFA. Eh bien cette fois-ci encore l’équilibre entre recettes et dépenses n’a pas été trouvé. Le manque à gagner serait dans l’ordre de près de 40 millions. Pourtant, la côte part des sponsors a, étonnement grimpé. Malgré la décision tardive d’organiser le Tour, malgré la conjoncture liée à la situation nationale, les sponsors ont apporté plus que d’habitude. L’enveloppe de cette quête se chiffrerait à près de 180 millions contre une moyenne de 150 millions les années antérieures. Si le Tour malgré cela est en difficulté financière, on devrait se rendre à l’évidence que l’apport de l’Etat est assez faible. Les 140 millions versés par le trésor public sont loin de faire l’affaire. Cet apport sous-évalue le Tour du Faso. L’épreuve, il faut le comprendre est bien plus couteuse. Par contre sur le plan sportif, sa quotte ne cesse de grimper. C’est une épreuve crédible où les coureurs engrangent des points qualificatifs pour les Jeux olympiques et le classement Africa tour qui sacre le meilleur coureur du continent. Et dans le calendrier du sportif, l’année d’avant les JO est une année charnière. Partant, les équipes se battent pour participer aux compétitions à points. La participation au Tour du Faso 2015 a fait l’objet d’une passe d’arme entre l’Erythrée et le Maroc, les deux géants du cyclisme africain mis à part l’Afrique du Sud. La participation marocaine a poussé les Erythréens à passer par tous les moyens pour s’inscrire. Du coup, le Tour a réuni les deux meilleures Nations. Les moyennes enregistrées reflètent cet état de fait. Koudougou-Boromo, le peloton a roulé à 43,23km/h. Bobo-Banfora, il filait à 44,867km/h ! Ce sont là des moyennes européennes. C’est la preuve que ce Tour du Faso était d’un bon cru. Evidemment au sein du peloton, tous ne suivaient pas le rythme du TGV. Le plus emblématique des traînards reste le Béninois, Augustin Akakpo. Sur 10 étapes, il fut 8 fois dernier. La compétition récompense aussi la lanterne rouge. A ce titre, le Béninois aussi montait régulièrement sur le podium. Mais au sommet, se trouvait d’abord le Maroc, vainqueur de la tunique la plus convoitée, le maillot jaune. Mais l’Erythrée ne sera pas la grande perdante. Pour avoir gagné 6 victoires d’étape contre 3 au Burkina et 1 à la Suisse a réussi son pari, marquer le maximum de points à travers les victoires d’étape. Du reste, l’Erythrée a payé cash une erreur tactique dès la 2e étape. Sur cette étape, on se souvient que le leader érythréen et porteur de maillot jaune avait crevé. Toute l’équipe est restée pour attendre son dépannage. Le retard accusé n’a plus jamais été rattrapé ce qui a d’office offert le maillot jaune au Maroc. Le Burkina, sur son sol semblait être la 3e force. Les Etalons handicapés par le manque de compétition ont réellement commencé à rentrer dans la course qu’en toute fin de compétition. En effet, on se souvient que la crise née du verdict du championnat a eu pour conséquence la suspension des activités de la fédération, contraint par des supporters voyous qui s’en prenaient aux coureurs au lance-pierre. Restés donc sans compétition depuis le mois de juin, il était difficile pour nos coureurs d’avoir une bonne réponse dans ce combat de titan Maroc-Erythrée. Le Burkina peut se consoler du maillot des points chauds sur les épaules de Aziz Nikiéma, l’un des Etalons en verve. Mais le plus grand exploit des Etalons restera cette victoire à l’étape finale à Ouagadougou ou le Burkina a réussi à prendre la première place avec Rasmané Ouédraogo mais aussi la seconde avec Aziz Nikiéma. Devant le chef de l’Etat et un parterre de ministres, on en était même à oublier que le porteur de maillot jaune se nomme Lahsaini Mouhssine. Rasmané a été porté en triomphe par des supporters en délire. Finalement on peut le dire, le cyclisme renait. Le Tour du Faso aussi. L’élan doit être maintenu. Le vélo est une grande tradition au Faso. A preuve, à l’arrivée, des femmes ont arraché l’admiration des convives jouant aux équilibristes à vélo avec des paniers sur la tête. C’est preuve que le vélo est notre sport naturel. Pourquoi ne pas lui donner un peu plus de moyens ? C’est une question d’option.

J J Traoré


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