Elections de Novembre : Quand putschistes et djihadistes plombent la campagne

Publié le samedi 14 novembre 2015

Dans deux semaines, le Burkina ira en campagne pour le choix de ses dirigeants. Pour des raisons qui leur appartiennent les acteurs politiques ont voulu un scrutin couplé (présidentiel et législatives). C’est dans la semaine de l’ouverture de la campagne et contre toute attente que le processus électoral se trouva brusquement interrompu par le coup de force du RSP. Le peuple burkinabé sous l’effet de surprise est resté un moment incrédule. Mais il a fort heureusement repris la main de la plus belle manière. Et comme les grandes actions ont toujours un prix, le peuple burkinabé n’a pas hésité à consentir le prix du sang pour la reconquête de sa liberté. A présent, nous voilà remis sur les rails de notre processus électoral. Plus que deux semaines pour lancer les gaz d’une campagne électorale devenue mythique par la force des choses. Plantons donc le décor. La liste des candidats à la présidentielle vient d’être confirmée par le conseil constitutionnel. Sans surprise, ce sont les 14 candidats qui seront invités sur la ligne de départ. Le coup de force du 16 septembre n’aura donc pas réussi à ébranler les acteurs de la Transition, plus que jamais confortés dans leur sentiment que la sanction d’inéligibilité était la seule réponse politique pertinente aux turpitudes d’une faune politique qui a du mal à se remettre de ses positions perdues. En ce qui concerne le scrutin législatif, même statu quo ante, à la différence que la loi avait prévu que les candidats frappés d’inéligibilité pourraient être remplacés. Sur ce chapitre, les choses ont même davantage gagné en clarté. Certains acteurs qui avaient fait mine d’accepter le verdict des grands juges ont en fin de compte jeter le masque. C’est sans doute par souci de calmer le jeu que le contentieux n’a pas été ré-ouvert en vue de l’examen de nouveaux cas d’inéligibilité rendu nécessaire par le casus belli de la tentative de coup d’Etat.

«  Il faut craindre … que les acteurs politiques ne soient gagnés par le syndrome du faux départ. Il y a en effet de quoi, car l’énergie entamée à l’occasion du faux départ ne va pas être facile à recréer. Les moyens peuvent être toujours au rendez-vous mais pas l’enthousiasme qu’on ne peut ni offrir ni acheter.  »

Autres éléments de décor, la CENI, prête depuis belle lurette. Le fichier électoral audité par les experts de la Francophonie avait été validé par de hauts responsables de l’ONU, de l’UA et de la CEDEAO, consacrant par là même le fastidieux travail abattu par Me Barthélémy Kéré et ses hommes. Techniquement, tout est donc prêt pour engager la grande compétition. Peut-on en dire de même pour les acteurs politiques ? Le 16 septembre au moment même où à Kosyam commençait la prise d’otage qui s’est muée plus tard en coup d’Etat, Salif Diallo avait quasiment entamé le lancement du programme du candidat du MPP. L’agenda des meetings d’ouverture de campagne des candidats de l’UPC et du MPP avait été déjà dévoilé à la presse. Il faut craindre dans ce cas d’espèce que les acteurs politiques ne soient gagnés par le syndrome du faux départ. Il y a en effet de quoi, car l’énergie entamée à l’occasion du faux départ ne va pas être facile à recréer. Les moyens peuvent être toujours au rendez-vous mais pas l’enthousiasme qu’on ne peut ni offrir ni acheter. Or en la matière, l’enthousiasme est non seulement le sel de la campagne mais il est aussi dans une certaine mesure le baromètre de l’énergie et de la détermination à vaincre. Et pour ne pas arranger les choses, la menace sécuritaire réactivée par la dernière attaque de Samourouguan arrive comme pour alourdir voire plomber l’atmosphère de campagne. Difficile pour les candidats avec leurs cohortes de militants, de circuler à travers monts et vallées, villes et campagnes sans être hantés par cette menace à l’esprit. La prudence sera donc le maître mot de la campagne qui va bientôt s’ouvrir. Certes les burkinabé ont toujours su faire face à l’adversité réelle. Il n’y a pas de doute qu’ils sauront faire face tout autant à la menace virtuelle.

Par Germain B. Nama


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