Qui sont ces groupes djihadistes qui nous assiègent ?

Publié le samedi 14 novembre 2015

Il y en a au moins trois. Avec l’attaque de Samorogouan, qui n’a pas encore été revendiquée, le groupe de Hammadoum Kouffa, avec son Mouvement de Libération du Macina (MLM) signerait sa première action sur le territoire du Burkina. Jusque-là, ce groupe fondé par un proche de Iyad Ag Aghali, le patron de Ansar Dine, sévissait sur le territoire malien. L’ambition de son fondateur c’est de reconstituer la théocratie de Macina, fondée par un Barry, notamment Cheikou Amadou Barry, au milieu du 19è siècle. En août dernier, les hommes de Kouffa, une petite cinquantaine, mais apparemment très bien entrainés, ont conduit une opération commando contre l’hôtel Byblos de Sévaré, au Mali qui a fait quatre tués parmi les soldats de la MINUSMA.

Que sont-ils venus chercher au Burkina ?
Est-ce une simple mesure de rétorsion contre les forces de l’ordre de Samorogouan, les gendarmes notamment, coupables d’avoir arraisonné une de leur patrouille, composée de sept motos ou d’avoir interpellé leur logeur dans le village de Tenasso ?
Ou est-ce une opération délibérée contre le Burkina et pour quelle raison ?
Il est difficile pour l’heure de donner une réponse satisfaisante, en l’absence de toute revendication. Mais il est clair que les groupes jihadistes n’opèrent pas de façon gratuite. Le gouvernement de la transition en fait un lien avec le coup d’Etat manqué de Gilbert Diendéré.
Avant le groupe de Kouffa, le MUJAO s’était signalé par deux fois, en avril et en août dans l’extrême nord du Burkina. On sait que le Mujao depuis 2013, après les frappes françaises sur Gao a déplacé ses troupes à la frontière burkinabè, notamment dans la vaste forêt qui entoure le forage Christine. Le Mujao recrute principalement les légionnaires de Boko Haram qui est devenu, comme on le sait, une khatiba de l’Etat Islamique. Le nord du Burkina est sous la menace des hommes du Mujao qui sont en joint-venture avec les Mourabitoune de Belmoktar et une dissidence de AQMI devenue le Junde al Khalifa.
Sur ce même espace se trouvent aussi, des factions du MNLA et quelques commandos de Ansar Dine. C’est grâce à un informateur d’un de ces groupes que le Burkina avait été le premier informé du lieu du crash de l’avion algérien qui avait décollé de Ouagadougou en juillet 2014.

« Le Burkina achetait pour ainsi dire sa tranquillité, en concédant territoire de repli et voies de passage des trafics de tous ordres dont les ramifications allaient jusqu’à Kosyam. La donne a récemment changé avec la disparition du Rsp »

La longue frontière de notre pays avec le Mali est donc sous la menace de ces groupes qui régentent l’espace selon la zone d’influence de chacun. Les zones d’influences recoupant très souvent les zones ethniques.
Sous le régime de Blaise Compaoré, le Burkina était une base de repli pour ces mouvements. Le Burkina achetait pour ainsi dire sa tranquillité, en concédant territoire de repli et voies de passage des trafics de tous ordres dont les ramifications allaient jusqu’à Kosyam. La donne a récemment changé avec la disparition du Rsp. Les nouveaux régiments qui ont remplacé au pied levé le RSP vont-ils instaurer de nouveaux rapports ? Et quelles en seront les conséquences ? Ce sont les enjeux des jours à venir.
Quelle diplomatie aussi, le nouveau Burkina va-t-il développer dans cet environnement sous régional où le pays avait su jusque-là tirer profit de deux atouts majeurs. Contrairement à ces deux grands voisins, il n’a pas sur son territoire un irrédentisme touareg. Ensuite il avait su opportunément jouer de l’hospitalité pour s’épargner la transportation sur son territoire de ce vieux conflit avant qu’il ne se carabine avec les trafics, notamment de cigarettes et stupéfiants, puis l’entrée de l’islamisme avec les algériens, salafistes du GSPC, refoulés vers le sud par leur gouvernement.
Il est clair que l’option militaire, même si on nous l’impose, est la pire. Le pays n’aura jamais les moyens de faire face à une telle adversité. Si la tradition diplomatique de l’Etat a de l’intérêt c’est en ce domaine qu’il devrait avoir tout son sens. Il ne faut pas toujours jeter le bébé avec l’eau du bain.

Par Newton Ahmed Barry


Commenter l'article (0)