Ben Bella, une pièce maîtresse de la libération de l’Afrique a tiré sa révérence

Publié le vendredi 11 mai 2012

Le premier président algérien est décédé le 11 avril dernier à Alger à l’âge de 95 ans. C’était un grand panafricaniste qui a aidé beaucoup de peuples africains à se libérer du joug colonial.

 

Amilcar Cabral, le père de l’indépendance de la Guinée Bissau et du Cap-Vert disait : « Les chrétiens vont au Vatican, les musulmans à la Mecque et les révolutionnaires à Alger. » Il soulignait ainsi l’engagement progressiste et panafricaniste du nouvel Etat algérien qui a conquis dans la douleur son indépendance après huit ans de guerre contre la France (1954-1962). Les nouvelles autorités algériennes avaient leur cheval de bataille : la libération de tous les pays africains toujours sous le joug du colonialisme européen. C’était essentiellement les pays lusophones du continent et une partie de l’Afrique australe dont l’Afrique du sud, le Zimbabwe et la Namibie. A la naissance de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), il demande à ses pairs d’être plus concrets : « Cette Charte, dit-il ce 25 mai 1963, restera lettres mortes, si nous ne prenons pas les décisions qu’il faut, pour que nos frères, en Angola, en Afrique du Sud, au Mozambique, reçoivent, tout de suite, l’appui inconditionnel qu’ils sont en droit d’attendre de nous ». Très rapidement, Ben Bella et ses camarades du Front de libération nationale (FLN) mettent les ressources du nouvel Etat à la disposition des nombreux mouvements de libération qui portent la lutte dans les pays toujours dominés. Le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) d’Agostinho Neto, le Front de libération du Mozambique (FRELIMO) d’Eduardo Mondlane et de Samora Machel, le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela et tant d’autres mouvements de libération ont bénéficié ainsi du soutien financier d’Alger indispensable pour assurer la logistique de leurs maquis. Pour Ben Bella, « C’était un devoir … d’aider tous nos amis africains qui aspiraient à la liberté et à l’autonomie. Pour nous, ce soutien était sacré ». « Je donnais de l’argent, beaucoup d’argent. Je donnais chaque fois qu’il en fallait, chaque fois que l’on m’en demandait. Et pour moi, c’était presqu’un devoir religieux. Sacré ! », note-il dans un entretien accordé à son ancien conseiller, l’ex-PDG de radio France internationale (RFI), Hervé Bourges. Le soutien ne sera pas que financier, mais aussi militaire et stratégique. Avec le Tanzanien Julius Nyerere, l’Egyptien Nasser, le Kenyan Jomo Kenyatta, le Guinéen Sékou Touré, le Malien Modibo Keita etc... Ils fondèrent le comité de libération de l’Afrique qui était présidé par un officier de l’armée algérienne. Une sorte de commandement opérationnel basé à Alger pour aider tous ces mouvements en lutte. Ben Bella s’est personnellement occupé des familles de certains leaders assassinés. Après l’assassinat du nationaliste camerounais Felix Moumié à Genève, Ben Bella s’est chargé d’accueillir son épouse Marthe Moumié en Algérie où elle bénéficiait d’une pension de l’Etat Algérien.

Ben Bella était aussi un fervent défenseur de l’unité africaine. Il faisait partie du Groupe de Casablanca, les fervents partisans de l’unité immédiate et sans détour de tous les pays africains opposés au groupe de Monrovia, adeptes de l’unité par étapes successives, les fameux cercles concentriques. Avec d’autres leaders progressistes africains, il voyait les dangers de la balkanisation du continent. Pour lui, l’indépendance des Etats africains n’était qu’une étape : « C’est parce que nos frères guinéens, maliens, ghanéens, nigériens et autres, en Afrique, ont accepté de mourir un peu, que l’Algérie a pu conquérir son indépendance. Eh ! bien, s’il le faut, acceptons tous de mourir un peu, ou même de mourir tout à fait, pour que l’unité africaine ne soit pas un mot creux ! » Cette conviction n’était pas partagée par nombre de leaders africains jaloux de leur petite souveraineté octroyée pour la plupart par l’ancienne métropole pour mieux les contrôler. Il n’était pas non plus sûr que cette ligne panafricaniste unitaire était comprise par l’ensemble des dirigeants du FLN. Toujours est-il qu’il est renversé par un coup d’Etat militaire dirigé par le colonel Houari Boumédiene, le 19 juin1965. Ben Bella n’aura passé donc que trois ans au pouvoir. Mais il a marqué de manière indélébile l’histoire de l’Afrique combattante.

Il est né A Mamia, petite ville algérienne en 1916. Ahmed Ben Bella est d’origine marocaine par ses parents, petits paysans émigrés de la région de Marrakech. Il fait ses études secondaires à Tlemcen. C’est dans cette ville que sa passion pour le football va le conduire en France à l’olympique de Marseille et dans l’équipe militaire française. Il était engagé dans la seconde guerre mondiale auprès des troupes françaises. Après la guerre, il rejoint les groupes indépendantistes algériens qui déclencheront la guerre de libération en 1954. Il sera fait prisonnier à plusieurs reprises par la France. Après les accords d’Evian qui scellent la fin de l’Algérie française, il est libéré. Parmi les neuf chefs historiques du FLN, c’est à lui qu’échoit la responsabilité de conduire les premiers pas de l’Algérie indépendante. Pour de nombreux africains, il l’a fait avec brio. A l’annonce de son décès le 11 avril dernier, beaucoup se sont souvenu de tout ce qu’il a pu faire pour son pays et pour la cause africaine .

Par Idrissa Barry


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