On dit quoi ?

Publié le samedi 14 novembre 2015

C’est ’équivalent FPA (Français populaire africain) du Kibaré en mooré, Kibaru en jula et en Fulfulde et de l’Amaniè ivoirien.
Alors, Faso, on dit quoi ?
Quelles sont les nouvelles ?
On dit que le Faso a changé. Je l’espère de tout mon cœur mais à entendre deux compatriotes qui en reviennent, je suis perplexe de leurs comptes-rendus car selon eux rien n’a vraiment changé.
« Tout est comme avant », disent-ils, et les martyrs seraient morts pour rien selon eux. Je ne veux pas entendre cela. Je me dis qu’ils exagèrent mais à une semaine d’intervalle, c’est le même discours que j’ai entendu.
Ils poursuivent en disant que les gens ont comme pas ou peu de mémoire, qu’ils semblent avoir oublié leurs souffrances de l’ère Compaoré et sont prêts à croire n’importe quel huberlulu venu.
Je me refuse à un tel diagnostic pessimiste. L’immense espoir suscité par notre insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 ne doit pas être un feu-follet éteint à peine allumé.
Ayant vécu, même de loin, cette insurrection, accrochée aux médias traditionnels et nouveaux comme si j’y étais, je ne veux pas entendre le chant des sirènes sur notre historique sursaut national.
Non ! Non et Non !
Nos martyrs ne doivent pas être morts pour rien. On a certes chassé Blaise Compaoré mas pas son système de presque 28 ans implanté jusque dans les moelles épinières de beaucoup de nos compatriotes. Le système Compaoré aura encore la vie longue dans la psychologie des Burkinabè avant que ne se traduise en pensée et en actions le changement requis et appelé par cette révolte populaire.
Selon mes deux interlocuteurs, il y a eu insurrection mais il a manqué une révolution.
Les mauvaises habitudes ont la vie longue et la conscience des Burkinabè endormie trois décennies durant ne se réveillera pas en trois jours d’une révolte nationale sans précédent. Ce qui est intéressant dans cette vision de mes deux compatriotes, c’est qu’ils appartiennent à des générations et à des catégories sociales différentes, l’un est un adulte de la vie active à son propre compte, l’autre est un étudiant en vacances au pays. Alors, j’ai interrogé un troisième témoin, un des acteurs de cette insurrection, né après le 15 octobre 1987 et n’ayant donc pas connu le président Sankara mais se réclamant par ses actions des idéaux du père de la Révolution burkinabè. Sa réaction est formelle :
Le pays a trop changé ; même le directeur de la RTB est à la Maco (Maison d’arrêt et correction de Ouagadougou) pour fraudes lors des concours de la fonction publique.
Selon donc ce dernier témoin, plus jeune que nos deux témoins précédents, le fait qu’un fraudeur de la trempe d’un directeur se retrouve en prison est un indicatif important de l’énorme changement intervenu au pays des hommes intègres et on ne peut être que d’accord avec lui.
Sous le régime Compaoré, le pillage, le vol et la fraude étant érigés en modes de gouvernance, tous les pilleurs, les voleurs et autres fraudeurs pouvaient dormir et circuler tranquillement à Ouaga la belle et ailleurs dans le pays sans être le moindrement inquiétés.
Alors, je vais m’en tenir à l’analyse clairvoyante de ce jeune héritier-enfant de Sankara et continuer à croire aux acquis de notre insurrection. Continuer à croire que « plus rien ne sera plus jamais comme avant. »
Le Conseil constitutionnel a annoncé la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle.
Quatorze partants pour le seul poste de président du Faso. Qui sera élu ?
Plus rien ne va. Les dés sont tirés. Faites vos jeux !
On dit quoi, Faso ?
Faites bien seulement !
La Patrie ou la mort, nous devons continuer à vaincre !
La révolution qui manquait à notre insurrection est arrivée grâce à un général félon que d’aucuns disaient très intelligent mais ce général a déçu ses admirateurs en commettant le coup d’état le plus bête au monde.
L’insurrection d’octobre inachevée est maintenant complète. L’indigne soldatesque qui s’est illustrée par des incursions dans la bonne marche du gouvernement de la transition a laissé tomber ses masques en s’alignant derrière ce général et en tirant à bout portant sur des enfants aux mains nues. Par cette atteinte à la sureté de l’état, le soi-disant corps d’élite sous la gouverne du général félon a donné le bâton pour le battre. Maintenant dissoute, cette armée dans l’armée a eu droit à un enterrement de première classe à la place de la révolution par l’exposition du butin de guerre saisi par les forces loyalistes. Une page importante de l’histoire de notre pays est ainsi tournée.
Faso, on dit quoi ?
Les nouvelles sont bonnes à présent. Qu’elles continuent de l’être.

Angèle Bassolé, Ph.D
Écrivaine et éditrice
Ottawa, Ontario, Canada
angelebassole@gmail.com


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