Bissa Gold : Le gourdin pour taire les revendications

Publié le samedi 14 novembre 2015

Ils sont massivement sortis le lundi 12 septembre pour crier leur ras-le-bol devant les locaux de la société Extherum Africa. Après plusieurs interpellations infructueuses, ces travailleurs ont décidé de manifester ce lundi pour exiger la satisfaction de leur plate-forme revendicative. La manifestation terminée, une opération de licenciement serait mise en branle contre principalement les délégués qui ont conduit le mouvement.

Un imbroglio à clarifier
Les manifestants du jour sont unanimes sur le fait qu’ils ont été recrutés au départ par la société minière Bissa Gold. Quelque temps après, ils ont été invités à signer leur contrat de travail avec une autre société du nom de Extherium Africa qui appartiendrait à François Compaoré mais géré aujourd’hui par Eddie Kombeogo. Chose que ce dernier aurait démenti dans les colonnes du quotidien Etatique Sidwaya. Mais les travailleurs persistent pour dire qu’Eddie Komboïgo « est bel et bien un des responsables de la société de sous-traitance Extherium Africa  ». Pour preuve, M. Komboïgo se serait rendu sur le site de Bissa en 2011 en compagnie de l’administratrice Dina Yaméogo pour leur «  présenter la nouvelle structure  » et leur signifier qu’ils garderont tous les avantages liés à leur service. Malheureusement, ils constateront que l’organisation du travail changera sur le site. Et les salaires et avantages liés ne seront pas payés. Ces insurgés veulent que la lumière soit faite sur un écrit de Newton Ahmed Barry l’année dernière qui faisait état d’un prélèvement d’environ 38% sur les salaires des travailleurs de Bissa Gold au profit de François Compaoré. C’est depuis octobre de l’an dernier que la première lettre de doléance a été déposée mais n’a pas eu de suite jusqu’à ce jour. Selon des manifestants, ils ont à maintes reprises tenté de rencontrer les responsables autour de leurs points de revendication. Mais l’omerta leur a toujours été opposée. Bien que les points étaient nombreux, certaines questions étaient accrochées aux lèvres des manifestants. Ils disaient ne pas savoir qui de Bissa Gold ou de Extherium est leur employeur. Ils ne savent pas à qui s’adresser quand il s’agit de négocier ou de présenter leurs doléances. Lorsqu’ils vont vers Bissa on leur indexe Extherium qui serait leur employeur. Mais cette société à son tour les renvoit vers Bissa Gold. Pendant ce jeu de ping pong, les problèmes des travailleurs sont là et attendent des solutions. Il y a par exemple le paiement des jours fériés qui posent problème. Or c’est un droit que les autres sociétés minières sur le territoire burkinabè paient à leurs employés en plus des heures supplémentaires selon les manifestants. Ce qui est clair dans cette histoire, c’est que c’est le cabinet Exthérium qui paie les salaires des travailleurs. «  Pourquoi avons-nous été recrutés par Bissa alors que c’est Extherium qui paie nos salaires  », se demande un manifestant.
En tout état de cause, les travailleurs étaient particulièrement remontés contre les deux sociétés (Extherium et Bissa Gold) ce lundi matin. La tension était vive. Les travailleurs ont coincé Extherium «  pour savoir qui ils sont exactement pour eux  ». Ils veulent savoir vers qui aller exactement pour soumettre leurs doléances auxquelles personne ne prête attention. En clair, ils sont déterminés à identifier leur employeur. L’identification de l’employeur devrait leur permettre d’adresser leur requête à qui de droit. Ils en profitent dans la foulée pour réclamer l’amélioration de leur condition de travail et de traitement. C’est ainsi qu’ils dénoncent les conditions périlleuses dans lesquelles ils travaillent notamment la manipulation des produits hautement dangereux et nuisibles pour la santé tels que le cyanure et le mercure. Ils sont en outre exposés aux accidents handicapants ou meurtriers en manœuvrant des engins lourds tandis que le salaire n’est pas à la hauteur de tous ces risques. Ce qui ajoute à leur courroux c’est que dans les autres mines, les salaires sont plutôt alléchants. Les travailleurs s’insurgent aussi contre le fait que depuis qu’ils sont engagés dans la mine (4 ans), ils sont toujours placés sous le régime de contrat à durée déterminée. Ils souhaitent la signature de contrat à durée indéterminée. En outre, depuis qu’ils ont commencé à travailler dans la mine, leurs statuts n’évoluent pas. Ils sont toujours au même niveau. Ils se plaignent aussi des licenciements qui se font de façon abusive. «  Il n’y a pas de confrontation lorsque nait un différend entre travailleurs  », précise un insurgé. Pendant que les manifestants étaient en mouvement, Dina Yanogo, la responsable de Extherium vient rencontrer les travailleurs. Elle enjoint les délégués d’entrer dans son bureau pour discuter. Les manifestants sont sceptiques quant à la possibilité de Dina à trouver une solution à leurs problèmes. Leur scepticisme se justifiera dans la soirée car les négociations n’ont effectivement rien donné.

Menaces contre les délégués des travailleurs
Après les manifestations, le travail a repris, mais pas dans la quiétude. En effet, le spectre du licenciement pèse désormais sur chaque travailleur. Et ce sont principalement les délégués de personnel qui seraient dans la ligne de mire des responsables de la mine. «  La moindre erreur suffira  », affirme un travailleur. Un cas de licenciement sans préavis sur base de fausses accusations est déjà signalé. Les délégués des travailleurs exigent son retour. Mais à Bissa Gold, on dit vouloir mener des enquêtes pour confirmer ou infirmer les accusations. Des rumeurs circulent sur une liste de personnes à «  dégager  » de la mine. Reste à trouver le prétexte. Les travailleurs sont résignés à marcher sur des œufs. Des délégués contactés estiment que le droit syndical est ignoré. Les licenciements se font en méconnaissance des procédures. Le moral est au bas niveau. Les travailleurs estiment que la mine est «  venue piller le pays tout en suçant la force des travailleurs pour les jeter après  ». Les critiques se concentrent sur un responsable des ressources humaines qui ne ferait rien pour défendre les travailleurs.

Le gel des biens d’Eddie Komboïgo inquiète les travailleurs
Les conséquences consécutives au coup d’Etat du général Diendéré viennent accroitre l’inquiétude des travailleurs de Bissa Gold. En effet, dans la journée du vendredi 25 septembre, le procureur général près de de la Cour d’Appel de Ouagadougou a décidé le gel des biens de certaines personnes dont Eddie Komboïgo. Si les travailleurs ne sont pas réfractaires à cette décision, ils sont par contre inquiets pour l’issue heureuse de leurs revendications. Ils souhaitent que leurs réoccupations soient prises en compte par le procureur. Pour se faire entendre, depuis le gel des comptes du mentor du CDP, les travailleurs multiplient sit-in et marche-meetings, …

Par Hamidou TRAORE

Les points de revendications  

- Identification de l’employeur ;
- Paiement des jours fériés et arriérés de salaires ;
- Levée du refus du non renouvellement des contrats ;
- Attribution de contrats à durée indéterminée (CDI) ;
- Paiement des heures supplémentaires et la prime de cadres majorée ;
- Paiement des primes d’écart
- Reprise de certaines évaluations ;
- Nature et fiabilité ;
- La levée de l’interdiction du port du téléphone portable manifestants n


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