Natama, combattif malgré tout

Publié le samedi 14 novembre 2015

Dès le lendemain du putsch, un incendie criminel a ravagé le domicile de Jean Baptiste Natama. Pour les pyromanes, ce dernier ne serait pas étranger au coup de force du Général Diendéré. D’où tirent-ils cette certitude ? Il semble qu’un tweet de Natama envoyé le jour même du putsch à 10h58 AM serait à l’origine. Nous reproduisons in extenso le tweet incriminé : «  Les autorités de la Transition par leur compromission et tricherie face au principe de justice et de neutralité ont mis en péril le Burkina Faso ». Comme en réplique à ce tweet, voici ce qu’on a pu lire sur facebook : " Officiel !!! Jean Baptiste Natama est complice du Général Diendéré qui a prévu de le nommer premier ministre ". La suite est connue : le domicile de Natama a été incendié. Sur quelle base l’auteur du post se fonde pour affirmer la complicité de Natama ? En ne le disant pas et tout en accompagnant l’écrit de la mention Officiel suivi d’un triple point d’exclamation, il y a incontestablement une volonté de manipuler l’opinion et sans doute aussi de nuire. Il appartient à M. Natama de donner à cette affaire la suite qu’il voudra mais c’est ici le lieu de souligner l’usage criminel que certains croient pouvoir faire des réseaux sociaux. Il est temps que l’on assainisse cette plateforme d’information et d’échanges dans l’intérêt même de la liberté d’expression et de la démocratie. L’Evénement avait dénoncé dans la rubrique «  Lucarne Citoyenne  » cette manière pour certaines personnes d’agir en politique. Aujourd’hui encore, nous réitérons notre ferme condamnation de ces pratiques aussi lâches que criminelles. A la suite de cette affaire, une conférence a été donnée au domicile de M. Natama. Dans quel état d’esprit êtes-vous après le saccage et l’incendie de votre domicile ? Allez-vous porter plainte ? A combien s’évaluent les pertes suite au saccage de votre domicile ? Telles sont principalement les questions adressées au candidat Natama. Juste quelque temps après le saccage, le locataire a réfectionné sa maison. Cependant, les traces de ces «  visiteurs  » d’un genre particulier sont toujours visibles. Une voiture dans la cour entièrement calcinée témoignait de l’ampleur de l’incendie. Deux arbres, l’un dans la cour et l’autre en dehors avaient les feuilles séchées sous l’effet des flammes. Le hangar de la cour est recouvert d’une noirceur due à la fumée. Le polytank du château d’eau bien qu’en hauteur est plissé par le feu. Un habitué des lieux fait le récit : « Quand ils sont arrivés, ils ont commencé à jeter des pierres sur la maison. Certains criaient qu’on leur a dit de venir parce que monsieur Natama est impliqué dans le coup d’Etat et qu’ils sont venus régler les comptes… Tout ce qu’il y avait comme engins dans la cour, ils les ont fait sortir pour brûler… Ils sont partis avec une moto, tout ce qu’on avait dans la maison par exemple téléviseur, tablette, téléphone, argent liquide et ils ont saccagé la maison, les tables vitrées ont toutes été brisées. Les gens ont eu la vie sauve en escaladant le mur pour aller chez les voisins ». Notre interlocuteur précise que ces jeunes venus saccager le domicile n’étaient pas du quartier. Plus tard, Natama répondant aux trois questions à son bureau ajoute au récit qu’il a repoussé le groupe à mains nues bien qu’il pouvait faire usage d’une arme. Drapé dans un Faso danfani, il affiche plutôt la sérénité. Le visage parfois se plisse comme pour exprimer un dépit sur la manière dont se mène la politique dans notre pays. « C’est bien dommage que sur le terrain de la lutte politique, plutôt que les gens mènent un débat d’idées, c’est un débat de bas quartier qu’ils mènent à travers la manipulation et l’instrumentalisation de la population, surtout des jeunes à qui nous devons montrer l’exemple et inculquer des valeurs…  ». Il fera le procès de la classe politique burkinabè. Ainsi pour lui, le leadership politique a failli faute de vision. Il souligne avec insistance que «  la classe politique a contribué à construire un échec collectif  » qu’il traduit entre autres par la violence qui gagne en ampleur, la culture de l’intolérance, l’instrumentalisation, le complot contre son alter ego. Le candidat du CPR/MP dresse une longue liste des attaques et vilenies orchestrées contre sa personne et son jeune parti. Mais l’homme refuse de se laisser ébranler. Mieux, il affiche une détermination. Natama assure qu’il a une vision du Burkina. Il assure que sa candidature «  dérange  » car il est venu pour «  déconstruire ce qui a été fait en terme de manquement pour repartir sur une nouvelle base  ». Et lui et son parti sont là pour «  ce renouvellement  ». Et c’est ce qui dérange. Il assure qu’il est venu répondre à l’appel de ses compatriotes. Et qu’il n’a donc pas le « droit de les décevoir  ».
Les biens qu’il a perdus s’élèvent à «  plusieurs millions  ». Argent liquide et autres. Bien qu’il ne l’ait pas dit explicitement, le président du CPR/MP n’exclut pas de porter plainte contre l’auteur de la publication «  mensongère  ».

Par Hamidou TRAORE


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