Tentative de coup d’Etat d’octobre 2003 : L’ex-capitaine Bayoulou Boulédié témoigne

Publié le samedi 14 novembre 2015

« Officier (Capitaine) d’administration en service à la 2ème Région militaire (Bobo), j’ai été arrêté le 03 octobre 2003 à 16h et jeté nu dans une cellule à même le sol. C’est à 3h du matin qu’on m’a signifié le motif fallacieux de mon arrestation ‟Complot et attentat contre la sureté de l’Etat”. Très génial dans les montages de putsch pour éliminer les personnes gênantes, le système sécuritaire Compaoré dirigé par les tristement célèbres Généraux Gilbert Diendéré et Djibril Bassolé (aujourd’hui à notre place pour le vrai putsch), avait pris le soin de rassembler les militaires affectés du RSP par suite de l’assassinat odieux de Norbert Zongo, moi-même Capitaine Bayoulou Boulédié (grand ami des Sankaristes dont Norbert Michel Tiendrébéogo, paix à son âme), le Capitaine Oualy Diapagri Luther (grand pourfendeur de la compaorose), etc.
Peu importe que vous vous connaissiez bien à fortiori comploter, l’essentiel est que la mayonnaise du montage prenne.
Après 7 mois d’enquête infructueuse et de calvaire à la gendarmerie, nous avons été présentés malgré tout devant un tribunal aux ordres. Je précise que pendant les enquêtes, j’ai été mis dans le coffre du véhicule du Général Gilbert Diendéré pour un chemin de non-retour parce que j’ai refusé leur offre qui était d’accuser le Général Kouamé Lougué et Norbert Tiendrébéogo pour avoir ma liberté. Je dois la vie sauve grâce à un coup de fil qu’a reçu en cours de route le chef du commando chargé de la mission dont je tais le nom.
A l’issue de ce procès politique instrumentalisant la justice, j’ai été condamné à 6 ans fermes qui se sont terminés 13 mois plus tard (le 30 mars 2005) par une grâce présidentielle en guise de rectification d’une erreur judiciaire honteuse digne des années 1960. Pour paraphraser Me Prosper Farama, « Des personnes victimes de la mal gouvernance sont condamnées pour un crime qui n’existe pas ».
Un an plus tard, à mon grand étonnement, le 19 avril 2006, à San Yiri, je suis victime d’une tentative d’enlèvement et d’assassinat. Une fois encore, j’ai eu la vie sauve grâce à la vigilance et à l’intervention des voisins. Ne démordant pas, le même scénario s’est répété le lendemain 20 avril, ce qui m’a permis ce jour de démasquer 03 agents des renseignements et mettre la main sur un (voir journal Le Pays du vendredi 21 au dimanche 22 avril 2006). Il était puissamment armé. Les deux autres sentant le danger et la mission échouée, se sont soustraits de notre vigilance (Bassolé Bassoma et moi) pour aller rendre compte à leur chef. Nous avons par la suite conduit le tueur au siège du journal Le Pays en vue d’attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur les intentions réelles du pouvoir par une conférence de presse. C’est ce que les grands juristes aux ordres du pouvoir ont appelé en son temps, « la séquestration d’un agent » pour camoufler leur honte. C’est en ces lieux (le siège d’un journal s’il vous plait) que nous avons été enlevés une fois encore, manu-militaro, comme de vulgaires délinquants, par un commando lourdement armé.
Après 72 heures d’arrêt, nous (Bassolé et moi) devons cette seconde liberté grâce à l’intervention des mouvements des droits de l’Homme dont le MBDHP. Je profite de votre tribune pour remercier Me Halidou Ouédraogo.
Malgré tout, la filature exagérée nous a contraints à utiliser le terrain (abandonnant nos familles) pour pouvoir franchir la frontière et atteindre la Côte d’Ivoire en passant par le Ghana le 05 mai 2006. A Abidjan, nous sommes allés déposer notre dossier au HCR. A l’examen des dossiers, les Nations Unies se sont rendues compte que le coup d’Etat en ce qui nous concerne n’était pas avéré et que le harcèlement politique dont nous sommes victimes est contraire aux droits de l’Homme et au comportement d’un Etat civilisé et démocratique ».

Citoyen Bayoulou Boulédié

NDLR : Voilà qui augure des futurs déballages des victimes du régime Compaoré. C’est une période qui s’ouvre. Aux burkinabé de saisir l’opportunité pour écrire une nouvelle page de l’histoire de notre pays. Ce devoir d’inventaire, nous le devons pour nous-mêmes, pour notre pays et pour les générations futures. Sans catharsis, difficile de retrouver les repères nécessaires au fondement d’un nouvel avenir. Nous ne pourrons pas faire l’économie de la vérité sur le passé sombre de notre pays !


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