Gilbert Diendéré : La grande erreur de sa vie

Publié le samedi 14 novembre 2015

La vie du Général Gilbert Diendéré est émaillée de complots aussi sordides les uns que les autres. Il est entré dans l’histoire de notre pays par le sang, il en est ressorti par le sang.

Et pourtant, l’homme a eu plusieurs opportunités de sortir par la grande porte pour s’affirmer comme un vrai patriote qui aime son pays. L’assassinat de Norbert Zongo en décembre 1998 et la période pré-insurrectionnelle sont autant de moments forts de la vie de notre pays pendant lesquels les burkinabè auraient compris que le Général prenne ses responsabilités pour sauver son pays et espérer se faire pardonner. Mais, hélas ! A l’occasion de l’insurrection des 30 et 31 octobre, assuré de la toute puissance du RSP, Gilbert Diendéré, l’officier le mieux renseigné de la sous-région (même s’il a été incapable de voir venir l’insurrection), participe à l’exfiltration de Blaise Compaoré qu’il accompagne en Côte d’Ivoire avant de revenir, sûr de lui, dans un Burkina méconnaissable, presqu’au bord du chaos.

Le Burkina évite la guerre civile pour la troisième fois
Remarquons que parmi les pays qui nous entourent ( Mali, Niger, Côte d’Ivoire, Togo, Bénin, Ghana) seuls le Bénin, le Burkina et le Ghana n’ont pas connu de guerre civile (espérons qu’il en sera toujours ainsi). Mais le Burkina a évité par trois fois la guerre civile. En effet, suite à l’arrestation du Capitaine Thomas Sankara et du Commandant Jean-Baptiste Lingani le 17 mai 1983, Blaise Compaoré, alors à la tête du Centre d’Entraînement National Commando de Pô, décida d’entrer en rébellion contre le régime du Conseil de Salut du Peuple dirigé par le Médecin Commandant Jean-Baptiste Ouédraogo. N’eût été la témérité et le talent de feu le Général Tamini Yawa Marcel, notre pays aurait connu sa première guerre civile. Puis, en octobre 1987, c’est au tour du Capitaine Boukary Kaboré dit le Lion, Commandant le Bataillon d’Intervention Aéroporté (BIA) de Koudougou, d’entrer en rébellion contre le régime du Front Populaire dirigé par Blaise Compaoré. La stratégie militaire mise en œuvre pour venir à bout de cette rébellion a consisté pour les soldats de l’armée loyaliste à prendre la ville de Koudougou par trois fronts : l’axe Sabou-Koudougou, l’axe carrefour Sakoincé-Koudougou et l’axe Kindi–Koudougou. Les troupes sur ces fronts étaient respectivement dirigées par les lieutenants Alain Bonkian, Gaspard Somé et Gambo Léonard.
Visiblement, c’est cette stratégie que les jeunes officiers des garnisons ont mise en application, appuyés par l’artillerie lourde basée au camp Sangoulé Lamizana, pour chasser le RSP du camp Naba Koom. Comment expliquer que le Général Diendéré n’ait pas compris que s’enfermer dans un camp militaire, de surcroît en ville, pour faire la guerre est suicidaire ?

Gilbert Diendéré dans les coups d’Etat
Le complot chez le Général Diendéré, c’est «  naissance  » pour reprendre une expression propre à nos frères ivoiriens. En effet, Gilbert Diendéré a participé à trois coups d’Etat et déjoué plusieurs complots réels ou supposés contre le régime de Blaise Compaoré. Le 4 août 1983, déjà Lieutenant, il a participé au coup d’Etat de Sankara, puis à celui de Blaise Compaoré contre Sankara en 1987. En 1989, il invente avec Blaise Compaoré un complot contre le Commandant Jean Baptiste Lingani et le Capitaine Henri Zongo qui seront passés par les armes quelques heures après leur arrestation. En juillet 2003, il réussit à greffer un complot à l’affaire David Ouédraogo avec la collaboration de Marcel Kafando (au moment de l’arrestation de David Ouédraogo, j’avais moi aussi des informations de coup d’Etat, avait-il déclaré devant le tribunal). Quelques mois plus tard, en octobre 2003, il déjoue un «  complot  » dont le cerveau était le Capitaine Ouali Luther. En fin juin 2015, Gilbert Diendéré, s’il n’est pas le cerveau, a au moins été cité dans le complot qui visait à exploser l’avion du premier ministre Zida lors de son retour de Chine Taïwan. Trois mois plus tard, le 17 septembre 2015, «  fatigué de jouer l’homme de l’ombre et s’inspirant de la mauvaise expérience vécue avec Zida  », il prend le pouvoir comme sur un coup de tête. Cette décision a été l’erreur fatale de l’officier le mieux renseigné de la sous-région, l’ex-chef d’Etat Major du régiment le mieux équipé et le mieux entraîné de notre pays, confirmant ainsi l’assertion répandue dans le milieu du cinéma qui veut que « c’est l’erreur qui tue le bandit-chef  ».

Des putschistes en manque d’arguments
Les hésitations des putschistes dans l’après-midi du mercredi 16 septembre 2015 nous font croire qu’ils ne savaient pas exactement ce qu’ils voulaient. Pourquoi avoir attendu le lendemain jeudi 17 septembre pour annoncer la prise du pouvoir par le Conseil National pour la Démocratie ? Pourquoi le Général Diendéré n’a fait aucune déclaration publique dans les médias le premier jour du putsch ? En lieu et place de déclaration officielle, les burkinabè ont plutôt assisté à la lecture, par le Lieutenant Colonel Bamba, d’une série de communiqués.
Les raisons avancées pour justifier le putsch sont farfelues et ne convainquent personne : «  la loi électorale taillée sur mesure pour des individus et décriée par les instances et les hommes de droit, se dresse alors comme un outil de négation des valeurs de notre peuple fondées sur l’esprit de justice, d’équité et de tolérance…….. la loi portant statut général des personnels des Forces Armées nationales et celle portant code de l’information ont été promulguées à des fins personnelles et pour museler la presse ».
A ce qu’on sache, Gilbert Diendéré et ses hommes ne sont pas candidats aux élections à venir. Depuis quand les militaires se mêlent-ils d’élections ? De plus, qui d’autre, mieux que le RSP a muselé la presse ? L’assassinat de Norbert Zongo le 13 décembre 1998 par des éléments du RSP ne visait-il pas véritablement à museler la presse burkinabè ?.
Le repentir du Général Diendéré (notre plus gros tort a été de faire ce putch) quelques jours seulement après sa prise du pouvoir laisse penser qu’en faisant ce putsch, l’ex-chef d’Etat major particulier de Blaise Compaoré faisait un coup d’essai : «  je vais essayer, si ça marche, c’est tant mieux  ».
Officiellement, le coup d’Etat a fait quatorze morts et 251 blessés.

Bonheur d’un coup d’Etat
La Commission de réconciliation nationale et des réformes a remis son rapport au Premier Ministre le lundi 14 septembre 2015. Elle a enregistré 5065 dossiers de crimes de sang et autres atteintes à l’intégrité physique (145), les crimes économiques et autres atteintes aux biens (1258), les cas d’injustices et d’inégalités sociales (4880). La Commission a entre autre proposé la mise en place d’un Haut Conseil de l’unité et de la réconciliation nationale qui suivra le traitement des cas de crimes. De toute évidence, avec l’existence du RSP, ce Haut Conseil n’aurait pas pu être efficace, ce régiment étant au cœur de nombreux crimes de sang.
Le putsch de Gilbert Diendéré est venu, si on peut se permettre de le dire, au bon moment avant les élections. Imaginons un seul instant que ce putsch intervienne le lendemain de la proclamation des résultats des élections présidentielles et législatives ! Le Burkina se serait retrouvé dans un scénario à l’ivoirienne, où, cette fois les partis politiques perdants contesteraient les résultats. Dans l’hypothèse où le MPP gagnerait les élections, les partis de l’ex-majorité auraient vite fait de crier à la fraude. Alors, le Général Diendéré et son RSP s’en mêleraient et voici le Faso bien installé dans la guerre civile avec comme conséquence l’instauration d’un régime de terreur, les assassinats des principaux dirigeants de la transition, des leaders de partis politiques et de la société civile, des hommes de médias etc.
Selon certaines sources, ce scénario était à l’étude et serait même soutenu par certains partis politiques potentiellement perdants à la présidentielle à venir. Dix mois après l’insurrection, la Transition n’a pas réussit à dissoudre le RSP, mais Gilbert Diendéré a réussi cet exploit en une semaine (bravo mon Général) ouvrant ainsi un boulevard pour le «  nouveau Burkina  ».
Au-delà de toutes les rancoeurs contre le Général et ses hommes, les burkinabè doivent saisir cette opportunité pour amorcer un nouveau départ. Ce coup d’Etat donne à notre pays l’opportunité de mettre en œuvre les recommandations de la Commission de réconciliation nationale et des réformes. Il ouvre la voie pour la vérité et la justice sur tous les crimes de sang perpétrés sous le règne de Blaise Compaoré ainsi que les crimes commis lors de l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014.
C’est le lieu d’exiger du gouvernement de la transition la mise en place effective de la Commission d’enquête sur les événements des 30 et 31 octobre 2014 créée en conseil des ministres.
La disparition du RSP est l’occasion rêvée pour notre armée, une fois le procès des putschistes achevé, de se réconcilier avec les soldats du RSP, de se réconcilier avec elle-même mais aussi avec le peuple.
Face à la multitude des crimes de sang et des crimes économiques qu’a connus notre pays, ne serait-il pas judicieux de réfléchir à la mise en place de juridictions spéciales qui auraient pour objet de juger ces crimes dans des délais raisonnables afin de préparer les conditions d’une véritable réconciliation nationale ?

Par Bamas Stanislas

Lettre ouverte du frère Christian BOGLO à son frère Gilbert Diendéré
In Journal des Révélations JR N° 003 du 7 septembre 2015 soit 9 jours avant le coup de force de ce dernier. Lisez l’extrait !

« Mon frère, mon cher frère, j’ai proclamé sur radio Femina FM en juillet 2013 et dans plusieurs journaux, au nom dans le nom, au sang dans le sang du fils de Dieu ressuscité, que toute personne qui tentera de faire couler le sang de ce peuple béni du Burkina Faso sera arrachée jusqu’à sa racine et sa descendance couverte de malédictions sur quatre cents ans. Mon cher, mon cher frère, notre cher Blaise Compaoré est un baobab de vingt-sept ans qui a été déraciné et jeté à 1000km du Burkina Faso ; et vous ne voyez pas jusqu’à ce jour, c’est qu’avant de déraciner Blaise Compaoré, c’est le régiment de sécurité présidentielle que le tout puissant a déraciné pour toujours. C’est pour cela qu’au nom dans le nom, au sang dans le sang, à la résurrection, dans la résurrection du fils de Dieu ressuscité, tout ce que vous faites et ferez pour vous maintenir, comme RSP se retournera contre vous jusqu’à votre propre perte. Vous n’arriverez jamais, à mettre fin à la Transition, le régiment de notre frère Blaise Compaoré est condamné à disparaitre. Dire ou faire des choses contraires serait comme s’opposer à la montée du soleil dans le ciel. Est-ce possible ? Sachez qu’avant de déraciner notre frère Blaise Compaoré, Dieu le Tout-puissant a déraciné le régiment de sécurité présidentielle, en détruisant les forces occultes, les fétiches, les wacks, les démons auxquels il est adossé. Vous avez essayé trois fois d’arrêter la Transition, trois fois vous avez échoué, sachez que la quatrième fois, vous serez pulvérisé quelque soient vos plans, vos stratégies. Quand Dieu le tout puissant dit non, ce n’est pas négociable. Mon frère, que vous le vouliez ou non, vous allez dire toute la vérité sur les dossiers qui vous concernent. Personne sur la terre ne peut l’empêcher, dans le visible, l’invisible, le naturel, le surnaturel … »


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