Résistance active, impératif des partis politiques

Publié le samedi 14 novembre 2015

A l’instar des organisations de la société civile et des syndicats, les Etats-majors des partis politiques sont immédiatement entrés en résistance. L’Union pour la renaissance/Parti sankariste (UNIR/PS), le Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) et L’Union pour le Progrès et le Changement (UPC) pour ne citer qu’eux ont tout de suite adopté des plans de riposte avec comme maîtres d’oeuvre les comités de crise comme à l’UNIR/PS, les structures officielles permanentes et de campagne transformées en structure de résistance (MPP), ou encore la responsabilisation des comités de jeunes (UPC). Convaincus que le coup d’Etat de Diendéré était principalement dirigé contre eux, ces partis ont jeté leur va-tout dans la bataille. Reportage.

«  Inopportun, le plus bête, le plus inique au monde, félonie inacceptable  ». Jamais, dans l’histoire du Burkina Faso, un coup d’Etat militaire n’a suscité autant de réprobations chez les hommes politiques. Les condamnations sont fermes, la résistance spontanée dès l’annonce de la séquestration du président Michel Kafando et de quelques membres du gouvernement. Alexandre Sankara, député au Conseil national de transition (CNT) témoigne de l’organisation de cette résistance au niveau de l’UNIR/PS : « Immédiatement on a transformé le secrétariat exécutif national en comité de crise. La direction nationale de campagne qu’on avait mise en place pour aller aux élections en octobre on l’a transformée en direction nationale de la résistance active. On a envoyé des directives à nos structures à la base, à Ouagadougou, dans les provinces, par e-mail ou par SMS. Les coordonnateurs régionaux de la campagne ont été transformés en coordonnateurs régionaux de la résistance active  ». Au MPP, c’est l’appel de Salif Diallo, premier vice-président du parti, le 17 septembre à une «  résistance populaire  », sur les antennes de la Radio France Internationale qui sonne la mobilisation. Gervais Nadembega, responsable à l’organisation de l’arrondissement 12 raconte : «  On a utilisé les structures officielles du parti et les structures de campagne pour coordonner la résistance. Les structures se sont immédiatement mises en branle pour mobiliser large  ». A L’UPC, la résistance s’est particulièrement organisée autour de la jeunesse. « Dès que nous avons eu l’information, nous avons informé nos structures de jeunes pour qu’elles se rendent à la Place de la Nation  », confie Léonce Zagré, président de l’Union nationale des jeunes du parti.

Au cœur d’une guérilla urbaine
Dans les arrondissements, les secteurs et les quartiers, les actions sont nombreuses. Les voies publiques sont barricadées à l’aide de grosses pierres, de pneus en flammes, de troncs d’arbres, de barres de fer et même de pointes fixées sur le bitume. Ces objets, parfois achetés par les résistants pour la circonstance, sont convoyés à des points stratégiques préalablement identifiés. Des équipes y sont en poste. Deux à cinq minutes suffisent pour dresser les barricades à presque tous les 500 mètres puis disparaître avant l’arrivée des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Objectif, stopper leur progression dans les quartiers où ils répriment les manifestants dans le sang. En deux jours les blocus les anti-putschistes réussissent à asphyxier les patrouilles (à motos et à pick-up) des soldats. Souleymane Sam, Coordonnateur régional de la résistance active dans la région du Centre confie : «  Par rapport au dispositif que nous avons mis en place nous étions presque sûr que dans les 48h qui suivent aucun RSP n’allait pouvoir encore entrer en ville  ». Outre le terrain, la lutte s’organise autour de la communication. Facebook et les SMS sont utilisés pour relayer l’information auprès des différentes équipes en position dans les quartiers. Des images de manifestants tombés sous les balles ou malmenés par les militaires sont partagées via Facebook. Objectif, galvaniser ceux qui tiennent encore debout, ameuter l’opinion nationale et internationale. L’UPC opte cependant pour un système de «  communication sans trace  » entre ses équipes. L’information est transmise de bouche à oreille à chaque chef d’équipe. Le mot d’ordre reçu est immédiatement mis à exécution. Il fallait cependant coordonner la lutte. Le Groupe d’action pour la restauration de la transition (GRAT) est vite né. Il doit regrouper les résistants. L’initiative est délicate et risquée. Comment ne pas se laisser infiltrer par les pro-putschistes ? Gervais Nadembéga répond : « On ne savait pas quelle force était fondamentalement avec nous et quelle force n’était pas avec nous. Le critère pour accepter quelqu’un dans le groupe était qu’il soit d’un mouvement progressiste parce que tous les progressistes condamnaient les actions du RSP  ». Sur la base de ce principe, 9 structures parmi lesquels l’UNIR/PS, le MPP, l’UPC, le Balai citoyen, l’Unité d’action syndicale mettent leurs ressources ensemble au nom de la Nation. Elles se partagent les mots d’ordre reçus de leurs bases respectives, analyse quotidiennement la situation, oriente la lutte sur le terrain et inonde la ville de différents tracts. Le dernier de ces tracts est l’Adresse N°003 imprimée au petit matin du 25 septembre, jour de la tenue du premier conseil des ministres post-putsch. Le message est clair : faire pression sur le président Michel Kafando pour qu’il «  entérine le décret de dissolution du RSP déjà pris par le président du CNT  », Cheriff Sy, exiger le «  désarmement total et effectif du RSP, l’arrestation du Général Gilbert Diendéré et des autres officiers putschistes, le redéploiement du personnel subalterne du RSP dans l’armée républicaine et de s’abstenir de tout acte de représailles  » contre les soldats du régiment.

« On avait plutôt peur de vivre mais on n’avait plus peur de mourir »
Les principales raisons ayant motivé la résistance spontanée des partis politiques sont les mêmes dans le fond : mettre totalement fin au système Compaoré, démilitariser la scène politique et dépolitiser l’armée. Un jeune de l’UPC, l’air déterminé, confesse : «  Notre objectif est d’arriver à dépolitiser l’armée  ». Il ne digère pas le coup d’Etat et la répression contre les manifestants. «  On ne peut pas comprendre, se plaint-il, qu’aujourd’hui, des gens qui disent vouloir corriger les erreurs des autres prennent des armes contre leur propre peuple  ». Poursuivant, celui-ci déclare : « Quelque soient les erreurs de la transition, ce n’est pas un coup d’Etat qui doit les corriger  ». Gervais Nadembega du MPP, établissant un parallèle avec le cas du Chili (lire l’encadré), ne voit pas l’opportunité du coup d’Etat. « Quand vous prenez le cas de Pinochet, dit-il, toutes les quatre armées étaient impliquées, et elles ont prétexté d’une grave crise dans le pays alors que dans notre pays il n’y avait pas de crise. Au contraire, on était en train de sortir d’une crise avec une transition consensuellement acceptée par les forces vives du pays  ». Néanmoins, il reconnait que c’était une occasion à saisir pour «  achever la révolution d’octobre  ». Alexandre Sankara de l’UNIR/PS renchérit : «  Le RSP nous a donné un fouet. On attendait l’occasion pour le fouetter. Il nous l’a donnée  ». Cette occasion, les Sankaristes disent ne l’avoir pas râtée. «  Nous avons une culture de combat depuis la naissance du parti  », argumentent-ils. Ce combat c’est défendre les «  valeurs de dignité, d’intégrité  » que leur a léguées Thomas Sankara. Benoît Ilboudo est membre du comité de crise. Actif sur le terrain pendant les événements, il témoigne de la détermination des jeunes dans la quête de ces valeurs : «  Dans les années 70, quand il y avait des morts, les gens fuyaient, rentraient chez eux et ne voulaient plus sortir. Au moment de l’insurrection, au moment de ce combat que l’on vient de mener, il y a des jeunes qu’on tue. Leurs compagnons prennent les cadavres, ils mettent de côté, ils envoient les blessés à l’hôpital et ils foncent  ». Sa conclusion est vite tirée : « Avec le régime de Blaise Compaoré, on était arrivé à quelque chose : on avait plutôt peur de vivre mais on n’avait plus peur de mourir ».
Depuis l’assaut victorieux des soldats loyalistes contre le camp Naaba Koom 2, bastion du RSP, le calme est revenu. Cependant, au niveau de ces partis politiques, un même mot d’ordre est toujours en cours : la vigilance jusqu’à ce que l’assurance que tout est rentré dans l’ordre leur soit donnée.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Coup d’Etat de Pinochet
17 ans de dictature militaire rude

En 70, Salvador Allende est élu démocratiquement président de Chili grâce à l’appui des communistes. Durant les trois premières années de son mandat, le pays connaît une grave crise. La croissance économique est au bas niveau. Les conditions sociales sont lamentables. Le 23 août 1973, le Parlement vote sa destitution et appelle la population à la désobéissance civile. Allende contre-attaque. Il nomme le général Augusto Pinochet chef de l’armée pour rétablir l’ordre. Ce dernier lui est loyal mais ne tardera pas à le poignarder dans le dos. Au petit matin du 11 septembre 1973, des troupes militaires envahissent Santiago, la capitale, sous ses ordres. Le président se retranche au palais de La Moneda avec quelques fidèles. Vers 9h, l’aviation bombarde le palais présidentiel. Pinochet prend les rênes du pouvoir qu’il dirige jusqu’au 11 mars 1990. Deux jours après le coup d’Etat, il dissout le congrès, suspend la constitution et interdit les partis politiques. 130 000 personnes sont arrêtées en trois ans. Les exécutions se multiplient. 160 000 personnes quittent le pays pour échapper à l’oppression. A la fin de la dictature, le rapport de la commission vérité et réconciliation fait état de 2 279 morts et 957 détenus disparus. Pinochet est mort d’une crise cardiaque le 10 décembre 2006 à Santiago à 91 ans. L’annonce de son décès a été accueillie avec joie par des milliers de Chiliens qui l’ont manifestée dans les rues.

GBS


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