Les syndicats à la pointe du combat

Publié le samedi 14 novembre 2015

Il appartient à l’histoire de faire l’inventaire des actions engagées par chaque composante du peuple burkinabé contre l’entreprise funeste du général félon. Ce qu’on peut relever cependant d’ores et déjà c’est l’entrée en scène des forces syndicales dès les premières heures du putsch. Le tout n’est pas d’usurper le pouvoir d’Etat, encore faut-il l’exercer. Et sur ce terrain le «  Général » Bassolma Bazié et ses troupes ont mené la vie dure aux putschistes.

Ce fut une idée de génie d’avoir décrété la grève générale illimitée. Certes, le coup d’Etat en lui-même avait eu pour conséquence de désorganiser la vie quotidienne des citoyens mais le mot d’ordre de grève donnait aux burkinabé le sentiment qu’ils entraient par là en résistance contre une forfaiture inacceptable. Les conséquences de la grève générale étaient sans doute assez dures pour les travailleurs eux-mêmes, mais elles ont sans doute aussi contribué à réduire les capacités de nuisance des éléments du RSP qui se comportaient à travers la ville de Ouagadougou comme de véritables fous furieux. Imaginons un peu ce qui aurait pu se passer si les banques et les stations d’essence étaient ouvertes, pour ne citer que ces quelques exemples. En baissant les rideaux et en paralysant les services vitaux, les grévistes ont incontestablement ôté aux putschistes d’importants moyens d’action. Par ailleurs, les travailleurs ainsi libérés ont pu participer aux différentes actions de résistance tels les meetings de dénonciation, les activités de harcèlement des troupes du RSP, les barrages routiers etc. Dans les villes garnisons, les travailleurs insurgés ont en outre mené des actions de sensibilisation en vue d’entrainer dans la résistance, les soldats patriotes. On mesure aujourd’hui l’extrême efficacité de cette grande mobilisation populaire.
Même après le rétablissement des organes de la transition, les responsables syndicaux ont continué d’exercer la pression afin de briser toute velléité de nuire, même résiduelle, de la part non seulement des éléments du RSP mais aussi des forces qui leur sont alliées. Rappelant les objectifs généraux poursuivis par les syndicats, Bassolma Bazié indique : «  le mot d’ordre de grève général qui a été lancé jusqu’à nouvel ordre sur l’ensemble du territoire national est suspendu et non levé  ». Cette décision selon lui vise un certain nombre d’objectifs. Ainsi, il s’agissait premièrement d’«  exiger la libération de tous ceux qui avaient été arrêtés et détenus  ». Deuxièmement de se «  mobiliser pour contrer le coup d’Etat  ». Troisièmement de « se mobiliser pour défendre les acquis de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre que sont la démocratie, les libertés, la dignité du peuple burkinabé. Autant d’exigences qui, précise-t-il, passent par la dissolution du RSP. En suivant les négociations engagées sous les auspices de la CEDEAO, un nouveau point s’est ajouté aux révendications syndicales. Le refus d’accorder une quelconque amnistie aux putschistes. Dans la foulée, Bassolma Bazié s’indigne du fait que des acteurs politiques et de la société civile se soient empressés d’aller à la table de négociation pendant que tous les otages n’étaient pas libérés. Une attitude que la CEDEAO a exploitée en faisant croire que sa feuille de route avait été validée par toutes les parties prenantes. M. Bazié indique que la position du mouvement syndical avant que la CEDEAO n’arrive était de ne prendre part à aucune rencontre «  si les préalables de mise aux arrêts des éléments qui ont perpétré le coup d’Etat et la libération des otages n’étaient pas concrétisés ». Le leader syndical salue la mobilisation des travailleurs et fonctionnaires pour le respect du mot d’ordre de grève. M.Bazié rappelle que le mot d’ordre n’est pas levé. Il n’est que suspendu. Cette décision s’explique par le fait que le mouvement syndical veut s’assurer du bon retour des soldats de l’intérieur dans leurs camps et familles respectifs. Elle s’explique par ailleurs par des raisons sécuritaires, celle des leaders et de la population dans son ensemble. Il y a aussi la rentrée scolaire qui est une préoccupation pour les parents qui ont besoin d’un minimum de moyens pour scolariser leurs enfants. Il faut permettre aux parents d’engager les procédures bancaires pour l’obtention de prêts scolaires ? Autant de conditions nécessaires selon M. Bazié pour assurer une rentrée scolaire effective. Par ailleurs, il était nécessaire que l’économie reparte au plus vite car beaucoup de gens vivent au jour le jour.
Enfin, en termes de perspectives, le «  Général  » Bassolma Bazié lance un appel formel à l’ensemble des acteurs politiques, de la société civile et du mouvement syndical. Il les invite à poser «  des actes réfléchis  » qui s’inscrivent dans l’intérêt général. M.Bazié invite chacun à songer aux générations futures en leur transmettant un pays bien construit et agréable…

Par Hamidou TRAORE


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