Les OSC sur la ligne de front

Publié le samedi 14 novembre 2015

Stupeur et colère au sein des OSC quand la nouvelle de la prise d’otage du conseil des ministres est tombée. Surmontant l’émotion, quelques responsables d’OSC tentent de mettre au point une stratégie pour s’opposer à la forfaiture. Quelques décisions sont prises à la hâte comme la marche sur la RTB pour y lire une déclaration. Devant la porte d’entrée le piquet de militaires constitué d’hommes du RSP est renforcé. Leur arsenal impressionne les responsables d’OSC qui comprennent que les choses ne seront pas faciles. Ils tentent un dialogue mais les militaires leur font comprendre qu’ils ne sont pas là pour discuter. Les OSC n’insistent pas et replient dans le but d’envisager d’autres moyens de poursuivre la résistance à ce qu’ils appréhendaient déjà comme un coup d’Etat.

La tentative d’investir la RTB ayant échoué, un appel au rassemblement à la place de la Nation est lancé. Aziz Sana, membre du Conseil National de la Transition (CNT) et président du collectif pour la Démocratie, le Droit et le Développement (collectif 3D), tout comme Désiré Guinko, coordinateur du collectif des OSC et porte-parole du mouvement les patriotes du Faso sont au nombre des responsables d’OSC ayant appelé à ce rassemblement. Avec la foule accourue à la place de la Nation, décision est prise de marcher sur Kosyam en vue de libérer les otages du RSP. « Nous avons cheminé jusqu’aux environs du rondpoint de la Patte d’Oie. C’est là que nous nous sommes rendus compte qu’on avait affaire à des individus qui n’avaient aucune formation idéologique ni politique comme l’avait dit Thomas Sankara » explique Désiré Guinko, coordinateur du collectif des OSC et porte-parole du mouvement les Patriotes du Faso. Les éléments du RSP rencontrés ont fait crépiter leurs armes avec des balles réelles. Devant la situation et vu que la nuit commençait à tomber, rendez-vous est donné pour le lendemain en vue de la poursuite de la marche sur Kosyam. Dès les premières heures du jeudi 17 octobre 2015, la place de la révolution est prise d’assaut par la soldatesque et toute tentative de rassemblement est violemment réprimée. La terreur était à son comble. Les OSC changent de tactique et décident d’investir les quartiers. En un temps record, toute la ville de Ouagadougou est transformée en champ de bataille. Les confrontations se multiplient entre les populations et les éléments du RSP. Désiré Guinko témoigne : «  c’était une véritable guérilla urbaine entre des manifestants à mains nues et des soldats bien armés qui n’hésitaient pas à tirer sur tout ce qui bouge.  » Organisés pour la plupart autour des organisations de la société civile (OSC), les insurgés tentaient de mener la vie dure aux putschistes. Dans le même temps, Bassolma Bazié, au nom des syndicats lance un appel à la grève générale illimitée. Un appel qui reçoit un écho favorable sur toute l’étendue du territoire national. L’entrée en jeu des syndicats est un tournant. La résistance se généralise.

Une guérilla civile face à des soldats armés
« Nous nous sommes très vite rendus compte que tout rassemblement faisait l’objet de tirs à balles réelles contrairement aux 30 et 31 octobre 2014 où l’usage du gaz lacrymogène était pratiqué » déplore Désiré Guinko. Dès lors, il fallait adapter la stratégie à la situation. Eviter la confrontation directe tout en multipliant les harcèlements pour essouffler les putschistes et prendre le contrôle des quartiers. «  Nous avons décidé au niveau des arrondissements d’organiser nos points focaux de telle sorte à mettre des blocus, des pneus brulés, des cocktails Molotov que les jeunes fabriquaient et toute sorte d’initiatives pour pouvoir harceler les patrouilles du RSP  » poursuit Désiré Guinko, qui, avec des camarades occupaient la zone allant de la Pédiatrie Charles de Gaulle à Kossodo en passant par l’échangeur de l’Est. C’est d’ailleurs des stratégies développées par la plupart des manifestants.
A Tampouy par exemple, la résistance du club CiBal (du Balai citoyen) Nazi Boni était menée suivant les instructions de la coordination nationale du Balai citoyen qui donnait les informations et appelait à la mobilisation pour soutenir la cause nationale. Sur place les voies publiques étaient barricadées pour gêner la progression des éléments du RSP. Sur les grands axes également, les manifestants avaient installé des postes de contrôle et procédaient aux fouilles des passagers pour démasquer les éventuels fuyards des rangs du RSP et les espions. Pour les leaders qui ne pouvaient pas descendre sur le terrain pour des raisons de sécurité, ils résistaient à leur manière par leurs appels à la résistance et leurs directives concernant la conduite de la lutte. Ils menaient également la lutte à travers les réseaux sociaux.

Lorsqu’un meurtre stimule
Pour Hamado Gérard Kaboré, du club Cibal de Tampouy, ce qui les «  galvanisait, c’était la communication  ». Partout où il y avait des tirs, les informations leur parvenaient sur site à Tampouy. De la même manière, ce qui se passait à Tampouy, était connu des résistants des autres quartiers de la ville. D’ailleurs comme l’affirme Désiré Guinko, «  à chaque fois qu’ils (les putschistes, ndlr) tuaient quelqu’un, cela donnait plus de courage et de tonicité à nos hommes aux mains nues sur le terrain de pouvoir résister jusqu’à ce que ces gens plient  ». Autres volets de la résistance, le ravitaillement des résistants en pneus, carburant et moyens de communication. Outre cela, des initiatives étaient également développées afin de tenir la communauté internationale informée de la barbarie des putschistes. Pour ce faire, des activistes sont commis dans les quartiers pour compiler les images des personnes blessées ou tuées par le RSP de même que les motos brûlées. «  Ces preuves étaient acheminées aux Nations unies pour qu’ils sachent la réalité sur le terrain » renchérit Guinko qui a constaté qu’« a un certain moment les putschistes ont commencé à s’essouffler  » Ce qui faisait réjouir les résistants de ce que leur «  stratégie a fini par payer parce qu’à un certain moment, ils (les éléments du RSP, ndlr) n’avaient plus de carburant …  ». La bouffée d’air est venue lorsque les garnisons des autres provinces ont décidé de marcher sur Ouagadougou pour mettre fin à la violence aveugle que le RSP faisait subir à la population.

La résistance a payé
Le RSP est défait. Il a été désarmé et ses éléments redéployés dans différentes garnisons du pays. Que reste-t-il à faire ? «  Sur le plan militaire, c’est un pas en avant  » reconnait Aziz Sana qui ajoute qu’il faut continuer à former l’armée burkinabè malgré la dissolution du RSP à l’esprit de la protection du peuple. De son côté, Désiré Guinko lui estime que «  c’est une victoire d’étape parce qu’il faut que la justice fasse son travail pour qu’on sache qui a tiré sur les manifestants ». Quant à Hamado Gérard Kaboré, il est plutôt animé d’un sentiment de satisfaction parce que le peuple burkinabè a gagné une bataille. Désormais, les yeux sont tournés vers la justice burkinabè car conclut Aziz Sana, «  On ne peut pas rêver de paix sans justice et égalité entre les citoyens. La paix en dépend ! ».

Wend-tin Basile SAM


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