Dissolution du RSP : Chute du dernier vestige de la Compaorose

Publié le samedi 14 novembre 2015

Sa dissolution avait été exigée pour la première fois il y a 16 ans, par le Collège des sages, un an après l’assassinat de Norbert Zongo. La question est revenue sur la table au lendemain de l’insurrection populaire de fin octobre 2014. Depuis lors, elle est restée pendante. Parallèlement, le mythe d’un corps d’élite redouté à la grande capacité de nuisance avait passablement divisé les Burkinabè et dissuadé les autorités de la transition de procéder à sa dissolution. La forfaiture du 17 septembre dernier a définitivement scellé son sort.

La dissolution du Régiment de Sécurité Présidentiel est désormais actée. Le conseil des ministres du 25 septembre dernier a entériné la décision par décret du président du Conseil national de la transition, Chériff Sy. Troisième personnalité de l’Etat conformément à la Charte de la transition, ce dernier, entré dans la clandestinité suite au coup d’Etat, avait opposé une résistance farouche à Gilbert Diendéré en s’auto investissant président du Faso par intérim au lendemain de la séquestration de Michel Kafando et du Premier ministre Yacouba Issac Zida.

Aux origines du RSP
Située derrière le palais présidentiel de Kosyam, au camp Naba Koom II, le RSP est un régiment de 1300 hommes, le dixième des effectifs des forces armées nationales. Héritier du premier bataillon du Centre national d’entraînement commando (Cnec) de Pô, le RSP est créé par décret présidentiel n° 95-482/PRES/DEF du 21 novembre 1995. Il comprend un Groupement des Unités d’Intervention composé de trois Compagnies, un Groupement de Commandement et des Services GCS et un Groupement des Unités Spéciales composé d’un groupe de sécurité rapprochée, un groupe d’intervention anti-terroriste et un groupe de recherche, identification et neutralisation des explosifs. Il se met officiellement en place au cours de l’année 1996 sous les ordres d’un chef d’Etat-major particulier, le ci-devant général putschiste. Par décret n°326/PRES/PM/DEF du 20 juillet 2000 portant rectificatif du décret N° 95-482/PRES/DEF du 21 novembre 1995, il est placé sous l’autorité du Chef d’état-major de l’Armée de Terre. Diendéré devient dès lors Commandant de région militaire. Cependant, dans la réalité, il s’est rarement plié aux injonctions du chef d’Etat-major général des armées.

Trop de sang sur les mains
La seule évocation de son nom suscite méfiance et réprobation immédiates chez beaucoup de Burkinabè Les éléments du RSP sont bien entraînés, suréquipés et choyés. Leur mission officielle était d’assurer la sécurité du Président du Faso en tant qu’institution de la République. Cependant, de nombreux burkinabé considèrent ce régiment comme la garde prétorienne du clan Compaoré. Son nom est associé à plusieurs crimes commis sous le régime de la 4ème République. David Ouédraogo et Norbert Zongo, deux victimes dont les noms sont gravés dans la mémoire des Burkinabè ainsi que des organismes de défense des droits humains depuis 17 ans. Le premier était le chauffeur de François Compaoré, petit frère du président déchu Blaise Compaoré. Accusé de vol, il a été torturé à mort en janvier 1998 dans les locaux du Conseil de l’Entente, tenu par le RSP. Le second, journaliste d’investigation qui enquêtait sur la mort du premier fut à son tour, assassiné et réduit en cendres, avec trois autres de ses compagnons, sur la route Ouaga-Sapouy en décembre de la même année. La commission d’enquête indépendante installée suite à ce quadruple assassinat a épinglé « six suspects sérieux  », tous du RSP. La société civile le tient aussi pour responsable des 24 personnes tuées par balles lors des événements des 30 et 31 octobre 2014. Les 14 morts lors des manifestations contre le récent coup d’Etat militaire, selon un bilan provisoire, viennent noircir son tableau déjà sombre.

Gangstérisme contre les médias
Plusieurs médias burkinabè ont subi la furie des hommes du RSP. Dans la matinée du 30 juin 2015, des soldats de ce régiment font une descente musclée dans les Rédactions de Savane FM, Oméga FM, Ouaga FM et Horizon FM. Ils adressent un seul message : «  Nous ne voulons plus que vous parliez de nous ici. Nous voulons que les gens arrêtent de nous insulter (…) maintenant, nous n’allons pas nous amuser, bonne journée  ». Cela est intervenu après que ces radios aient relayé l’intrusion répétée du RSP au conseil des ministres. Ils ont mis leur menace à exécution lors du putsch du 17 septembre. Ils ont arrêté les émetteurs de plusieurs radios à travers le pays, incendié les engins des journalistes de la radio Oméga FM à Ouagadougou. Ils ont procédé à l’enlèvement du matériel de traitement et de diffusion de son de la radio Savane FM puis saccagé et incendié la radio Laafi à Zorgho. Le directeur général des éditions Le Pays, un photographe du journal en ligne Lefaso.net et un journaliste du journal en ligne Burkina24.com et son confrère du quotidien Sidwaya ont été passés à tabac. Un correspondant du quotidien Sidwaya à Bogandé a été touché par balle (sa vie est hors de danger). La surveillance des domiciles et des lieux de travail de plusieurs journalistes ont contraint ces derniers à entrer dans la clandestinité. 
Vendredi dernier, une enquête judiciaire est ouverte afin d’identifier les putschistes et leurs complices. La commission commise à cette tâche a un délai maximum de 30 jours pour déposer son rapport. Le doyen des juges du tribunal de grande instance de Ouagadougou a procédé au gel des avoirs du général Gilbert Diendéré, cerveau du putsch et de son épouse Fatou ; d’Eddie Komboïgo, président du CDP ; d’Alain Zoubga, président de l’Autre Burkina et de Hermann Yaméogo, président de l’UNDD. D’autres militants des partis de l’ex-majorité présidentielle comme Alpha Yago, Léonce Koné, Djibril Bassolé et des officiers militaires comme Mamadou Bamba, porte-parole des putschistes et Sidi Paré, désormais ex-ministre délégué à la Sécurité sont également concernés par la sanction. Idem pour les partis politiques suivants : Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), Nouvelle Alliance du Faso (NAFA), l’Union pour un Burkina Nouveau(UBN) et l’Organisation pour la Démocratie et le Travail (ODT).

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

L’amnistie des putschistes : De nombreux burkinabé s’y opposent

Parmi les propositions de la CEDEAO figure l’amnistie pour les putschistes. Mais la pilule ne passe pas chez de nombreux Burkinabé

« Non ! Pas d’amnistie pour qui que ce soit  », a martelé Bassolma Bazié Secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Burkina (CGT-B). «  On ne peut entasser des morts dans les morgues et dans le même temps exiger qu’il faut voter une loi d’amnistie pour ceux qui sont les auteurs de ces actes », a-t-il clamé. Même avis chez Luc Marius Ibriga, leader de la société civile : « il faut que les uns et les autres cessent d’abandonner les textes ». Citant l’article 25, alinéa 9 du protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance, il dit ceci : «  Les Etats parties jugent les auteurs de changement anti constitutionnels du gouvernement ou prennent les mesures qui s’imposent en vue de leur extradition effective  ». Ablassé Ouédraogo, est moins catégorique. Il met le pardon en avant. « Tout les points sont négociables et doivent être négociés tout simplement parce que le Burkina nous appartient à tous  », dit-il. L’homme politique propose que s’il y a sanction que cela concerne seulement les responsables du RSP. «  Si on ne peut pas donner une amnistie totale à tout le monde on peut imaginer une amnistie ciblée  », confie-t-il. Pour lui, on peut accorder l’amnistie aux soldats du RSP et sanctionner les chefs responsables du coup d’Etat. Aziz Sana, président du collectif 3D, Collectif pour la Démocratie, le Droit et le Développement, estime qu’il faut sanctionner pour l’exemple même s’il est possible de pardonner après. «  Dans le cas présent, il faut juger et punir juridiquement les coupables pour que cela serve de leçon à tout le monde. Plus tard nous verrons s’il faut avoir des actions de clémence  ». Selon lui, amnistier c’est encourager le crime et l’impunité. «  Si nous passons sans aucune sanction, aucune leçon n’y ressortira et d’autres personnes massacreront plus tard d’autres citoyens en se disant : de toute manière, j’aurai la grâce ou l’amnistie. Et c’est la continuité des crimes de sang ».

Rappel historique
Accepter l’amnistie proposée par la CEDEAO serait une première dans notre pays. Pour avoir été suspecté de tentative de coup d’Etat, de nombreux militaires burkinabè ont été passés par les armes.
Pour être entrés en rébellion contre le coup d’Etat du 15 octobre 1987, les hommes du Bataillon d’Intervention Aéroporté (BIA) du Capitaine Boukary Kaboré dit le lion ont été assassinés puis brûlés. Ils n’ont pas bénéficié d’amnistie alors que leur rébellion n’avait fait aucune victime côté civil.
Dans la nuit du 18 au 19 septembre 1989, le Commandant Jean-Baptiste Lingani et le Capitaine Henri Zongo sont accusés de tentative de coup d’Etat contre le régime du Front Populaire de Blaise Compaoré. Très vite, ils ont été passés par les armes ainsi que le Capitaine Koundamba Sabyamba et l’Adjudant Gnégné. Eux non plus n’ont pas pu bénéficier d’une d’amnistie.
En 2003, accusés d’atteinte à la sûreté de l’Etat, les Capitaines Ouali, et Bayoulou et autres ont été jugés et condamnés à des années de prison. N’eût été le contexte national et international de démocratie et des droits de l’homme, ils auraient été simplement exécutés dans la logique de la compaorose.
Lors des mutineries de 2011, un détachement du RSP conduit par le Général Diendéré est monté à Bobo-Dioulasso pour y mâter les mutins : le bilan de ce carnage n’a jamais été connu par les burkinabè.
Aujourd’hui, le coup d’Etat du 16 septembre dirigé par le Général Diendéré a fait au moins 15 morts et plus d’une centaine de blessés ainsi que des dégâts matériels incalculables. Est-il juste de leur accorder une amnistie ? On est où là ?

AS et BS


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