Que faire de nos braconniers politiques ?

Publié le samedi 14 novembre 2015

A présent que le général a déclaré trouver normal de répondre devant la justice, il faut maintenant s’interroger sur les bras politiques qui ont soutenu sa forfaiture. Les charges sont accablantes : attentat à la constitution, soutien à une entreprise criminelle pour ne citer que les plus importantes. Le refus de l’impunité impose d’examiner la forfaiture des responsables des partis signataires de la déclaration d’allégeance au CND, l’organe politique des putschistes et de lui opposer la rigueur de la loi.

Qui sont-ils ces treize partis(1) qui ont ostensiblement soutenu le général putschiste dans sa forfaiture ? Croyant le général invincible, ils ont osé se fendre ostensiblement d’ une déclaration qui met à nu le fond putschiste de ses auteurs. Que dit cette déclaration ? « En ces heures graves pour le destin du Burkina Faso, nos partis tiennent à réaffirmer leur total soutien et leur entière solidarité au Conseil National pour la Démocratie (CND), qui a mis fin aux dérives anti démocratiques et sectaires du processus de la transition, telle qu’elle était conduite par le régime intérimaire qui a été mis en place au lendemain du soulèvement populaire des 30 et 31 octobre 2014  ». Le soutien est franc et sans la moindre fioriture. Apr-s le vote scélérat du 30 octobre, empêché de justesse, ils viennent encore de signer un acte de forfaiture. Que certains de leurs candidats aient été frappés d’inéligibilité justement pour avoir soutenu un changement anti-constitutionnel du pouvoir ne semble pas les émouvoir outre mesure. Les voilà de nouveau en flagrant délit de récidive. On peut s’étonner que des partis qui affichent leur foi en la démocratie et donc à ses règles cautionnent un coup d’Etat. Mais nos preux chevaliers du groupe des 13 qui n’ont aucun état d’âme ont leur explication : « En focalisant toute son action sur l’esprit de revanche, la négation de la liberté d’opinion, l’exclusion ou l’affaiblissement délibéré des forces politiques concurrentes, le Conseil National de la Transition (CNT) a violé la Constitution burkinabè et les principes universels de la démocratie et des droits de l’homme, consacrés par plusieurs traités internationaux auxquels notre pays est partie. La révision du Code Electoral votée en avril 2015 par le CNT, donne une illustration évidente de cette volonté de tronquer le suffrage des citoyens, dans le but de favoriser injustement la domination de certaines factions sur l’échiquier politique national. » Même en partant de ce fondement, est-il normal que des gens qui se disent démocrates choisissent le coup d’Etat comme mode de revendication politique ? La leçon administrée par le peuple burkinabé les 30 et 31 octobre ne les aura pas visiblement inspiré. Où étaient-ils ces amoureux de la démocratie quand Blaise Compaoré avait décidé le 30 octobre 2014 de violer la constitution pour s’octroyer un troisième mandat ? Ils l’ont soutenu jusqu’au bout, déclenchant par cette forfaiture l’ire du peuple burkinabé. C’est par une insurrection populaire que le peuple a mis fin au régime de parjure auquel ils s’étaient accrochés. Est-il besoin de rappeler que l’art. 167 et 168 de la constitution dont leur mentor était pourtant le gardien suprême reconnait au peuple le droit à la désobéissance civile lorsque la légitimité du pouvoir n’est plus fondée sur la constitution ? Mais le recours à la désobéissance civile dont l’insurrection populaire est la forme la plus élevée, n’est pas donné à n’importe quel fourlampier². Seul le peuple organisé peut recourir avec raison et à bon escient à ce mode d’action. On comprend que faute d’avoir le peuple avec soi, on soit obligé de recourir à la soldatesque.

Quand des putschistes en appellent à la démocratie
Le projet des putschistes civils était décidément funeste. Ils pressaient en effet le chef de la junte et son prétendu Conseil National de la Démocratie, en plus de dissoudre les organes politiques de la transition, de reprendre en main le conseil constitutionnel ainsi que la CENI : « Nous nous en remettons au CND et aux nouveaux organes qu’il mettra en place pour décider du sort du Conseil Constitutionnel, dans l’intérêt du pays. Dans cette optique et à titre indicatif, on pourrait envisager qu’un nouveau Conseil Constitutionnel soit institué, dont les membres seraient désignés avec le concours du corps de la magistrature, suivant des modalités à définir. La récente découverte d’une tentative de fraude portant sur l’établissement de près de 5000 cartes d’électeurs falsifiées, nous amène à avoir des doutes sérieux sur la fiabilité du fichier électoral de notre pays. Car il est vraisemblable que les faux documents électoraux qui viennent d’être découverts ne constituent que la partie visible de l’iceberg d’une manipulation électorale de grande ampleur. Dans ces circonstances, compte tenu de l’importance des élections à venir, présidentielles, législatives et municipales, ainsi que du contexte particulier de leur organisation, survenant au terme d’une transition tumultueuse, nous demandons que ces scrutins soient placés sous la supervision indépendante de l’Organisation des Nations Unies. Dans ce cadre, nous exigeons un audit du fichier électoral, afin de garantir sa fiabilité.
Nous demandons également que les résultats des élections présidentielles et législatives donnent lieu à une certification des Nations Unies, comme cela s’est passé en Côte d’Ivoire en 2010. 
 » C’est donc un véritable projet de déstabilisation du processus électoral en cours pourtant déjà validé par les institutions internationales dont les Nations unies, qui est appelé par ces politiciens. Un tel projet aurait été taxé d’hérésie sous l’empire du régime déchu. Que des hommes comme Hermann Yaméogo et Alain Zoubga soient dans une alliance alimentaire avec le CDP ne doit pas les rendre amnésiques au point d’ignorer le verrouillage de la vie politique et institutionnelle dont le régime de Blaise Compaoré était l’incarnation. Ils l’ont dénoncé en son temps. Quand ils ont décidé d’aller à la soupe, rien n’avait pourtant changé sous ce rapport, ni avant ni après. Les opposants eux ont continué à en être les victimes expiatoires. Aujourd’hui qu’ils ne sont plus à la manœuvre, il faut renverser coûte que coûte la calebasse. Et pourtant de toute son histoire, le Burkina n’a jamais eu autant d’opportunités démocratiques, un espace politique aussi ouvert. Cela est un fait reconnu par de nombreux observateurs de bonne foi. Le groupe des 13 qui a soutenu becs et ongles les putschistes est représentatif d’une classe politique en perdition. Nombre de ses responsables ne se sont pas construit un avenir en dehors de la politique. Ces has been qui ont râté leur positionnement dans le processus post-insurrectionnel voient à présent le monde s’écrouler devant eux.

Que faire de ces politiciens perdus ?
Ils ont choisi le parti du général putschiste et ils ont lamentablement perdu. Il ne revient pas à la Transition de les repêcher. Qu’ils se battent avec les armes que leur reconnait la république pour émerger ou ré-émerger. En attendant, ils doivent payer, au même titre que les militaires pour leur forfaiture. Sans être des juges, il nous semble cependant qu’il y a un prix politique à consentir. Ils ont violé à nouveau les articles 135 et 165 de la loi électorale. Les événements du 16 au 23 septembre constituent des circonstances exceptionnelles qui permettent d’envisager l’ouverture d’une procédure de contestation des candidatures de putschistes civils qui sont sur les listes électorales. L’acte qu’ils ont posé est bel et bien une tentative de changement anticonstitutionnel. Et la règle de droit applicable c’est l’inéligibilité. En attendant d’éventuelles poursuites pénales pour les morts et les destructions des biens que leurs actions ont provoquées. Sur ce point, il convient d’indiquer que les vandales de tous les bords doivent être dans le viseur du juge. Rien ne justifie que des domiciles privés soient saccagés ou brulés. Il y a un minimum de tenue à observer dans toute lutte pour ne pas compromettre gravement notre vivre ensemble. Dans le même registre, les auteurs de menaces de mort ou de propos haineux à travers les réseaux sociaux ou tout autre support devront être recherchés et punis conformément à la loi. Le terrorisme quel qu’il soit doit être banni de nos meurs politiques et sociales. Nous voulons un Burkina de paix et de fraternité où personne ne doit payer pour les turpitudes de ses proches. En tout état de cause, c’est à la justice et à elle seule que nous avons reconnu le rôle de juger et de sanctionner les écarts à la loi. En revanche, la justice privée est dangereuse pour tout le monde. Personne n’est assez fort pour en être à l’abri.
L’aventure éphémère du général Diendéré doit nous servir de leçon. Le peuple est la seule source de légitimité démocratique. Les coups d’Etat sont des anachronismes auxquels il convient d’appliquer la jurisprudence de l’Union africaine. Ceux qui utilisent la courte échelle pour aller aux affaires doivent comprendre les risques qu’ils encourent. La politique est un art qui comporte des règles. Aux braconniers politiques de savoir désormais s’abstenir.

Par Germain B. NAMA

1 Le CDP, Le Regroupement PAP qui comprend 8 partis, l’UBN, la NAFA, l’ODT, l’Autre Burkina
2 fourlampier : vocabulaire populaire signifiant va nu-pied (ici aventurier politique)


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