Bobo Dioulasso : Place Tiefo Amoro, haut lieu de la résistance

Publié le samedi 14 novembre 2015

Quand la patrie est en danger, c’est tout le pays qui doit se mettre debout. A Bobo, dès que le coup d’Etat a été annoncé, les habitants ont envahi les rues et convergé vers la Place Tiefo Amoro pour protester contre ce putsch.

Dès le jeudi 17 septembre 2015, les jeunes sont descendus dans les rues de Bobo Dioulasso pour manifester leur opposition au coup d’Etat. Les slogans scandés sont farouches à l’endroit du général Diendéré et du RSP. La place Tiefo Amoro est le principal lieu de ralliement des manifestants anti putsch. Pour la foule insurgée, il n’est pas question qu’un «  assassin  » dirige le pays. D’où la musique engagée à la Tiken Jah Fakoly : « Quitte le pouvoir... », ou à la Alpha Blondy : « Les voyous ont mis le feu dans mon paradis....  » . Sur une pancarte, on pouvait lire un slogan devenu populaire : «  C’est le coup d’État le plus bête du monde  » . Ni la pluie ni le soleil (selon les jours) n’ont pu démobiliser les manifestants. Le mot «  Résistance  » sortait constamment de leur bouche. Pour eux, tant que la situation n’est pas revenue à la normale, il n’est pas question qu’ils reculent. «  S’ils (RSP) veulent qu’ils nous tuent tous. Na lara, an saran  » martèlent-ils. C’est clair : «  CHAQUE PAS de notre MARCHE sera un coup de Pioche pour creuser la Tombe du CND  » indique une pancarte. Le dimanche 20 septembre, jour tant attendu pour les conclusions des négociations, les manifestants ont engagé une marche sans précédent depuis le coup d’Etat. Ils ont, en effet, marché de la place Tiéfo Amoro au rond-point de la femme en passant par le Boulevard de l’indépendance. Cette marche a duré environ deux heures.
Les femmes ont été également celles-là qui se sont investies dans ces manifestations. C’est en héroïnes qu’elles ont été accueillies à la place Tiéfo Amoro. Le vendredi par exemple, elles ont battu le pavé. Munies de branches et scandant : «  Diendéré on ne veut pas, Diendéré descend  ». Le soir, avec des spatules en main, elles ont exprimé leur indignation jusqu’au camp militaire Ouezzin Coulibaly. «  Si nous laissons des terroristes nous diriger, nous compromettons notre vie à jamais  » dit d’une voix explosive une femme, une spatule en main.

«  Décision funeste de la CEDEAO  »
Le lendemain, lundi 21 septembre au matin, la bourse du Travail est noire de monde. La place Tiéfo Amoro également. Les artères de la ville qui n’étaient pas barricadées sont bloquées par des jeunes en furie. La décision de la CEDEAO est une pilule amère à avaler. A la bourse du travail tout comme à la place Tiéfo Amoro c’est le même langage : «  renforcer la résistance  ». Sur certains visages se lisait la tristesse. « C’est une décision funeste que la CEDEAO nous impose  » regrette monsieur Soré, la soixantaine. «  Comment peut-on être si cynique pour accorder l’amnistie à Diendéré et à ses hommes après toute cette forfaiture  » s’interroge monsieur Soré, la voix teintée de colère. «  C’est dommage qu’une institution comme la CEDEAO veuille institutionnaliser l’impunité  » regrette un jeune habillé en maillot Etalon. Pour Issaka Zanga, habillé en T-shirt Thomas Sankara, «  il revient à nous les Burkinabè de prendre nos responsabilités. Seule la lutte libère !  », lance-t-il, le point en l’air. L’espoir est revenu dès que l’information faisant état de la descente des forces armées nationales sur Ouagadougou pour «  désarmer le RSP  ». La ville s’anime. Le camp Ouezzin Coulibaly est alors pris d’assaut par les manifestants. Sous des cris de joie, ils encouragent les soldats qui ont pris la route pour la capitale. La situation s’enlisait. Mais les Bobolais n’ont pas perdu espoir. C’est avec joie qu’ils ont accueilli le message du président Kafando. Mais la résistance, elle, est maintenue…

Par Basidou KINDA

La paralysie

Le coup d’Etat a beaucoup éprouvé la vie des populations à Bobo Dioulasso. Depuis que l’unité d’action syndicale (UAS) a lancé le mot d’ordre général de grève illimitée, tous les secteurs d’activités ont connu un blocage. Durant tout ce temps, à la zone industrielle c’était «  une paralysie totale  » confie Bakary Millogo, secrétaire général de l’Union régionale des Hauts-Bassins/CGTB. En effet, au constat fait, seules les machines de la Sonabel étaient en marche dans cette zone.
Le Centre hospitalier universitaire Sourou Sanon (CHUSS) a aussi été éprouvé par ces évènements. Dans ce centre, tout est désert. Pas de personnel soignant, pas de malades non plus. Le directeur général, Bakary Gustave Sanon, explique que «  faute de personnel soignant, beaucoup de gens sont repartis avec leur malade  » . La grève lancée par l’UAS a en effet été bien suivie au CHUSS. Dès les premiers jours, même le service minimum n’était pas assuré. C’est le dimanche 20 septembre qu’il a été institué après avis des syndicats et du directeur général du CHUSS. Mais cela n’a pas été facile à cause des problèmes de déplacement liés à la fermeture des stations d’essence, selon le DG Sanon et le SG Millogo. En effet, toutes les stations-service étaient fermées. Le carburant était devenu une denrée très rare. Le litre se vendait aux abords des voies à 2000 fcfa. Certaines personnes ont témoigné avoir même acheté le litre à 3000f. Face à cette situation, les meneurs des manifestations ont entamé des démarches auprès des responsables des stations-service afin qu’ils acceptent ouvrir momentanément les stations, le temps que les gens s’approvisionnent. «  Les stations vont s’ouvrir entre 12h et 15h pour que vous vous approvisionniez  » disaient-ils ce mardi 22 septembre. Pour l’heure, à l’hôpital Sourou Sanon, il n’y a pas de bilan chiffré.
Au grand marché de Bobo, toutes les boutiques étaient fermées. La tristesse avait envahi les commerçants. Certains n’ont d’ailleurs pas manqué de maudire les putschistes pour cette situation. « Seul Dieu peut savoir ce que nous perdons, nous commerçants » déplorent-ils. Au marché de fruits et légumes, c’est un autre constat. Pas de clientèles. Awa Traoré argumente : «  si les familles n’ont pas d’argent pour venir faire le marché, c’est logique que cela ait un impact sur nos produits  » . En effet, le coup d’Etat ayant pris les gens de court, ceux qui ont leur argent en banque n’ont pas pu s’approvisionner. Les banques étant fermées (y compris les services téléphoniques de transfert d’argent), les familles étaient dans la débrouille pour bien gérer le peu dont elles disposaient. Mais la ville a repris ses activités dès que le message du président Kafando a été diffusé.

Basidou KINDA


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