Incroyables héros, ces jeunes du Burkina !

Publié le samedi 14 novembre 2015

Il y a une donne que personne ne doit désormais ignorer. Il n’est plus permis à n’importe quel aventurier, fût-il militaire de se considérer comme le nombril du Burkina. Le 16 septembre dernier, le général Diendéré s’est gravement mépris. Il a cru que ses galons et sa légende (fabriquée) suffiraient à mettre le peuple burkinabé au garde-à-vous. Mal lui en a pris. Son coup d’Etat n’a tenu que le temps de son dévoilement. Ça suffit, ont aussitôt scandé le peuple et sa jeunesse. En dépit de sa capacité militaire et du renfort reçu de la CEDEAO, le général n’a eu d’autre choix que de ravaler sa forfaiture. Sans conditions !

Aucune partie du Burkina n’est restée en marge du mouvement de rejet du coup d’Etat du RSP. Si certaines villes comme Bobo, Koudougou, Ouahigouya, Dédougou, Léo ont vu leurs manifestations médiatiquement relayées, de nombreuses autres villes et villages ont également suivi le mouvement de protestation à travers des activités diverses hostiles à la junte putschiste. Ouagadougou la capitale a été la ville qui a payé le prix le plus élevé en vies humaines (11 morts) et plus d’une centaine de blessés plus ou moins graves. Les militaires du RSP se sont montrés particulièrement cruel dans la répression. Un jeune qui filmait les scènes de barbarie et qui se tenait en bordure de la route a été abattu sans autre forme de procès. On se souviendra également de l’image de ce jeune homme sur France24 qui, une balle dans la tête, continuait d’exalter ses camarades qui tiennent encore debout à ne pas baisser les bras. Une mamie qui regardait ces images insoutenables et gonflée à bloc par l’héroïsme de ces jeunes gens s’est empressé de nous interpeller en ces termes : « Nous autres (parlant de notre génération) avons été des enfants gâtés. La république nous a tout donné. Une scolarité gratuite, des emplois assurés après les études et pour certains une carrière politique dorée. Malheureusement, certains se sont mis à penser que la République leur devait tout et que rien ne devait leur être refusé. Nos enfants par contre n’ont pas eu cette chance là. L’école, les bourses, les emplois, tout leur est refusé. Et c’est eux qui aujourd’hui malgré tout, sont sur les barricades, à défendre un pays qui ne leur a rien donné. Non, vraiment nos enfants nous ont réconciliés avec nous-mêmes. Ils doivent être salués comme il se doit ! » C’est peu dire que nous avons été littéralement sonné par ces paroles vraies.

On ne peut pas continuer à ignorer ces jeunes !
L’histoire du RSP a toujours été une histoire d’impunité. Le crime fondateur a d’abord été l’assassinat du président Thomas Sankara. Il n’a jamais été possible sous Blaise de faire la lumière sur ce crime. Par la suite, ce fut une longue chaîne de crimes. Rappelons seulement quelques-uns, imputables à la garde prétorienne de Blaise Compaoré : Lengani et Zongo, ses malheureux compagnons sommairement exécutés. Oumarou Clément, un autre compagnon exécuté en pleine rue de Ouaga, Sessouma Guillaume et Dabo Boukary, morts au Conseil, David Ouedraogo, torturé à mort au conseil de l’entente, l’autodafé du journaliste Norbert Zongo et ses trois compagnons d’infortune. Tous des crimes impunis. Voilà ce qui a plombé lourdement les ailes de notre histoire nationale sous Blaise. Depuis octobre 2014, grâce à l’action décisive de ces générations montantes, le régime de crimes et d’immobilisme de Blaise Compaoré a été balayé. Le sacrifice consenti par les jeunes a été énorme. Il est fait de deuils et de souffrances. Aujourd’hui ceux qui ont souffert pour que la liberté du peuple soit une réalité veulent que plus jamais l’impunité ne prospère dans notre pays. Peut-on leur refuser cela ? Absolument non. Ceux qui ont joué avec le feu doivent répondre de leur forfait. Ce qu’il y a de mieux à leur souhaiter c’est qu’ils puissent bénéficier d’une justice équitable. Pour le reste, les politiques peuvent s’entendre sur ce qu’ils veulent et c’est leur droit, pour autant que cela ne contrevienne pas aux lois de la république. Mais avant toute chose, il faut saluer l’héroïsme de ces jeunes dont les figures de proue les plus connues sont Smokey, Hervé Ouattara, Sam’s K le Jah, Guy Hervé Kam. Sans oublier celles du monde syndical qu’incarne avec force et admiration Bassolma Bazié. Mais aussi les héros anonymes, en premier lieu, ceux qui ont perdu la vie et ceux qui sont blessés. Par leurs actions héroïques, ils ont réconcilié la Nation burkinabé avec elle-même. Hommage, honneur et respect à tous ces jeunes combattants de la liberté !

Le mea culpa du chef putschiste
Diendéré a reconnu s’être trompé. Il a exprimé ses regrets pour le préjudice humain matériel et moral causé à la nation. Il s’est même dit prêt à répondre de sa responsabilité devant la justice. Cela l’honore. Mais au lieu d’attendre qu’on vienne l’arrêter afin qu’il réponde de ses actes, il gagnerait à se constituer lui-même prisonnier. Ces gestes peuvent lui valoir des circonstances atténuantes. Le peuple burkinabé a une tradition de pardon mais le pardon sans justice se transforme bien souvent en tragédies. Les militaires du RSP sont nos amis et nos frères. Ils ont eu tort d’avoir négligé l’intérêt supérieur du pays. Ils ont été obnubilés par leurs intérêts égoïstes. Nul doute aussi qu’ils ont été embrouillés par des hommes politiques opportunistes qui leur ont fait croire que le coup pourrait prospérer. Il faut saluer les appels itératifs lancés par des organisations de la société civile invitant les populations à ne pas recourir à la violence contre les putschistes vaincus. Il ne faut pas ternir la noblesse de la victoire du peuple par des gestes de lâcheté. Dès lors qu’ils se sont rendus, leur sort relève désormais de la justice. Dans les circonstances actuelles, il est admis que les burkinabé doivent se parler. Le dialogue politique que tout le monde appelle de ses vœux n’aura cependant de de sens que s’il est accompagné de gestes de contrition forts, de la part de ceux qui ont plongé le pays dans l’épreuve. Le processus a déjà été enclenché par le chef putschiste et il faut espérer que d’autres lui emboîtent le pas. Sans cela il va être difficile d’aller à une réconciliation vraie des fils et filles de ce pays. Les sages de la commission de réconciliation nationale devraient à notre avis reprendre du service et ouvrir grand les portes du confessionnal. Si enfin ce putsch râté aboutit à un électrochoc dans la conscience des Burkinabé et permette à chacun d’entre eux de revenir à nos valeurs fondatrices de notre vivre ensemble que sont le respect de la vie, l’humilité, la tolérance, la solidarité, l’amour du prochain, il aura alors servi à quelque chose.

Par Germain B. NAMA


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