Chronologie d’un coup d’Etat

Publié le samedi 14 novembre 2015

Le coup d’Etat du 16 septembre s’est déroulé en quatre actes :

Acte 1 : les revendications des soldats du RSP relatives au non paiement des primes.

Tout a commencé le 30 décembre 2014. En effet, c’est ce jour que les hommes du RSP ont convoqué le premier ministre Zida afin qu’il vienne s’expliquer, pistolet à la tempe, sur les nominations récentes, le non paiement de certaines primes et les rumeurs relatives au sort du RSP. A ce que l’on dit, le premier ministre Zida aurait passé une mauvaise journée ce 30 décembre 2014.
Ce jour là, les hommes du RSP ont exigé de Zida qu’il démissionne séance tenante. Sur l’avenir du RSP, les officiers lui ordonnent de ne prendre aucune décision et d’attendre l’élection du nouveau président. Les officiers lui expliquent que le RSP est une entité spécialisée dans la sécurité du président du Faso comme « institution » et est donc au service de tous les présidents du Faso. Les soldats du RSP ont aussi décidé de se rhabiller dans leur uniforme de léopard qui les distinguent des autres militaires burkinabè alors que Zida leur avait imposé la «  tenue terre  » signe de l’unité retrouvée au sein des forces armées nationales.
En outre, Zida a été contraint d’accepter les autres revendications comme le règlement des primes, l’annulation de la nomination du Commandant Théophile Nikièma etc.

Acte 2 : le clash du 4 février 2015
Le 3 février 2015, les éléments du RSP, las d’attendre la concrétisation des engagements pris par Zida, décident de se faire entendre de nouveau. Ils exigent que tous les militaires se retirent des instances de la transition. C’est le Général Diendéré qui est chargé d’en informer le président Kafando. Les deux hommes ont eu une longue entrevue dans la nuit du 3 au 4 février 2015. Dans la même nuit, Zida est informé de l’humeur des soldats du RSP. Le matin du 4 février, jour de conseil des ministres, par prudence, il s’est rendu chez le Mogho Naba où il a été rejoint plus tard par le Général Diendéré. Cette seconde crise Zida/RSP a été dénouée grâce au sens élevé de tact du président Kafando et au chef d’Etat Major Général des Armées. Zida finit par satisfaire certaines revendications comme la nomination du Colonel Major Boureima Kiéré comme Chef d’Etat major particulier du président du Faso et celle de Céleste Coulibaly au poste de Chef de corps du RSP.

Acte 3 : le complot contre le premier ministre
Le dimanche 28 juin 2015, des éléments du RSP tirent des coups de feu dans les artères de Ouaga 2000 en protestation contre la convocation de leur chef de corps, le Lieutenant Colonel Céleste Coulibaly et de deux autres officiers par la Gendarmerie nationale. Ces officiers étaient soupçonnés de vouloir arrêter le Premier Ministre Isaac Zida à son retour de Taïwan. C’était la troisième tentative de coup d’Etat contre la transition. Par la suite, le RSP a exigé la démission du premier ministre et le retrait de tous les militaires du gouvernement.
Ayant épuisé toutes les voies de recours pouvant permettre de ramener l’apaisement, le Président Kafando a mis en place un cadre de concertation de Sages à l’image du Collège des Sages. Michel Kafando dans son message du 10 juillet à la nation avait prévenu : «  si malgré cet appel pressant, il se trouvait des aventuriers mus par les forces du mal pour créer des troubles et le chaos, ils en répondront devant l’histoire et devant les juridictions internationales ».
S’en est suivi un remaniement gouvernemental qui a vu le départ du ministre de la sécurité Auguste Denise Barry, l’entrée de Sidi Paré au poste de ministre délégué à la sécurité et la reprise du département de la défense nationale par le président Kafando himself.

Acte 4 : le coup d’Etat du 16 septembre 2015
Le mercredi 16 septembre 2015, l’hebdomadaire Conseil des Ministres qui se tenait à Kosyam a été levé de force par les éléments du RSP qui ont pris en otage le président Kafando, le premier ministre Zida et les autres membres du gouvernement. Rappelons que le conseil des ministres du mercredi 9 septembre ( la semaine qui a précédé le coup d’Etat) avait convoqué le corps électoral et la campagne électorale devait commencer le dimanche 20 septembre.
Rappelons également que la commission nationale de réconciliation a déposé son rapport le 14 septembre dernier auprès du premier ministre, qui a déclaré entre autres que «  ce rapport ne restera pas dans les tiroirs  ». Le rapport de la Commission nationale de réconciliation a recommandé entre autres la dissolution du RSP.
Faut-il croire que c’est le dépôt du rapport des travaux de la commission nationale de la réconciliation qui a déclenché ce coup d’Etat ? Difficile de le dire étant entendu que depuis la crise du 29 juin dernier, le gouvernement a compris la délicatesse de la question de dissolution du RSP.
Dans la soirée du mercredi 16 septembre, les tractations engagées ont vu s’instituer une médiation de laquelle faisait partie le Général Gilbert Diendéré lui-même. Plus tard, le général est passé de la position de médiateur à celle de chef des putshistes.
La principale revendication des putschistes est liée à l’exclusion de certaines personnes proches de l’ancien régime. Cette revendication saugrenue cache mal les vraies intentions des putschistes et pour cause ! Comment des militaires peuvent ils poser des revendications politiques pour le compte des civils d’autant plus que pour Achille Tapsoba, premier vice-président du CDP, la question de l’inéligibilité des candidats du CDP a été résolue par le parti.
Pour paraphraser Mgr Paul Ouédraogo, nous dirons que « en invoquant le problème de l’exclusion, les putschistes viennent pour défendre des personnes qui ont fini par se ranger derrière le conseil constitutionnel. Les putschistes ne forment pas un parti politique, et ils n’ont pas de candidats.  »
Quoi qu’il en soit, les burkinabè voyaient venir ce coup d’Etat depuis la première sortie des éléments du RSP en décembre 2014.

Par Bamas Stanislas

Ce qui s’est passé à Laïco

C’était dans la matinée du 20 septembre. La négociation devrait se passer avec les Organisations de la société (OSC). Pour l’occasion des personnalités comme l’ambassadeur des Etats-Unis était dans l’enceinte de l’hôtel. On le voyait discuter avec certains leaders d’OSC. Certains profitent pour prendre des photos avec l’Américain. Un groupe de jeunes appartenant à ces organisations, visiblement très remontés, sont venus manifester devant l’hôtel où se tenaient les négociations. Pour eux, il n’est pas question de négocier avec le RSP. Des piques sont lâchés contre les éléments du RSP qui avaient pris position en face de l’hôtel. Ces derniers, courroucés, se résolvent à chasser les insurgés. Une course poursuite a lieu dans la cours de l’hôtel. Des manifestants cherchent à gagner l’intérieur de l’hôtel. Ils seront repoussés jusqu’au seuil de l’entrée principale par le RSP. Les gendarmes assurant la sécurité devant la porte stoppent la course poursuite.
Cependant, la panique gagne ceux qui sont à l’intérieur de l’hôtel. Pour leur sécurité, il est demandé aux expatriés de prendre l’ascenseur pour s’abriter aux hauts niveaux. C’est ce qu’a fait l’ambassadeur des Etats Unis. Cet incident coïncide avec l’arrivée de Roch Marc Christian Kaboré du MPP. Pendant que les éléments du RSP chassaient les manifestants, un autre groupe muni de pancartes témoignait leur soutien au Conseil national pour la démocratie (CND) du général Diendéré. Ces personnes tentent de passer le candidat du MPP à tabac. Celui-ci est sauvé in extremis par un gendarme. Mais son garde de corps n’échappe à la furie des pro-putschistes. Il en a pris pour son compte. Les gendarmes qui sécurisaient les lieux l’arracheront des griffes des ses ennemis. Cet incident de quelques minutes n’empêche pas la tenue des pourparlers avec les représentants de la société civile. Les soutiens du CND, eux sont restés campés pratiquement toute la journée face à l’hôtel.

Hamidou Traoré


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