On a frôlé la tragédie

Publié le samedi 14 novembre 2015

Ces choses-là, c’est après coup qu’on les raconte, sans vraiment le réaliser. Ce 16 septembre était une journée presque ordinaire. On comptait les jours qui nous séparent de l’ouverture de la campagne. Au niveau de la rédaction, nous avions décidé de faire comme au moment de chaque grand scrutin, une parution rapprochée. Il fallait rechercher les bons mécènes pour assurer et équilibrer les coûts qu’une telle production ne manque jamais de provoquer dans les finances fragiles d’un titre comme L’Evénement.
Nous avions effectivement eu, sans coup férir l’engagement d’un vieux sponsor, un de nos grands capitaine d’industrie, qui s’était promptement engagé à nous accompagner. Dans la même dynamique nous préparions, le deuxième round des sondages sur les couplées à venir. Nous envisagions, cette fois interroger le monde rural. Ces braves populations de l’intérieur du pays, qui ont jusque-là déterminé l’issue finale des votes. Nous envisagions les interroger préventivement. Dans le sillage de nos 8 chefs-lieux de province, (nous avions cette fois inclus Zorgho pour faire parallèle à Tenkodogo fief du principal rival de Roch) qui nous servent de base, nous avions répertorié en compilant les votes de 2012, les villages représentatifs qui allaient accueillir nos sondeurs. Le 16 septembre à 16 heures, tout tombe à l’eau. Un premier coup de fil, nous alerte : «  il semble que ça « gnifle » encore à Kosyam ». Il n’a pas fallu longtemps pour que la prise en otage de Kafando, Zida et quelques membres de son gouvernement se confirme. Cette crise-là, nous a pris de court. Les autres fois, nous avions presque vu venir. Mais à cinq jours de l’ouverture de la campagne électorale, franchement nous étions loin de penser à une nouvelle irruption du Régiment de sécurité présidentiel dans la vie politique. Nous étions plutôt convaincus, que la crise des résultats des élections du 11 octobre, pouvait être un moment de grand danger. Mais franchement pas avant.
Peut-être aussi refusions-nous de voir l’évidence, tellement elle nous paraissait irréaliste. C’est peut-être cela, la vérité. Le 14 septembre, dans la soirée nous sommes reçus par Salif Diallo, revenu épuisé d’une tournée électorale. Avec lui le temps d’échanges est toujours bref, mais dense. Il faut dire que son agenda est surbooké. Avant de nous séparer, il nous prévient que la situation n’est pas bonne. Elle peut dégénérer. Cependant, insiste-t-il, à moins qu’ils nous assassinent, le MPP va remporter la présidentielle au premier tour.

« Ce coup d’Etat, idiot a failli nous précipiter dans l’abîme. Heureusement que notre peuple a eu un sursaut inouï d’honneur et de dignité  »

Depuis juillet, Salif Diallo en est convaincu. Au début, nous croyions à une de ces chausse-trappes politiques, dont il a le secret pour faire monter la bile de l’adversaire. Mais il est vraiment au sérieux. C’est plutôt ce sujet que nous retenons, en prenant congé de lui. Nous passons la journée du 15 septembre à le confronter aux informations en notre possession. Le dernier sondage de Honko, consacre l’extraordinaire remontée de Roch, dans les intentions de vote. A l’inverse, Zeph chute très lourdement. Peut-être qu’il y avait finalement du vrai dans les dires de Salif Diallo. Ce 16 septembre, quand j’apprends cette malheureuse nouvelle, en provenant de Kosyam, c’est à lui que je pense.
Hélas, il en sera l’une des cibles. Sa maison à Ouaga 2000 va en faire les frais. Elle a été tirée à la roquette avant d’y mettre le feu, à ce qu’on dit. Heureusement lui s’en sort vivant. La folie des hommes. Cette inhumaine propension, depuis quelques années maintenant, à régler nos différends par le feu et la destruction doit être exorcisée. Sinon nous courons tous à notre perte. Des irresponsables n’hésitent pas à appeler à incendier les biens des autres et à leur ôter aussi la vie. Comme quoi, quand on se croit du bon côté, tout est permis.
Ce coup d’Etat, idiot a failli nous précipiter dans l’abîme. Heureusement que notre peuple a eu un sursaut inouï d’honneur et de dignité. Une bien heureuse faute qui a permis de réaliser une grande avancée à notre révolution. Maintenant, effectivement, on peut parler d’une révolution en cours dans notre pays. Les règles c’est le peuple qui les fixe. Les leaders politiques, de tout bord, sont prévenus.
Comme toutes les avancées sociales d’une telle importance, le prix à payer est lourd. Les burkinabè l’ont encore payé. Selon les décomptes du MBDHP, nous sommes à 14 morts et à plus de cent blessés. C’est lourd. Très lourd même. Mais on en sort qualitativement grandi. Notre côte d’estime a phénoménalement grandi sur la bourse des valeurs des peuples. C’est une énorme pression supplémentaire, pour ne pas faillir et bien réussir.

Par Newton Ahmed Barry


Commenter l'article (0)