Coup d’Etat du CDP-RSP : Eléments d’une stratégie putschiste

Publié le samedi 14 novembre 2015

Le coup de force perpétré par le général Gilbert Diendéré était inscrit dès le départ dans le plan de capitulation de Blaise Compaoré. Dans les circonstances du moment, le locataire de Kosyam n’avait d’autre solution que de lever le camp en attendant la fin de l’orage. Souvenons-nous. C’est le RSP qui a sécurisé sa fuite. C’est lui qui a aussi « sécurisé » le palais et mis en lieu sûr, tout ce que le fuyard n’avait pu emporter. C’est toujours lui qui a installé des relais avec des colporteurs militaires pour faire le pont avec le président-stratège. Pendant ce temps, les insurgés, en parfaits naïfs, ivres d’un héritage inattendu administraient la preuve d’un total manque de vision. Nous avions à l’époque sonné l’alarme à peu près en ces termes : «  les politiques ont abandonné l’exécutif aux OSC et ne se préoccupent que des élections. Encore faut-il qu’on y arrive. » Nous y voilà. A moins d’un mois de la date prévue pour lesdites élections, nous sommes brutalement ramenés à la case départ. Et pourtant dans la foulée de l’insurrection, il eût fallu exiger que le RSP entre dans les casernes, loin de Kosyam qu’il considère comme sa demeure naturelle. Au lieu de cela, on l’a installé au cœur même de l’exécutif, lui offrant ainsi les moyens de nuire à la transition. Nous passons sur les compromissions des OSC qui ont abandonné leur vocation de sentinelles pour de petits calculs d’intérêts personnels.. Autant de choses qui ont fragilisé les organes insurrectionnels et qui ont contribué à faire le lit de la déstabilisation
La forfaiture du 17 septembre est l’aboutissement d’un processus qui s’est déroulé en plusieurs étapes. Le plan initial dont le dispositif comprenait le premier ministre Isaac Zida consistait tout simplement à préparer les conditions pour le retour pur et simple aux affaires des caciques de l’ancien régime. Pour des raisons qui ne sont pas encore entièrement explicitées, ce dernier leur a tourné casaque. Dès lors, le plan du RSP ne pouvait plus se dérouler comme prévu. Il fallait décagnotter Zida et ses fidèles. S’ils n’ont pas pu obtenir la tête de Zida, ils ont eu mieux : le départ du tout puissant ministre de l’Intérieur, Auguste Dénise Barry, véritable tour de contrôle des activités sécuritaires.

« Dans la dernière trajectoire qui a mené au coup d’Etat, il faut relever l’épisode des fausses cartes d’électeurs. Que Diendéré et ses protégés s’en servent aujourd’hui comme alibi pour justifier leur forfaiture en dit long sur ce qui ressemble à une machination. Il n’est nullement exclu que le manège ait été conçu et mis en oeuvre par les putschistes eux-mêmes, en intelligence avec les barons de l’ancien régime »

Son coup de semonce, peut-être parce qu’il était prématuré, avait été perçu par certains comme une machination. Mais ce qui se passe aujourd’hui conforte la thèse du complot dont faisait état justement, Auguste Barry. Toutefois la stratégie militaire de Diendéré avait son pendant politique. Sans renoncer au retour au pouvoir du CDP, une stratégie parallèle consistait à empêcher coûte que coûte l’arrivée aux affaires de leurs anciens camarades qui connaissent mieux les coups tordus qu’ils ont ensemble concoctés et dont ils craignent d’en être les seuls à payer. Malheureusement, le nouveau code électoral a ruiné pour longtemps tout espoir de retour aux affaires. En désespoir de cause, Diendéré n’aurait pas hésité quelques jours avant le putsch, à prendre langue avec Roch Marc Christian Kaboré dans le but de négocier un compromis au bénéfice du CDP. Sans doute n’a-t-il pas manqué l’occasion de discuter aussi le sort du RSP. Le coup d’Etat du 17 dernier est bien le signe que les deux hommes n’ont pu s’accorder. Dans la dernière trajectoire qui a mené au coup d’Etat, il faut relever l’épisode des fausses cartes d’électeurs. Que Diendéré et ses protégés s’en servent comme alibi pour justifier leur forfaiture en dit long sur ce qui ressemble fort à une machination. Il n’est nullement exclu que le manège ait été conçu et mis en oeuvre par les putschistes eux-mêmes, en intelligence avec les barons de l’ancien régime. Peu importe que ces cartes ne puissent servir à tricher le jour du scrutin. L’objectif essentiel visé était de semer le doute et la confusion sur la sincérité des scrutins à venir. Et sur ce point ils auront parfaitement réussi leur coup. Sans nommer les coupables de la «  tricherie » qui se préparait, on voyait bien vers qui on s’efforçait d’orienter les soupçons. Zéphirin Diabré, un des favoris du scrutin présidentiel avait tout de suite vu là un manège de ses adversaires politiques. Il n’a sans doute pas pensé qu’il pouvait s’agir d’une manipulation destinée à créer les conditions d’un coup d’Etat. Or cette éventualité qui relevait de l’ordre du possible aurait dû tempérer ses certitudes, lui qui s’est empressé d’affirmer qu’on voulait voler sa victoire. L’enquête qui est ouverte n’a pas encore révélé les tenants et aboutissants de l’affaire. Il n’en reste pas moins que cette affaire doit donner à réfléchir à nos politiques.

Par Germain B. Nama


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