Politiki !

Publié le lundi 12 octobre 2015

Alpha Blondy ya fô ko a magni. A magni feo ! Afriki politiki magni ! [1] Le mois d’octobre prochain est un mois électoral pour de nombreux pays. Au moins trois auxquels j’appartiens. Le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Canada.
Le 11 octobre 2015, le pays des Hommes intègres connaitra pour la première fois de sa récente histoire des élections libres et démocratiques avec plusieurs candidats en lice pour les scrutins couplés des législatives et présidentiel.
Son voisin de la lagune ébrié, quant à lui, votera le 25 octobre 2015 pour savoir si ADO (Alassane Dramane Ouattara) l’actuel président se succèdera à lui–même ou sera remplacé par quelqu’un d’autre.
Au Canada, ce sera le 19 octobre que les Canadiens devront choisir entre les conservateurs au pouvoir depuis 10 ans, les libéraux et les socio-démocrates ; les trois grands partis au Canada avec les
Verts qui se faufilent de temps à autre.
Au Canada, l’enjeu de taille sera de renvoyer les conservateurs dans leurs bastions de l’ouest après une gouvernance conservatrice de 10 ans qui a coûté au pays sa bonne réputation internationale.
Avant, c’était une fierté à l ‘étranger que de se dire Canadien ; mais depuis les conservateurs, le nom du Canada est gâté à l’international et c’est avec quelque gêne qu’on se présente comme Canadien désormais puisqu’on se prend sur la tête toutes les critiques de la politique arriériste des Conservateurs (soutien indéfectible à Israël, coupes dans l’enveloppe budgétaire de l’aide internationale, coupes dans les programmes sociaux au national, durcissement de la loi de l’immigration, pétrole sale des sables bitumineuxii) et la liste des griefs se poursuit à l’infini.
Que j’aurais aimé vraiment répondre à mon nom en ayant des ailes pour pouvoir voler entre ces trois pays et prendre part à ces trois scrutins. Mon cœur balance car je me suis déjà inscrite ici dans un des partis comme volontaire et vous devinez aisément qu’il ne s’agit pas bien sûr des Conservateurs mais je ne dirai pas lequel. Rires !!! En Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, ce sera historique puisque je n’ai jamais voté dans aucun de ces deux pays miens. Alors, qui me donnera le don d’ubiquité pour être à la fois au Faso, en Côte d’Ivoire et au Canada les 12, 19 et 25 octobre 2015 ?
La Côte d’Ivoire parce qu’on nous avait déjà arraché notre nationalité (politiki) 5 ans après notre naissance, le Burkina Faso parce que n’ayant jamais eu l’opportunité d’y voter et c’est le temps de raconter cette rocambolesque histoire lors du scrutin de 1991 où le désormais réfugié de la lagune ébrié était seul en lice ou presque avec quelques partis accompagnateurs. En effet, habitant devant une école qui avait été retenue comme lieu de scrutin, le jour du vote, j’ai mis ma chaise devant la maison face à l’école pour voir venir et aller les votants ; J’avais pris le soin lors du passage des agents de vote de faire enregistrer toute ma famille sauf moi-même ; J’avais donc donné toutes les coordonnées de mon époux, de mes belles-sœurs et beaux frères vivant dans la maison avec nous, tous, sauf moi-même.
A l’un des agents qui demandait pourquoi je ne m’enregistrais pas moi-même, j’ai dit que j’étais une étrangère de passage ; Le C… avait avalé cette couleuvre. Comment étrangère, je pouvais connaitre les dates de naissance de toute la maisonnée ? Cela ne lui avait pas effleuré l’esprit. C’est lorsque les carnets de vote sont arrivés que mon époux, surpris, m’a demandé comment cela se faisait que je n’en avais pas ; Je lui ai alors raconté ma ruse de ne pas m’être comptée comme membre de la maisonnée ; Il a bien ri de la crédulité et de la naïveté des agents recenseurs. C’était ma façon de protester contre ce scrutin inique du dictateur-assassin Compaoré. Vous vous souviendrez que malgré le peu de participation (15%), il avait réussi à obtenir un score stalinien de 80 % du suffrage. Cette année que je veux voter pour la première fois de ma vie dans le pays de naissance de mes parents, voilà que je suis à dix mille lieux. Rater le vote ici, c’est donner une chance ne serait-ce que d’une voix de passer encore pour la quatrième fois consécutive aux conservateurs. Non et non ! J’étais au Faso les autres fois.
Cette année, je veux être présente mais je ne veux pas manquer le vote historique du Faso non plus même si je ne sais pas pour qui voter encore. Entre ceux qui surfent sur la vague Sankara, les ex-patrons d’Areva et le trio des mousquetaires, tous ex-collabos, excepté le Sankariste, je ne me suis pas encore vraiment décidée. J’ai peur de la continuation de la France-Afrique avec les ex-collabos et je crains le manque de charisme et d’aura du Sankariste. Bien que défenderesse de la cause des femmes, je ne donne pas ma confiance non plus à l’amazone du Houët car les exemples ont prouvé de par le monde (Thatcheriii, Tansu Cilleriv, etc.) que les femmes n’avaient pas forcement le sceau de la bonne gouvernance et qu’être femme n’était pas suffisant comme critère de bonne gestionnaire. La première lègue à l’Histoire l’image d’une dame au tempérament vif et austère, agissant comme les politiciens mâles d’où son surnom de <> ; la seconde a eu son nom et celui de son époux entachés des scandales de corruption et accolés au crime organisé de son pays. Pas de quoi être fière ni de l’une ni de l’autre. Oui, les femmes doivent prendre place en politique et le plus massivement possible pour assurer une certaine équité mais être femme n’est pas non plus un critère valable de compétence pour servir politiquement, vu les malheureux exemples passés.
Alors mon cœur balance entre le Canada, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, mes trois pays.
Que me conseillez-vous, chers lecteurs et lectrices ? Politiki ?
A magni kôniv !

i Alpha Blondy a dit que la politique n’était pas bonne. Elle n’est vraiment pas bonne. La politique africaine n’est pas bonne. (en Jula) ; <>, un des morceaux de l’album d’Alpha Blondy, Jerusalem.
ii Sables bitumineux : pétrole tiré du mélange de bitume brut, de sable, d’argile minérale et d’eau ; Réputé polluante, elle est combattue par les écologistes et le Canada possède dans l’ouest du pays d’’importantes réserves de ce pétrole dit sale.
Margaret Thatcher, ancienne Premier Ministre du Royaume-Uni du 4 mai 1979 au 28 novembre 1990
iii Tansu Ciller, Ancienne Premier Ministre de la Turquie.
iv La politique ? Vraiment pas bonne. (toujours en Jula)

Angèle Bassolé, Ph.D
Écrivaine et éditrice
Ottawa, Ontario, Canada
angelebassole@gmail.com

Notes

[1i


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