Le DAN’FANI fait le beau sur l’avenue Kwamé N’Krumah

Publié le lundi 12 octobre 2015

L’Osadjefo Kwamé N’Krumah était bien connu pour ses tenues traditionnelles ghanéennes, généralement faites de pagne jeté autour du corps. C’est l’avenue qui porte son nom qui a été choisie par Marguerite Doanio/Sou et les autres de l’association « AFRIKIKRE », pour exposer le pagne tissé africain communément appelé dan’fani en langue nationale dioula, et plus particulièrement faso dan fani, au Burkina Faso, depuis la révolution Sankariste de 1983. Un marché pour valoriser le textile africain sur la plus belle avenue de Ouaga, pari osé que la bande à Margot a tenu. «   Le Faso Danfani, une marque, un marché à conquérir   » un thème qui a mobilisé de nombreux acteurs d’ici et d’ailleurs dans un Ouaga sous pluie quotidienne. Entre échanges scientifiques et défilés de mode le pagne tissé traditionnel africain a fait son show une semaine durant à partir du 29 aout dernier à Ouaga. Depuis la fin des rues marchandes du FESPACO devant l’hôtel indépendance et aux abords de l’Avenue du même nom, les Ouagalais n’avaient plus assisté à l’occupation d’une artère principale de la ville par des boutiques qui empêchent de circuler tranquillement. Pour la première édition de cette manifestation, les organisateurs ont voulu prendre la rue pour montrer le bien et le beau du coton africain à un moment où l’ouverture au marché mondial lui donne des bleus dans l’âme. Les participants eux, sont venus de presque toutes les régions du Burkina Faso, car même les groupes socio-culturels qui ont connu tardivement le vêtement en bande de cotonnade, ont de nos jours leur modèle d’habit traditionnel. Le Burkina Faso n’étant pas le seul pays africain à avoir développé ce mode vestimentaire, invitation a été faite à des pays voisins et amis. Ainsi la première édition de Dan’fani Fashion Week a connu cette année la présence des acteurs du secteur de la sous-région dont la Côte d’Ivoire, le Mali, le Bénin, le Togo et le Sénégal.
Ce sont des dizaines de stands qui ont été dressés tout au long de l’avenue Kwamé Nkrumah jusqu’au 5 septembre, date à laquelle Cheick Tidiane Seck a assuré lors d’un gala de clôture. Le Burkina Faso a été pendant longtemps classé parmi les cinq meilleurs producteurs de coton en Afrique. De nombreux paysans ont été ‘’obligés’’ d’abandonner les cultures vivrières pour cette culture de rente qui, lorsqu’elle marche, rapporte gros comme le café cacao de notre voisin des bords de la lagune Ebrié. Mais, hélas ! ce coton est essentiellement réservé à l’exportation au-delà des océans. Alors, logiquement, le marché international fait la loi que subissent les paysans nationaux qui ne comprennent rien aux indices Dow Jones et autres Nasdaq. En lieu et place des tabloïds sur les cours mondiaux, leurs yeux sont plutôt rivés vers le ciel pour espérer que les pluies tombent à bonne date et que les parasites épargnent leurs cultures. Le coton que nos ancêtres n’ont peut-être pas inventé, s’est vite intégré dans nos cultures. Les tenues tissées dans cette matière existent dans toutes les sociétés ici au Faso. A chacun son style. Pourtant, Fasofani (jadis Voltex), l’usine textile qui ambitionnait de transformer une grande partie des productions nationales, n’a pas pu résister aux assauts de la mondialisation. Sa fermeture a couvert la ville de Koudougou d’un manteau de désolation. La transformation artisanale quant à elle a résisté par endroit, grâce à la ténacité des individus ou des associations. Cependant, avec la cherté de la vie le coût de production de ces pagnes tissés traditionnels demeurent élevés comparativement aux tissus synthétiques importés. Lorsqu’il faut choisir entre s’habiller et s’alimenter, le choix du consommateur est vite fait. Le président Thomas Sankara avait ainsi voulu aller vite en l’imposant comme tenue officielle. Un conférencier lors de cette première édition du Dan’fani fashion week 2015 venu du Mali voisin, recommandait d’adopter le Faso dan fani comme tenue scolaire. A une certaine époque au Burkina, il servait déjà à confectionner les tenues militaires. Et voilà que le gouvernement de la transition vient de décider que le FDF ((Faso Dan Fani) sera le pagne officiel du 8 mars 2016. Tout est donc question de volonté politique …

Ludovic O KIBORA


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