Universités publiques Quel message au futur gouvernement ?

Publié le lundi 12 octobre 2015

Il appartient à l’Etat d’investir et de mobiliser les partenaires pour investir dans les infrastructures au profit des universités publiques (UP) : tel doit être le message. Il ne doit pas être brouillé par une culpabilisation des enseignants et autres.
Après l’organisation des Etats généraux dont on attend les retombées comme on attendrait Godo, les autorités continuent :
- de prendre des décisions sans en clarifier le contenu : « l’inscription de l’enseignement supérieur comme une priorité gouvernementale  » (et non pas nationale ?) ;
- de prendre des décisions en déphasage avec les tendances actuelles de gouvernance politique comme la « mise en place d’un Conseil présidentiel de l’enseignement supérieur  »1 ;
- de ressasser et de peaufiner des réponses à du détail, relativement au retard qui «  ajoute du retard au retard  », qu’est la responsabilité des communautés universitaires.
Certes, les autorités doivent montrer qu’elles sont soucieuses des problèmes, de tous les problèmes, y compris des manquements d’enseignants et autres à leurs obligations professionnelles. Mais elles doivent se garder d’éluder l’essentiel ou profit de ces détails (détails par rapport au type actuel de retard et non dans l’absolu).

Quel est l’essentiel ?
Ce qui est sûr, il faut éviter de tout présenter comme causes ou solutions à la crise actuelle des retards. Le nœud à dénouer est la réalisation d’infrastructures sur la durée et sur une base régulière. Par exemple : construire 15 000 places par an pendant les 5 prochaines années. Ainsi, on sait qu’en 2021, on aura 75 000 places en plus, suffisantes (ou non) pour contenir le stock d’étudiants et dérouler l’ensemble des activités pédagogiques sur une et une seule année universitaire. C’est à la réalisation de quelque chose de ce genre qu’il faut travailler si on veut solder le retard massif parti de l’Université de Ouagadougou pour finalement s’installer dans toutes les UP.
Les réalisations ponctuelles, qui méritent considération et respect, ne peuvent pas stopper, mais juste ralentir le retard qui continue de s’autoalimenter par, entre autres :
- la chute des taux de succès qui augmente le «  stockage  » des étudiants dans le circuit ;
- l’augmentation de la sollicitation des enseignants déjà en poste par les universités publiques elles-mêmes ;
- les retards dans la formation des potentiels nouveaux enseignants (soutenances de thèses) ;
- les difficultés pratiques (manque de personnels) de constituer des pools de correcteurs dans certaines disciplines.
La question des infrastructures est donc celle qui mérite, actuellement, d’être mise en rapport direct avec les retards vécus. Jusqu’à preuve de données concrètes,tout le reste est subsidiaire, non déterminant, et leur résolution, même à 100%, ne nous sortirait pas de l’ajout du retard au retard existant.

Pourquoi cette auto culpabilisation ?
Nous sommes à la veille de la rentrée universitaire et en instance de passage de témoin (Transition-Pouvoir élu) quant à la gestion politique du pays.
Pourquoi nous, communautés universitaires, au lieu de nous remobiliser sans équivoque, de renforcer notre fierté et notre sentiment d’appartenance à nos institutions universitaires, nous nous jetons en pâture à l’opinion, en nous culpabilisant sur un problème qui, fondamentalement, n’est pas de notre fait ?
Pourquoi nous nous présentons globalement à l’opinion comme des «  indisciplinés » qui ne «  rempliraient pas leurs obligations  » ?
Nous sommes les seuls de l’administration publique à accepter, par exemple :
- de préfinancer nous-mêmes (frais de voyage et de séjour)2 les missions de service public dès lors qu’il s’agit d’enseignements, pour ne pas retarder les universités qui les sollicitent ;
- de subir des journées de travail de 12 h (7 h - 13 h et 14 h - 21 h), parfois pour le même enseignant, le même cours et avec les mêmes étudiants ; toujours dans l’esprit de ne pas ajouter du retard. Un petit coucou, ça ne fait pas de mal !

Conclusion
Les manquements de certains acteurs sont réels mais ne peuvent pas expliquer le niveau de retard actuel et sa dynamique d’autoreproduction.
Les auteurs de ces manquements sont connus ou traçables, parfois dénoncés dans la presse3. Des solutions internes sont imaginables et possibles pour peu que les responsables à divers niveaux aient du réel pouvoir (ce qui n’est pas toujours le cas) et veuillent bien assumer ce pouvoir.
Je pense à un Conseil ou à un Observatoire des pairs, à défaut et à l’image des Conseils d’ordre chez les médecins ou de l’OBM chez les journalistes. Si en SDS, les «  troupes  » sont mieux tenues, c’est aussi parce qu’il y a un Ordre des médecins pour instruire, conseiller et sanctionner quand il le faut.

Youssoufou OUEDRAOGO
yissfu@gmail.com

1 A propos du Conseil présidentiel de l’enseignement supérieur : si cette idée devient contagieuse comme on peut l’imaginer, on se retrouverait avec un super président à la Blaise Compaoré, ôtant tout pouvoir de décision stratégique aux ministères et au Conseil des ministres au profit d’obscures officines logées à Kossyam.
2 Pour ensuite attendre plusieurs mois avant d’être payés, parfois par procuration.
3 Voir aussi « Lettre pour Laye » du 1er février 2013 de L’Observateur Paalga.


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