Audience du Conseil constitutionnel : Cinq mousquetaires menacés de guillotine

Publié le lundi 12 octobre 2015

C’est en principe dans la journée que sont attendus les résultats des recours en inéligibilité introduits par les candidats Benewendé Sankara, Ablassé Ouedraogo et Tougouma Victorien. Dans les Etats-majors des partis politiques qui soutiennent ces candidats c’est la fébrilité. En effet, l’institution présidée par Kassoum Kambou n’a pas la réputation de donner dans la complaisance. Le grand suspense entoure surtout le cas de Roch Marc Christian Kaboré.

La jurisprudence déjà établie par le conseil constitutionnel permet de pronostiquer l’élimination des deux ministres du dernier gouvernement de Blaise Compaoré que sont Bassolet Djibril Yipènè et Ouedraogo Yacouba dit Yac. Au cours de la session d’information organisée par le conseil constitutionnel le mardi 8 septembre dernier, répondant à une question d’un journaliste sur les raisons pour lesquelles les sages du conseil ne se sont pas auto-saisis des cas de Djibrill Bassolet et de Yacouba Ouedraogo dont la situation est similaire à celle d’anciens députés candidats recalés dès le premier round de l’examen des dossiers des présidentiables (Gilbert Noël et Eddie Komboïgo notamment), Kasoum Kambou a indiqué que la procédure de l’auto-saisine n’a pas été formellement décrite par les textes. En attendant l’adoption des textes en cette matière, les sages ont préféré ne pas initier une procédure qui pourrait être taxée d’arbitraire. Par contre, le conseil peut en toute légalité et légitimité connaitre des recours introduits par les candidats. Conclusion logique, si Djibrill Basolet et Yacouba Ouedraogo ont pu passer par les mailles du filet en raison de cette carence textuelle, ils ne peuvent en revanche échapper à l’étau de l’article 135 du code électoral dont la version applicable aux législatives a emporté leurs semblables.

Les cas Ram Ouédraogo
et Salvador Yaméogo
Sauf erreur, c’est la première fois que des recours visent des candidats sous le label Front républicain, en particulier quelques-uns de ses dirigeants. Les mobiles invoqués, la, croisade nationale entreprise courant 2014 pour la révision de l’article 37 et les discours révisionnistes à l’occasion. Trois recours (la totalité) concentrent les tirs sur les deux malheureux candidats avec à peu près les mêmes arguments. Les faits qui leur sont reprochés tombent sous le coup de l’article 37 mais le dégré de pertinence de l’argumentaire laisse de la place à quelque suspense. D’autant que la jurisprudence du conseil ne concerne pas ces cas de figure. Aucun des deux n’était ni ministre ni député, leur responsabilité peut apparaitre moindre aux yeux des sages. Il faut donc attendre de voir

Roch Marc Christian,
un cas emblématique
C’est assurément un gros poisson, le plus gros concerné par les recours en inéligibilité. Il a été premier ministre, président du CDP, président de l’Assemblée nationale sous Blaise Compaoré. Le projet funeste de révision de l’article 37 a pris corps sous sa présidence à la fois du parti, le CDP et de l’assemblée nationale. Ablassé Ouedraogo et Tougouma Victorien ont beau jeu de lui coller la responsabilité du projet, en raison de la place éminente qu’il occupait au sein des institutions politiques nationales. Il lui est aussi opposé, sa fameuse déclaration selon laquelle la disposition querellée est anti-démocratique. Dans son mémoire en défense, il a sans doute avancé son départ du CDP, preuves écrites à l’appui confirmant ses divergences avec le président du Faso sur le projet de révision et plus fondamentalement le combat mené avec le CFOP pour faire échouer la mise en œuvre de la révision. Ce sont des arguments forts aux yeux des militants MPP (son parti) et de tous ceux qui lui vouent une sympathie, mais c’est aux juges constitutionnels seuls qu’il appartient d’apprécier et de juger. Et comme on le sait, leur décision est sans recours. Le recours contre Roch Marc Christian suscite de nombreuses passions, divisent la classe politique mais aussi la société burkinabé toute entière. Depuis près d’un an, il est perçu par certains comme le futur président du Faso.
L’engouement pour le MPP est de toute évidence du à sa personnalité qui, pour nombre de burkinabé rassure. Pour avoir évolué dans les arcanes du pouvoir pendant près de trois décennies, il a acquis une stature d’homme d’Etat. De plus c’est une personnalité charnière entre deux générations. Mais l’engouement autour du MPP cache aussi une faiblesse. Beaucoup y accourt par opportunisme, tenant le pouvoir pour acquis. D’où la grande fébrilité qui agite les militants de base qui n’ont jamais intégré une éventuelle élimination de leur candidat.
Du côté de l’ancien parti au pouvoir, Roch au pouvoir, c’est un espoir de retour rapide au pouvoir qui est ruiné. On peut en mesurer le dépit profond à travers les propos de Léonce Koné dans l’édition du quotidien Le pays N° 5936 du mercredi 9 septembre pour qui le scrutin à venir est une vaste escroquerie. Pour un politicien de son âge c’est en effet un dernier espoir qui est ruiné d’autant que sa candidature a été invalidée. En effet, pour nombre de cédépistes dont le pouvoir était devenu pour eux un fonds de commerce, il va leur falloir reconfigurer l’avenir pour faire face aux charges d’une vie sociale artificielle à laquelle ils s’étaient habitués.
On imagine aussi l’espoir secret dont se nourrissent des militants de l’UPC que les recours contre le candidat MPP aboutissent. On ne peut expliquer autrement la virulence des postssur Facebook de militants supposés UPC, comme si la conquête de Kosyam était une lutte à mort. On ne dira pas autre chose d’Ablassé dont la stature domine outrageusement le parti, quasiment inexistant dans l’imaginaire de nombreux burkinabé. Il restera longtemps perçu comme celui qui offre la perche aux hommes de l’ancien régime. En effet, son recours contre Roch passe très mal auprès de ceux qui ont eu raison de Blaise et il faut craindre pour la suite de sa campagne.
On ne parle presque pas du recours de Victorien Tougouma qui est un inconnu des Burkinabé qui ont damé la rue des mois durant pour obtenir le départ de Blaise. Ablassé est par contre à leurs yeux un lâcheur et certains parlent même d’un infiltré. On disait d’ailleurs la même chose des RSS jusqu’à ce que les événements montrent qu’ils étaient au sérieux. Comme on le voit la politique c’est aussi la versatilité quand bien on n’est pas dans un univers d’enfants de chœur. Au regard des différents sondages dont les résultats ont été communiqués dans la presse, l’assise sociale d’Ablassé est assez faible. On ne voit donc pas en quoi l’élimination de Roch pourrait lui profiter. Sauf, si Ablassé voudrait profiter du créneau pour s’offrir un espace publicitaire, d’autant que le CSC a verrouillé tous les circuits médiatiques en cette matière.
Il faut malgré tout espérer que la campagne soit apaisée quelque soient les résultats des délibérations du conseil. Dans 9 jours les compétitions présidentielles vont pouvoir commencer. Celles des législatives viendront une semaine après. Ceux qui seront éliminés doivent accepter la règle du jeu. Le monde ne va pas s’arrêter pour eux parce qu’ils n’auront pas été au départ de la course. Croisons les doigts afin que la compétition soit loyale et apaisée.

Par Germain B. NAMA

Liste provisoire des présidentiables

Ram Ouedraogo (RDEBF)
AblasséOuedraogo (Le Faso Autrement)
ZephirinDiabré (UPC)
Victorien Barnabé Wendkouni Tougouma (Indépendant)
Roch Marc Christian Kaboré (MPP)
Tahirou Barry (PAREN)
Jean Baptiste Natama (candidat Indépendant)
Saran Sérémé (PDC)
Françoise Toé (candidate indépendante)
Yacouba Ouedraogo (UBN)
IssakaZampaligré( candidat indépendant)
Djibrill Yipéné Bassolet (candidat indépendant)
AdamaKanazoé (AJIR)
Benewendé Stanislas Sankara (UNIR/PS)
Boukaré Ouedraogo (candidat indépendant)
Maurice Dénis Salvador Yaméogo (RDF)

Ont été éliminés sur la liste initiale des 22

Komboïgo Wend-Venem Eddie (CDP)
Ouédraogo Gilbert Noël (ADF)
Tondé Roland (Indépendant)
Zon Korotimi Rachya Joséphine Maria Goretti (Indépendant
Ki Ghislain (Indépendant)
Dicko Harouna (Indépendant).


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