Et pourtant, il faut de l’inclusion

Publié le lundi 12 octobre 2015

Il y a deux semaines, en ces mêmes colonnes nous affirmions qu’il allait avoir de l’inclusion dans les élections à venir. Le Conseil Constitutionnel en a décidé autrement. Pourtant ce n’était pas qu’un vain souhait, ni une prédiction, mais une solide conviction qui s’appuie sur les faits suivants :
Primo, sans être juriste, la constitution dit (article 5) «  nul ne peut être jugé et puni qu’en vertu d’une loi promulguée et publiée antérieurement au fait punissable  ». En d’autres termes, et c’est d’ailleurs ce qu’avait indiqué Pr Soma, qui est maître en cette matière, qu’une loi ne saurait réprimer rétroactivement des actes qui n’étaient pas des fautes, au moment de leur commission. C’est pas parce qu’il faut punir des gens qu’on n’aime pas qu’il faut s’asseoir sur les principes constitutionnels. Si on fait ça, il faut s’attendre à la réalisation, à son dépend, du poème de Martin NIEMÖLLER (ce n’est pas sûr que ça parle à certains érudits de l’insurrection) : «  quand ils sont venus chercher les réactionnaires, contre-révolutionnaires, je n’ai pas protesté. J’étais un révolutionnaire
Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté. Je n’étais pas communistes (….)
Puis ils sont venus me chercher. Et il ne restait personne pour protester ». C’est ce que Norbert Zongo disait d’une façon tropicalisée : « quand les problèmes vous cherchent dans la rue et qu’ils ne vous trouvent pas, ils viennent chez vous vous déloger 
 ». En matière d’injustice, il ne faut pas accepter un précédent. Si vous le faites, il vous rattrape d’une façon ou d’une autre.
Certains qui ont un horizon limité, en matière de réflexion pensent qu’une simple punition, même arbitraire n’aurait pas la même gravité que les crimes perpétrés par ceux qu’on voue aujourd’hui aux gémonies.
En matière de réflexion, c’est le stade simplissime. Ce qui se passe actuellement est d’une gravité existentielle telle, qu’il ne saurait être réduit à de telles psalmodies. Mais comme qui dirait, c’est une phase du «  allons seulement  ».

« Certains invoquent à longueur d’écrits, la nécessité de « venger les martyrs ». En vérité on ne venge pas les martyrs, on les honore par un comportement équivalent aux sacrifices qu’ils ont consentis »

Secundo, la décision de la Cour de Justice de la CEDEAO. Elle ne peut pas et ne doit pas être ignorée. Si nous sommes un peuple sérieux, et nous le sommes incontestablement, nous ne saurions manquer à nos engagements. Personne ne force personne à adhérer ou à accepter abandonner une partie de sa souveraineté. C’est un libre consentement. Le Burkina Faso a été «  intimé  » de prendre toutes les dispositions pour lever «  les obstacles créés par l’article 135 de la loi Cherif  », il n’a pas le choix, il doit se conformer.
Tertio, le Burkina nouveau que nous appelons de tous nos vœux, ne saurait se bâtir sans la réconciliation vraie. En octobre 2014, l’insurrection qui est survenue ne doit pas être comprise, comme une victoire d’une partie du peuple sur une autre. Il s’est plutôt agi d’une remise à plat politique, pour reconstruire sur la justice et sur des valeurs partagées. Exclure par la loi, s’appuyer sur le rapport de forces du moment, qui est forcément changeant, pour instituer même de façon passagère un état de fait, nous éloigne de la réconciliation. L’arbitraire à ceci de cynique qu’il se reproduit sans fin. Pour y mettre fin, il faut casser le cercle vicieux de la vanité. Il faut savoir instituer le dépassement.
Certains invoquent à longueur d’écrits, la nécessité de «  venger les martyrs  ». En vérité on ne venge pas les martyrs, on les honore par un comportement équivalent aux sacrifices qu’ils ont consentis. Le premier des honneurs, c’est de rendre justice, puis se réconcilier et ensemble construire une société plus juste et plus humaine. Sinon comment peut-on venger un sacrifice comme celui de Thomas Sankara, de Norbert Zongo, des morts de l’insurrection ? Même si on exécutait les Compaoré jusqu’à la dernière génération, est-ce qu’on aura pour autant vengé tous ces dignes fils de notre pays ?
C’est pourquoi nous sommes convaincu que la solution c’est l’inclusion. L’exclusion est un problème. Il est le problème.

Par Newton Ahmed Barry


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