L’abolition de la peine de mort en débat

Publié le lundi 12 octobre 2015

Le CNT discute en ce moment un projet d’initiative parlementaire sur une question sociale de première importance, l’abolition de la peine de mort. Depuis le 28 août dernier la commission des Affaires institutionnelles et des droits humains reçoit à tour de bras des organisations de la société civile et des personnalités de toute obédience en vue de recueillir leurs avis motivés. Il faut saluer le volontarisme des plus hautes autorités parlementaires qui n’ont pas hésité à se saisir d’une question aussi sensible. L’abolition de la peine de mort divise en effet les Burkinabé. Elle l’est d’autant que rien ou presque, n’a été fait auparavant pour éclairer l’opinion publique nationale sur les enjeux et les aboutissants de l’existence de cette disposition de notre code pénal. Le Burkina Faso est certes un pays abolitionniste de fait mais il convient qu’il le soit aussi de jure. Pourquoi ? Tout simplement pour faire correspondre notre droit à notre pratique sociale où la peine de mort n’a pas été appliquée depuis des décennies. Mais le sujet soulève il est vrai de nombreuses controverses. Nombre de Burkinabé se prononcent en faveur du maintien de la peine de mort en raison de la montée de la criminalité sanglante. Dans leur esprit, c’est une épée de Damoclès qu’il faut conserver en raison de sa portée dissuasive supposée. Or selon de nombreux spécialistes, la peine de mort comme dissuasion est une pure illusion. Comme l’a montré Robert Badinter, ancien ministre français de la justice devant l’assemblée nationale française en sa séance du 17 septembre 1981, les recherches établies par d’éminents criminologues constatent l’absence de lien entre la peine de mort et l’évolution de la criminalité sanglante. On peut à cet égard se référer aux études comme les travaux du Conseil de l’Europe de 1962, le livre blanc anglais, le livre blanc canadien, le comité pour la prévention du crime créé par l’ONU en 1980 etc…

«  Le parlement burkinabé a là une occasion historique de poser un acte de très haute portée morale : prononcer purement et simplement l’abolition de la peine de mort. Très souvent les décisions historiques sont incomprises à leur début du plus grand nombre. C’est le rôle des élites politiques et sociales de les promouvoir  »

Au contraire pour Robert Badinter, « ceux qui croient en la valeur dissuasive de la mort méconnaissent la vérité humaine. La passion criminelle n’est pas plus arrêtée par la peur de la mort que d’autres passions ne le sont qui, celles-là sont nobles. Si la peur de la mort arrêtait les hommes, vous n’auriez ni grands soldats, ni grands sportifs. Nous les admirons mais ils n’hésitent pas devant la mort. D’autres emportés par d’autres passions n’hésitent pas non plus…  »
Il faut donc croire avec le célèbre avocat français que la vraie signification politique de la peine de mort réside dans le fait qu’elle procède de l’idée que l’Etat a le droit de disposer du citoyen jusqu’à lui retirer la vie. Et comble du paradoxe, c’est au nom de la société dont la vie est la valeur la plus sacrée, que l’Etat est censé agir. Parce qu’aucun homme n’est totalement responsable, parce qu’aucune justice ne peut être absolument infaillible, la peine de mort est moralement inacceptable. C’est la conviction d’un vieux parquetier français, Aydalot qui sait de quoi il parle.
Le parlement burkinabé a là une occasion historique de poser un acte de très haute portée morale : prononcer purement et simplement l’abolition de la peine de mort. Très souvent les décisions historiques sont incomprises à leur début du plus grand nombre. C’est le rôle des élites politiques et sociales de les promouvoir. Elles pénétreront les consciences populaires grâce à un travail opiniâtre de pédagogie sociale. Si des Burkinabé s’inquiètent à juste titre de cette mesure éventuelle c’est parce que dans le climat ambiant actuel, elle s’apparente à du laxisme.
En effet, notre environnement judiciaire n’est pas de nature à donner confiance. Mais c’est là un autre problème, même si tout en dépend ! Osons donc sans attendre, notre révolution morale. Les peuples forts sont avant tout ceux qui ont su se donner des assises morales fortes.

Par Germain B. Nama


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