Fédération nationale Taekwondo : De l’élitisme pour des médailles d’or

Publié le samedi 5 septembre 2015

Dans le cadre de son programme de développement, la fédération nationale de Taekwondo (FNT) a organisé des stages aux profits de ses combattants et encadreurs. Pour cette quête de l’élitisme, d’une formation de haut niveau de la discipline, c’est le « Grand » maître nord-coréen, Kim Sun-gong qui a été invité du 19 au 30 juillet dernier. Habile, il a enseigné à ses stagiaires non seulement le savoir mais aussi le savoir-faire et le savoir-être.

Ils étaient 24 stagiaires à l’école de maître Kim (ceinture noire, 9e dan). Ces 24 présélectionnés de l’équipe nationale étaient répartis en 8 catégories normales hommes et 4 catégories olympiques dames. Il s’agit des champions et vice-champions de chaque catégorie. Pendant une semaine, les stagiaires ont appris à travailler les steps. Il s’agit ici pour les apprenants d’apprendre à être sur la pointe des pieds pour faire les mouvements. « Avec cette formation, on s’est rendu compte que c’était très important  » confie Jean Roch Syata Kéré, ceinture noire, 4e dan. L’avantage de cette technique est qu’il permet au combattant d’être agile dans ses mouvements. Ils ont également appris la technique dite « marquage au poing  » : la jambe avancée. Il s’agit d’attaquer par la jambe avant. Dans ce cas de figure, l’adversaire ne sait pas à quel moment vient le coup « fatal » C’est donc tout le contraire que « téléphoner  ». Dans leur jargon, il s’agit de l’attaque par la jambe arrière (pied d’appui).
La formation a également été l’occasion pour les apprenants de faire des exercices de renforcement musculaire « pour plus de rapidité, de vivacité et de précision dans les coups ». Me Kim ne manquait pas l’occasion de prodiguer des conseils à ces jeunes. « Touche la cible non pas avec la force brutale mais avec la stratégie » se rappelle Tchiéta Adjara Son (ceinture noire, 2e dan). «  Quand vous faites des exercices mettez-vous en situation de combat. Mais quand vous combattez, faites comme un exercice » conseille encore Me Kim. La raison de cet avertissement est d’amener les combattants à «  libérer  » leur esprit afin de ne pas être stressé face à l’adversaire.
Pour le président de la FNT, Timbo Zongo, cette formation n’est pas pour se « coucher sur les lauriers. Il faut continuer l’exercice » dit-il. Chose dont les apprenants ont conscience comme le rappellent Jean Roch Syata Kéré et Tchiéta Adjara Son : « il faut que le travail continue une fois au club. 80% du travail est personnel  ». Mais cela n’est pas sans inquiétude à leur niveau. « Que la fédération nous trouve des cadres de combats afin qu’on mette en application ce que nous avons appris. Nous n’avons qu’un seul championnat…  ». Le président qui est d’avis ajoute : «  il nous faut mettre en œuvre un mécanisme pour que ce que vous avez appris continue  ».

Objectifs médailles d’or
Malgré la modestie des moyens financiers, la fédération nationale de Taekwondo vise gros : ramener au Burkina Faso des médailles d’or mondiales et/ou olympiques. C’est d’ailleurs pour cela que les encadreurs, qui ont la responsabilité d’encadrer les différentes équipes, ont également été formés à leur tour. Il s’agissait à leur niveau de parfaire leur mouvement de base, les poomsae (enchaînement gestuel de techniques de combat prédéterminé contre un ou plusieurs adversaires imaginaires). « Elle va permettre d’apprendre plusieurs techniques de blocage  » précise le président Zongo. Dans cette logique, ils étaient 30 encadreurs venus des quatre coins du Burkina Faso. Face à eux, l’objectif est clair : des médailles d’or mondiales ou olympiques. C’est en cela que Me Kim laisse entendre : « que chacun s’engage physiquement, volontairement et matériellement » Mais une question se pose : la fédération dispose-t-elle de compétences nécessaires pour ce faire ? « Des potentialités, il y’en a  » répond le président, dans la mesure où selon lui le niveau (des encadreurs et des apprenants) est « bon » et l’entraînement de Me Kim de « très haut niveau  ». Cependant, il affiche des limites. « Le seul stage ne suffit pas. Il faut un travail aussi personnel ». Me Adama Coulibaly qui assistait Me Kim, est convaincu qu’il y a de la matière pour rapporter des médailles d’or. Cependant, cela va prendre du temps, estime-t-il.
De façon générale, Me Kim juge le niveau des apprenants bon mais avec des insuffisances à corriger. « Leur niveau est haut mais ils manquent d’expérience dans les mouvements lors des combats (Kurigui)  » dit-il. Au-delà, il s’inquiète que le naturel ne revienne au galop quelque temps après cette formation. Selon Me Kim, les apprenants utilisent toujours les anciennes pratiques. Pourtant elles ont évolué. Mais en une semaine, on ne peut pas tout changer. « Avec le temps, ces anciennes pratiques peuvent revenir. Il faut qu’ils s’entraînent » Pour ce faire, selon le président Zongo, il faut « travailler à sauvegarder les acquis ».
Ce passage de Me Kim a été l’occasion pour 15 encadreurs de passer un examen de grade. Ils étaient 3 candidats pour la ceinture noire 5e dan, 11 pour le 6e dan et un pour le 7e dan. Ils ont tous été reçus sauf celui de 7e dan et un du 6e dan. Tiandama Couldiati, l’encadreur de l’équipe nationale est sorti major de cette promotion. Il lui a fallu 25 ans pour atteindre le 6e dan, le premier datant de 1990.

Par Basidu Kinda

Stop au nomadisme

La fédération nationale de Taekwondo est un SDF (sans domicile fixe). «  Il n’y a pas d’endroit pour mettre les archives. Le président n’a pas de bureau. Le secrétariat est mobile » déplore ainsi Timbo Zongo, président de la fédération. Aujourd’hui, un objectif est clair : avoir un local. C’est dans ce sens que la fédération et la communauté coréenne au Burkina s’activent pour créer un centre multidisciplinaire. « La communauté coréenne au Burkina Faso et le grand Me Kim sont engagés pour que le projet voit effectivement le jour » soutien Me Christophe Ouédraogo, ceinture noire, 7e dan et affectueusement appelé le doyen. La fédération semble ambitieuse mais est confrontée à des problèmes budgétaires. « Le budget n’est pas proportionnel aux résultats attendus. 60% du budget est supporté par de tierces personnes » fait savoir le président de la fédération.

BK

Trois questions à Adama Coulibaly, instructeur international, ceinture noire, 7e dan. Responsable du Taekwondo club saint germain en France

Vous êtes là dans le cadre d’un stage pour la fédération burkinabè de Taekwondo. Quelle est votre appréciation du niveau des participants. Que ce soit les apprenants ou les encadreurs burkinabè ?
Malheureusement nous n’avons pas obtenu l’occasion d’avoir de façon régulière ce type de stage et nos athlètes n’ont pas souvent l’occasion de sortir pour confronter les athlètes des autres pays. Ce qui explique que le niveau même s’il est bon, il n’est pas exceptionnel pour tous. Le niveau est assez inégal mais ce que je note, c’est la volonté et l’engagement d’abord des anciens qui ont su maintenir la flamme dans ce pays. Ils sont d’ailleurs présents parce que le stage concernait à la fois les encadreurs, les professeurs. Tout comme il concerne l’équipe nationale de combat composée d’athlètes plus jeunes. On a pu avoir, le grand maître et moi-même, une idée à la fois des encadreurs et des athlètes qui combattent et qui représentent le pays lorsqu’ils ont l’occasion de sortir pour les manifestations internationales. Nous avons constaté que les apprenants n’étaient pas habitués à ce rythme de travail. C’était la première fois pour eux.

Lorsque vous dites qu’ils n’ont jamais travaillé de cette façon, qu’est-ce que vous voulez dire concrètement ?
C’est ce que Me Christophe a dit. Il faut dire qu’il y a eu plusieurs stages. Ce n’est pas la première fois que le grand Maître Kim Sun-gong vient ici. Ce n’est pas la première fois non plus que nos jeunes font des stages mais ce stage a été très intensif même s’il a duré 7 jours. Mais c’est la première fois que le grand Maître fait ce type de stage avec l’ensemble des équipes sur une durée aussi importante.

Maître Kim a émis des objectifs à atteindre. L’un d’eux est que les athlètes burkinabè puissent ramener des médailles mondiales ou olympiques. Pensez-vous qu’il y a la ressource nécessaire pour atteindre ces objectifs ?
Sans aucun doute. J’ai bien observé les jeunes qui étaient là. Il y a de la ressource. On sent qu’ils ont de la volonté. Ce stage était très difficile, il y a eu des blessés mais ils sont tous restés jusqu’au bout. Même les blessés venaient assister aux cours. Je pense que c’est la principale ressource pour ce type d’activité sportive. La détermination, la volonté, l’engagement, la persévérance. Je pense qu’ils ont tous ces éléments et c’est essentiel. Ensuite certains ont un potentiel technique qui peut se développer davantage. Ils ont surtout aussi leur jeunesse avec eux. Les trois éléments mis ensemble et s’ils sont bien encadrés, je pense que le talent ira de l’avant. On ne peut pas obtenir des médailles tout de suite parce qu’ils ne sont pas prêts. Ce n’est pas au bout d’une semaine de stage qu’ils vont faire des miracles alors que d’autres s’entraînent durant toute l’année dans des conditions nettement meilleures avec un encadrement efficient. Il faut quand même prendre le temps de bien se préparer. Il faudrait au moins 6 mois de préparation avant de prétendre à des résultats. Mais je reste convaincu que c’est tout à fait possible parce que j’en ai fait l’expérience dans d’autres lieux.

BK


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