Quand le discours politique se muscle

Publié le samedi 5 septembre 2015

Le conseil constitutionnel a commencé à plancher sur les 29 recours qui ont fait l’objet de sa saisine. De source proche de l’institution, l’ensemble des recours seront vidés dans la semaine. Au fil de ses délibérations, les Burkinabé découvrent une institution qu’ils ne connaissaient pas en réalité. En effet celle-ci a longtemps fonctionné en vase clos, ce qui a eu pour conséquence de provoquer un désintérêt des Burkinabé. Après l’insurrection populaire, le conseil constitutionnel s’est vu projeté sur le devant de la scène politique, au point de donner l’impression qu’il pourrait être la panacée à tous les maux de la Nation. Ce regain d’intérêt des Burkinabé est une heureuse évolution mais en même temps elle est une redoutable pression sur les grands juges. En particulier sur le contentieux d’inéligibilité, l’institution se trouve pour la première fois confrontée à une situation historique. Avec la décision de la Cour de justice de la CEDEAO, il revient au Conseil constitutionnel, juridiction nationale d’en donner à présent sa lecture. Quelque soient les décisions qu’elle sera amenée à prendre, celles-ci ne seront pas sans problème. Mais le problème est moins dans le fait que ces décisions pourraient provoquer des mécontentements de tel ou tel camp que celui de devoir gérer les conséquences de décisions juridiquement critiquables. C’est peu de dire que Kassoum Kambou et ses collègues sont attendus par les Burkinabé. C’est toute l’Afrique qui est aujourd’hui dans l’attente. Leurs décisions seront minutieusement passées à la loupe de tous ceux qui s’intéressent à la matière constitutionnelle. C’est donc un réel challenge qu’ils doivent relever, face en particulier à une Afrique malade de sa justice.
Paradoxalement, la perspective d’une décision de justice même équitable ne semble pas réjouir tous les acteurs politiques. Le nouveau président du CDP qui a fait un temps du pacifisme son credo s’est montré particulièrement fébrile depuis l’introduction des recours en inéligibilité. Ses invectives à propos d’une probable décision d’inéligibilité le concernant trahissent des sentiments dominateurs pour ne pas dire de suffisance hérités du régime défunt. Il vit toujours dans l’illusion d’un CDP parti-Etat qui fait la pluie et le beau temps en toute impunité. Sinon de quel droit s’autorise-t-il à invectiver la juridiction constitutionnelle ? Il n’est pas inutile de reproduire ses propos transcrits par notre confrère Issaka Luc Kourouma dans une interpellation adressée au ministre de la sécurité pour en souligner leur gravité : « S’il y a exclusion, il n’y aura pas d’élection ici… J’ai soutenu la révision et je serai candidat. Qui va me refuser d’être candidat ? Qui ?  » Ces propos sont une défiance de la justice et à travers elle,du peuple insurgé. Mais alors qu’est-ce qui rend aussi gaillard Eddie Komboïgo ? A-t-il déjà oublié dans quelle condition il s’est débarrassé de son écharpe d’élu pour enfiler un tee-shirt afin de se dissimuler dans la foule des manifestants de l’hôtel Azalai ? Certains voient dans l’arrogance d’Eddie, l’ombre de Diendéré et de son RSP. Mais les apprentis sorciers du CDP ignorent l’état d’esprit dans le régiment de sécurité présidentiel dont les responsables font plutôt profil bas, sachant leur image exécrable, à la fois au sein de l’opinion publique que de l’écrasante majorité de la grande muette. Il n’est pas inutile de rappeler à Eddie Komboïgo que ce qui a perdu Blaise Compaoré c’est l’illusion que le pays tout entier était à ses pieds et que l’agitation sociale était le fait de quelques excités. A l’instar de Blaise Compaoré, Eddie qui s’est soudainement découvert une âme de leader ne tardera pas à avoir son miracle bleu.

Pas plus qu’hier, les terroristes de service d’aujourd’hui que sont les Komboïgo et autres Emile Kaboré ne sauront prospérer, parce que les Burkinabé désormais instruits de leur propre histoire veillent au grain.

Au-delà du cas Eddie, il faut que les apprentis sorciers de tous bords comprennent une chose. Les Burkinabé observent silencieux les débordements de tous ces petits politiciens sans mémoire et aux rêves malades qui jouent de la terreur et de l’intimidation. Hier c’était les Assimi Koanda, Dermé Salam, Alpha Yago et autres. Pas plus qu’hier, les terroristes de service d’aujourd’hui que sont les Komboïgo et autres Emile Kaboré ne sauront prospérer, parce que les Burkinabé désormais instruits de leur propre histoire veillent au grain.
Dans leurs calculs machiavéliques, certains politiciens pensent pouvoir utiliser leur parti dans leur funeste stratégie de positionnement. Le moment venu, ils pourraient avoir la mauvaise surprise de constater la réponse cinglante de leurs propres militants. C’est aussi ça le Burkina et c’est justement en cela qu’il porte si bien son nom !

Par Germain B. Nama


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