Semaine nationale de la culture (SNC), 16ème édition : Du Beau à Bobo

Publié le vendredi 11 mai 2012

C’est en 1983 que la manifestation culturelle qui allait prendre par la suite le nom de Semaine nationale de la culture a démarré au sein de la Maison du peuple de Ouagadougou. C’était sous la Révolution de Thomas Sankara et les autres. Plus de deux décennies après, cette biennale culturelle qui s’est définitivement installée à Bobo-Dioulasso (depuis 1990) est fidèle au rendez-vous. Toutefois, elle attire les mêmes critiques sur des aspects de l’organisation, de la part de nombreux participants, malgré les spectacles qui s’améliorent en qualité.

 

Au Burkina Faso, les responsables politico-administratifs au plus haut niveau de l’Etat ne cessent de clamer que ce pays a pour richesse inestimable sa culture. Certaines personnalités se sont même aventurées à dire qu’à défaut de pétrole, le Burkina peut être fière de sa culture, capable d’attirer d’innombrables touristes. Pourtant, voilà que la Semaine Nationale de la Culture (SNC) mise en œuvre pour célébrer la diversité culturelle du Faso et booster les bonnes pratiques dans le sens de la promotion du patrimoine immatériel national peine sur le chemin de l’excellence. Problèmes de sonorisation lors de certains spectacles, artistes issus des provinces hébergés dans des salles de classe des écoles (parce que certainement ils viennent des villages où leurs cases en banco ne valent pas mieux ?!), désordre sur l’aire de foire, salles de spectacles inadaptées… Certains ingrédients négatifs sont renouvelés bi-annuellement. Dans sa chronique du fou, le quotidien le Pays n° 5082 du 30 mars 2012 écrivait ceci au sujet de la SNC : « un rendez-vous de la culture qui fait de Bobo-Dioulasso une ville culturelle. C’est donc l’un des rares trésors dont dispose la ville. Mais quel trésor ! La SNC, il faut le dire, traine les pieds comme un clochard. Après 15 éditions, elle peine toujours à trouver les moyens de sa politique. » Tout se passe comme si l’Etat qui se targue de faire de la culture de la soixantaine de groupes socio-culturels qui peuplent le Burkina, la tête de proue du développement, ne croit pas en ce qu’il dit. Résultat, on verse dans le conjoncturel. C’est bien et beau pour les officiels et autres invités, mais pour quel impact ? Pourtant, ce n’est pas la qualité des hommes qui travaillent à mettre en œuvre l’événement qui est forcement mis en cause, même si des brebis galeuses ne manquent pas. Encore moins le talent des artistes qui, en joignant des bouts de ficelles, développent des initiatives louables pour promouvoir leur art. Le plus souvent, c’est le nerf de la guerre qui manque le plus. A cela s’ajoute une insuffisance de rigueur et un manque criard de vision à long terme. Alors, après la kermesse, on range les jeux et on attend l’édition prochaine. La valorisation des cultures nationales est un domaine de souveraineté… nationale. Dans ce domaine, on doit savoir éviter de tendre la sébile aux partenaires techniques et financiers et mettre soi-même le pactole nécessaire. Vous avez dit indépendance ! Lorsqu’un responsable politico-administratif du secteur culturel tombe dans l’événementiel, c’est qu’il manque de vision prospective. Alors, telles les troupes qui défilent sur le podium, il joue sa partition et se casse, en espérant n’avoir pas fait plus de dégâts que son prédécesseur. Quel monde ! Cette années encore à Bobo, les petits (le diable est dans les détails) problèmes organisationnels avaient des airs de déjà vu. Ce n’est pas exagéré de dire qu’on prend les mêmes et on recommence. S’il y a eu des manquements, ils seront noyés dans le bilan globalement positif. Conséquence, l’édition prochaine, on se prendra les pieds dans les mêmes pavés. Bobo berceau de talents culturels divers commence à ne plus croire en la capacité de la SNC à redorer son blason, une fois la semaine passée. A donner à cette ville (jadis) capitale économique, son lustre d’antan. Certes cette année, il y a eu l’inauguration de la Maison de la culture (1500 places !) après moult reports. Ensuite, la jeunesse a fait fort, en participant massivement et positivement. Cette jeune génération d’artistes a prouvé qu’elle sait monter au filet pour des contres bien réussis. La SNC ‘Bobo 2012 a aussi été marquée par une participation record de plus de 700 milles festivaliers et visiteurs, plus de 2000 artistes. On ne peut pas dire que la fête ne fût pas attrayante. Côté prestation, les artistes ont assuré comme disent les jeunes. Des chœurs (Séré Kini !) ont émerveillé plus d’un spectateur. Il y a eu du bon. En plus, l’édition a connu la présence du premier ministre et du président du Faso. Ils ont certainement été si bien encadrés que les bruits de coulisses et autres plaintes de « festivaliers aigris » ne sont pas parvenus à leurs oreilles. La recherche qualité doit être une entreprise permanente...

Aux artistes, chapeau bas !

 

Ludovic O. Kibora


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