Alassane D Ouangraoua, président de la fédération nationale de cyclisme : « Je pardonne les supporters frondeurs car ils ne savent pas ce qu’ils disent »

Publié le mardi 25 août 2015

Le cyclisme burkinabè engrange des résultats. Victoires des Etalons au Tour du Togo, et triomphe au Tour du Bénin. Dans la sous-région l’hégémonie de notre cyclisme est incontestée. Paradoxalement, la discipline est en proie aux démons de la division. Les remous sont-ils le signe extérieur de la vitalité de la discipline ou simplement le reflet d’une mauvaise gestion ? Pointé du doigt par un groupe de supporters, le président de la Fédération, Alassane D. Ouangraoua s’en défend.

Un accès de tension notable a secoué votre discipline. Au paroxysme de la crise, des supporters demandent votre départ avant terme. Comment en est-on arrivé là ?
Il est vrai que la petite reine s’est fabriqué toute seule une publicité dont on aurait pu s’en passer. Tout est parti du championnat national A émaillé par un incident. Un coureur, le leader de l’AS-BESSEL, Salif Bikienga a violemment pris un poteau alors que le peloton avait engagé le dernier sprint. Des supporters sont partis de cette chute pour entamer des actions qui n’ont pas fait du bien à notre discipline.

Il semble que la chute du coureur de l’AS-BESSEL a été provoqué par un concurrent, le chouchou de la Fédération et qui ne serait pas à son premier forfait. Comment aviez-vous tranché la question ?
Le titre ne se jouait pas entre ces deux coureurs que vous venez de mentionner. La commission technique qui est une structure indépendante de la Fédération à l’aide d’une technologie moderne que l’on appelle la fotofinish a jugé à l’arrivée que Seydou Bamogo, le coureur de l’AJCK a été le premier à passer la ligne. C’est donc lui le champion. C’est vrai que le règlement de la course stipule que les clubs mécontents d’un fait de course ont le droit de demander réparation. A ce sujet, nous regrettons que l’AS-BESSEL n’ait pas saisi la commission technique dans le délai de 30 mn après la proclamation des résultats et n’ait pas fourni les preuves de sa plainte mais a préféré d’autres méthodes. C’est du reste une règle générale de nos clubs. Les gens sont aptes à crier, « j’ai été victime » de ci, j’ai été victime de ça, mais personne ne suit la démarche prévue par les textes pour rentrer dans ses droits. Il n’appartient pas à la FBC d’entreprendre cette démarche pour eux. Toutefois, nous avions fait une dérogation à la règle cette fois-ci. Bien qu’il n’y ait pas eu de plainte formulée par l’AS-BESSEL, la fédération a souhaité et obtenu de la commission technique qu’elle s’autosaisisse de l’irrégularité supposée. Nous avions écrit à chaque club pour dire de reverser toutes preuves pouvant permettre de statuer clairement et publiquement sur ce litige dans le seul souci de transparence et d’apaisement.
Mais à la séance de visionnage des images, personne ne peut affirmer qu’il y a eu contact entre les deux coureurs. La commission aussi a regardé les éléments. Mais ne voyant pas de charge, elle a préféré valider les résultats acquis sur le terrain.

Vous n’aviez donc pas favorisé Rasmané Ouédraogo qu’on considère comme votre protégé ? On dit aussi que c’est lui qui fait reporter la date du championnat car lui et 5 autres sélectionnés en équipe nationale n’ont pas pu rentrer de leur mission de la R D Congo ?
« On » que vous citez a totalement tort sur toute la ligne. Vous savez, le président de la Fédération que je suis ne peut pas envoyer des coureurs, les meilleurs de différents clubs défendre les couleurs du Burkina à l’extérieur et pendant ce temps faire courir le championnat national. Ces garçons qu’on a envoyé au tour de la RD Congo n’ont pas pu prendre leur vol retour par la faute de l’organisation. Je ne pense pas avoir mal agi en retardant le championnat pour eux. Du reste, le ministère des sports a été informé de notre intention et nous n’avons pas eu d’avis contraire. Pendant le séjour de l’équipe en RD Congo je n’ai pas parlé une seule fois avec Rasmané Ouédroago. Moi j’aime prendre les nouvelles des sélections quand elles sont sur le combat à l’extérieur. Mais je ne parle qu’au capitaine qui est le porte-parole du groupe. Je ne vois donc pas comment pourrait-il lui, un simple coureur ordonner le report d’un championnat. Alors donc il faudrait considérer que la FBC n’existe plus. Rasmané Ouédraogo le chouchou de la Fédération ? Franchement celui qui dit ça ne connaît pas la composition du Comité exécutif de la Fédération. Plusieurs courants sont dans la Fédération. Plusieurs clubs y ont envoyé leurs représentants. Comment tous pourraient se mettre à aduler un seul coureur qui appartient à un club précis au détriment des éléments issus des autres clubs ? Mieux, la commission technique regroupe en son sein des hommes appartenant eux aussi à divers clubs. Comment peuvent-ils tous se mettre à aduler un seul coureur ?

Vous ne protégez pas Rasmané Ouédraogo mais vous n’aimez pas Salif Bikienga alors ? Du moins c’est le reproche que certains supporters et même les dirigeants de son club vous font puisque champion sortant qu’il était, les portes de la sélection nationales lui étaient fermées
Toute Fédération se nourrit de résultat. Eh bien la nôtre aussi. Il est inconcevable que nous rejetions un coureur par principe si ce dernier peut nous donner la victoire. Salfo Bikienga est un finisseur redoutable. On l’a vu au tour du Faso 2013. Il a porté le maillot jaune deux jours durant. Et puis, il a endossé le titre de champion. Dès lors, il a été sélectionné en équipe nationale. Mais sur 5 courses, il était en difficulté dans 4. Il a dû mettre pied à terre. Inquiet, le staff technique l’a poussé à l’aveu. Il a dit n’être pas à l’aise sur les terrains où il y a des montagnes. Depuis, les techniciens ont pris la résolution de ne faire appel à lui que lorsque les terrains sont plats. Il était retenu pour aller au Bénin qui est plat. Mais son accident l’en a empêché. C’est donc un coureur important pour la sélection nationale et la Fédération. Il n’est pas au centre d’une quelconque animosité.

Pourquoi la Fédération encaisse 35 millions de F CFA par an au Ministère des sports et refuse d’accorder des subventions aux clubs ?
A mon avis celui qui avance une telle allégation ignore tout du principe de fonctionnement d’une fédération. En début de chaque année, le ministère reçoit le programme d’activités annuelles de chaque fédération. Le nôtre montait à plus de 200 millions. Mais une commission d’arbitrage a élagué notre budget de base pour ne retenir qu’un montant de 36 millions pour être plus exact. Mais cet argent n’est pas débloqué et versé dans notre compte et libre à nous d’en faire l’usage voulu. Ce sont des activités que le ministère dit vouloir financer. Le Tour du Congo en faisait partie par exemple. A l’approche de l’événement donc nous écrivons pour demander le déblocage de la somme prévue pour cette compétition. Nous avons obligation de fournir des pièces justificatives qui doivent être en relation avec la même activité. Autrement agi, nous faisons des détournements de fonds. Veut-on que nous devenions des délinquants financiers ? Nous ne sommes pas prêts à franchir le pas. Je vais vous épargner une question. Il nous a été reproché aussi d’avoir pris 6 millions pour envoyer la sélection nationale au Bénin. Partant le fait que les coureurs soient partis par la route a révolté plus d’un. Ainsi présenté leur colère est justifiée. Sauf que le Tour du Bénin n’était pas une activité retenue pas le ministère. Il a fallu la grande compréhension de l’actuel ministre des Sports pour que malgré tout une somme de 1 million soit allouée à cette course. Si dans un million il faut payer les pneus, les chambres à air, les cales et autre matériels des vélos, payer des primes de participation aux coureurs retenus, payer les produits pharmaceutiques, payer le ravitaillement en eau, bananes, biscuits, boissons sucrées et autres remontants, et payer en plus neuf billets d’avion pour la délégation, que ceux qui m’accusent viennent me le dire. Le voyage a coûté près de 2 millions de F CFA. Il a fallu que des gens acceptent de nous soutenir. Nous voulons nous aussi que nos coureurs prennent l’avion et arrivent frais pour les courses. Mais la plus belle demoiselle ne peut donner que ce qu’elle a. Nous pardonnons à ces supporters qui portent ces accusations car ils ne savent pas ce qu’ils disent. L’Etat a consenti déjà beaucoup d’efforts. Nous savons tous comment le contexte est difficile. Mais nous devons accepter de faire avec les moyens de bord. La fédération est disponible à fournir à toute personne qui le demande des explications documents à l’appui pour qu’elle puisse maîtriser le sujet.

Le championnat a été financé. Comment expliquez-vous que l’ambulance ne soit pas dans la caravane ?
Il faut que les clubs acceptent de lire les textes. La présence de l’ambulance est un devoir pour l’organisation d’une course. Certes. Mais les clubs ont aussi obligation d’avoir leur équipe sanitaire. Malheureusement aucun club n’est en règle sur ce point. Déjà exigence pour exigence, il faudrait que ces clubs qui se plaignent soient exigeants envers eux-mêmes. Pour ce qui concerne donc l’ambulance que la Fédération devrait affréter, une correspondance a été adressée au sapeur-pompier. Mais nous ne sommes pas tributaires de leur programme. Ils sont fortement sollicités. Ils peuvent manquer d’être présents. On peut me dire qu’avant de lancer, la Fédération aurait pu régler ce problème. Nous acceptons la critique et promettons de corriger les fois prochaines. Toutefois, il sied de dire que nous disposons d’un docteur qui était présent dans la course et qui a administré les premiers soins avant que le blessé ne soit évacué à l’hôpital. Du reste le coureur est totalement guéri et nous remercions le ciel de nous avoir évité une situation plus difficile.

ITW de J J Traoré


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