Elections municipales et législatives : « Les femmes ne sont pas des gâteaux … à monnayer » dixit Martine Yabré

Publié le mardi 25 août 2015

La présidente du Conseil des Femmes du Burkina s’exprime au sujet des listes de candidature pour les élections municipales et législatives. Ces listes sont parfois sujet à polémique tant elles sont porteuses de « germes d’injustice. » Martine Yabré justement ne s’est pas privée de tirer à boulets rouges sur les formations et partis politiques qui se servent des femmes comme «  du bétail électoral  ».

Evé : Vous aviez organisé une conférence de presse pour demander l’application de la loi n°010-2009/AN portant fixation de quota aux élections législatives et municipale à venir. En quoi consiste cette loi ?
Martine Yabré : La loi dit que toute liste de candidature présentée par un parti politique ou un groupement de partis politiques lors des élections législatives et municipales doit comporter au moins 30% de candidature au profit de l’un et de l’autre sexe.

Il se trouve que la dite loi n’a pas été respectée par les partis politique. Quels sont vos sentiments ?
Nous sommes indignés mais nous ne sommes pas dupes. Toutes les structures qui travaillent pour la question de la femme comptent interpeller l’opinion publique sur la question. Nous comptons nous concerter afin que ceux qui n’ont pas respecté la loi sur le quota soient sanctionnés conformément à l’article 5 de la loi qui dit que tout parti politique ou groupement de partis politiques dont les listes ne respectent pas les dispositions de la présente loi perd 50% du financement public pour les campagnes électorales. On ne veut pas qu’elles soient présentes sur les listes, elles ne sont pas responsabilisées et les politiciens les utilisent pour prendre de l’argent auquel ils n’ont pas droit. Les femmes ne sont pas des gâteaux ou des arachides à monnayer.

La même loi avait été révisée et proposée au CNT pour raison d’insuffisance. Quelles sont ces insuffisances ?
La loi dit que toute liste de candidatures présentée aux élections législatives et municipales par un parti politique qu’elle soit liste de titulaires ou de suppléants doit comporter au moins 30% de candidatures au profit de l’un et de l’autre sexe. Mais elle ne précise pas que c’est par circonscription. Ensuite le positionnement des candidats n’est pas précisé. Ce qui fait que les femmes venaient généralement en queue de liste et n’avaient pas la chance d’être élues. Enfin les partis politiques qui ne respectent pas le quota sont privés de 50% de leur financement seulement, le CFB demande une invalidation pure et simple de ces listes.

Elle a finalement été retirée par le CNT. Pourquoi ce refus de voter cette loi selon vous ?
Certains députés n’étaient pas favorables au contenu de la loi qu’ils trouvaient trop contraignant. Nous avions reçu une lettre nous disant que la loi n’était plus à l’ordre du jour des travaux du CNT.

Quelles sont les perspectives à votre niveau pour la dite loi ?
Nous comptons nous battre jusqu’à ce que les choses évoluent. Apparemment l’ancien régime était plus favorable aux femmes que les dirigeants de la transition. On peut se demander comment des gens qui sont censés être neutres avec la transition constituent des blocages sérieux pour des problèmes d’une telle envergure.

Interview réalisée par Assita Sanou


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