Asfa-Y : Le prix de l’amateurisme

Publié le jeudi 13 août 2015

Jean-François Losciuto , le coach « Nassara » de l’ASFA-Y n’aura duré qu’une saison sportive à son poste. Rien qu’à voir la mine des supporters qui se voient privé de ce malin plaisir qu’ils avaient à chambrer la concurrence arguant qu’eux « boxent » maintenant dans la catégorie des coach-Blanc, on réalise que la fin prématurée de cette aventure a un vrai goût amer. En effet, depuis un certain temps, le technicien belge et son employeur avaient engagé un bras de fer. Finalement, on assistera à un jet d’éponge de Losciuto. L’ASFA-Y qui croyait remporter la guerre va vite réaliser qu’elle n’a remporté qu’une bataille. Le coach Belge avant de partir a décidé d’un dernier baroud d’honneur. Il entend rentrer au moins dans ses arriérés de salaires qui courent depuis le mois de février selon son avocat Me Farama. Du reste, le coach et son homme de loi ont animé un point de presse pour dire combien l’ASFA-Y est en déphasage vis-à-vis de la règlementation dans le contrat de travail qu’elle a passé. Mais pourquoi la belle aventure entre ces deux parties a si vite tourné aux empoignades ? Auteur d’une saison calamiteuse, le club quadruple champion du Burkina tient mal dans sa peau de 8 sur 16 du champion écoulé. Et comme en de pareilles circonstances, le coach est le premier fusible. Mais si la tambouille s’est installée entre le club et son maître à penser, la raison se trouve ailleurs. Il est sûr que les résultats ont été l’élément catalyseur. Mais au fond, le président Eddie Komboïbo et compagnie, voulaient lui faire sa peau à Losciuto car ils se sont dit senti trahis. En offrant un bail de 4 ans à ce technicien venu d’ailleurs, ce n’était pas seulement pour son talent d’entraîneur encore moins pour son teint métissé. En fait, l’homme a su se vendre. Son argument massue, il a promis à l’ASFA-Y qu’il arriverait avec dans ses bagages trois (03) joueurs togolais internationaux qui plus est. Et ce renfort n’était pas pour gagner le championnat domestique. L’entraîneur a proposé un deal juteux à l’ASFA-Y. Il a dit que sa vague de togolais était en fait en partance pour l’Europe. Chacun des trois joueurs aurait, selon le coach de l’ASFA-Y réussi un test en Europe mais éprouvait de la peine à aller composter son poste du fait de l’impossibilité de disposer d’un visa au Togo. Eddie Komboïgo en bon expert comptable a vite flairé un bon coup. Il a donc accepté l’arrivée des joueurs togolais qui n’allaient finalement que transiter par le Burkina, le temps que des visas leur soient trouvés. Ils partiraient rejoindre leur club mais sous la bannière de l’ASFA-Y qui empocherait gros. L’entraîneur aurait déclaré que chaque joueur rapporterait 200 000 euros (131 millions de F CFA) de sa vente. Les trois réunis a sans doute rapidement calculé l’expert comptable rapporteront plus de 390 millions de F CFA au club burkinabè ! Grande aubaine. Une telle somme permettrait à l’ASFA-Y de sortir de sa permanente perfusion financière. Pour mieux convaincre le coach aurait refusé la prime à la signature. Il aurait dit pouvoir patienter pour encaisser cette prime sur l’argent de la vente des joueurs. Très emballée par l’offre du technicien Belge, l’ASFA-Y lui fait signer non seulement 4 ans de contrat mais aussi lui donne un salaire mensuel de 2,3 millions ! Le mercato burkinabè passe, les Togolais non pas été vendus. Pourtant Losciuto avait promis que l’opération sera conclue courant décembre-janvier. Il demande un délai supplémentaire. Juin ! Là encore rien. Entre temps pris par le doute l’ASFA-Y va se réveiller enfin pour tenter des vérifications. Des joueurs Togolais sont arrivés au club à la suite de l’entraîneur mais ils seraient différents de ceux attendus. Les internationaux togolais qui étaient dans la balance ont fini par prendre d’autres destinations et évolueraient en RDC au TPM et au Nigéria. Le Belge aurait été lui-même trahi ? A-t-il été grillé lui aussi ? Très remonté contre lui pour n’avoir pas tenu parole l’ASFA-Y se met en colère contre son employé. Les jaunes et verts disent que l’arrivée des joueurs dans les bagages du Belge faisait parti des clauses du contrat. Et partant, du fait que le deal a foiré, la collaboration devrait s’arrêter là sans une autre forme de progrès ! Sauf que le coach ne l’entend pas de cette oreille. Pour lui, il a paraphé un contrat de 4 ans de coach et non un contrat d’agent de joueurs. Pan et voilà l’ASFA-Y qui en prend plein la face ! Car comme l’a si bien indiqué Me Farama lors de la conférence de presse, le deal dont on parle n’a pas été consigné sur le contrat entre les deux parties. Autrement dit, les dirigeants ont préféré faire comme au bon vieux temps en se fiant aux paroles d’honneur. Aujourd’hui, c’est la parole du coach contre celle de l’employeur. Qui croire ! Non content d’avoir filé du mauvais coton sur les termes du contrat, l’ASFA-Y arrête le versement du salaire de son entraîneur depuis février. Il totalise dont 5 mois d’impayés sans compter celui en cours ! Sait-on seulement que les textes de la FIFA constatent la rupture de contrat dès lors qu’un club accuse au moins 3 mois de salaires d’impayés ? Le fameux deal parlons-en ! Comment un club leader du championnat peut-il faire preuve d’une approche assez superficielle ? Comment peut-il accepter de vendre des illusions ? Tous les habitués du monde de transfert savent qu’aucun joueur africain qui vient du championnat local ne peut valoir, aux yeux des acheteurs européens 200 000 euros ! Impossible. La plus value maximale d’un joueur africain fraîchement sorti des meilleurs championnats noirs est de 80 000 euros, soit 50 millions de F CFA. Pas plus ! Comment peut-on se faire tromper de cette façon grossière ? Par ailleurs, un joueur qui décroche un essai concluant, le club qui a besoin de lui prend toutes les mesures nécessaires pour faciliter sa venue. Sur le plan administratif, le club active ses réseaux et parvient à avoir le visa. Pressé qu’il est souvent, il achète même jusqu’au billet d’avion pour faciliter l’arrivée de sa recrue. On ne trouve pas l’oiseau rare partout. Comment un club peut avoir de l’intérêt pour un joueur et le laisser à lui-même. C’est un non sens qui aurait dû réveiller le soupçon à l’ASFA-y si tant est que le deal a été passé. On imagine que le club s’est laissé séduire face aux promesses mirobolantes et n’a peut-être même pas voulu ébruiter l’information croyant tenir l’affaire du siècle. Et plouf, il est tombé dans le puits. Il aura de la peine à convaincre les juridictions compétentes qu’il a cru au chimère ou au père Noël. Le coach demande le paiement des arriérés chiffrés à près de 10 millions de F CFA. Il demande aussi en réparation des frais de dommage et intérêt. Autant dire le prix de l’amateurisme.

J J Traoré


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