Cour de justice Cedeao : Il faut savoir tirer les bonnes leçons

Publié le vendredi 21 août 2015

La décision tant attendue de la Cour de justice de la CEDEAO vient de tomber. La partie plaignante se délecte de ce qu’elle considère comme une victoire sans appel, même si son discours se veut par ailleurs apaisant. Le comité d’accueil qui a été mis en place à l’occasion du retour d’Abuja des avocats, les héros d’un soir, en dit long sur l’importance politique conférée à l’événement par les hommes et les femmes du régime défunt.
Parmi les partisans du nouveau code, on enregistre trois types de réactions. Il y a d’abord ceux qui sont sonnés par la mesure et qui, tout en refusant tout compromis, profèrent des critiques acerbes à l’encontre des chefs d’Etat qui au sein de l’Union se comportent en véritables pompiers des luttes populaires. A l’opposé, il y a ceux qui prennent acte de la décision de la Cour et qui voudraient voir la compétition ouverte à tous. Entre les deux, il y a enfin ceux qui s’engouffrent dans la brèche laissée par les juges communautaires sur la possibilité d’un droit de restriction limité sur la question de l’éligibilité. Toutefois a tenu à préciser la juridiction communautaire, la restriction ne doit en aucun cas concerner des citoyens ordinaires mais seulement les dirigeants. Le débat sur ce point s’emballe, chaque camp voulant imposer son interprétation. C’est de bonne guerre. Cependant, l’autorité compétente appelée à se prononcer gagnerait à le faire le plus rapidement possible.
En attendant, notre avis est que le débat devrait être recadré sur le vrai problème qui est politique et non juridique. Le Burkina traverse en effet une phase difficile de son histoire. L’insurrection qui a coupé la tête de l’hydre n’a pu se débarrasser ni de son corps ni de ses tentacules.

«   Ce n’est certainement pas dans l’angélisme que les Burkinabé trouveront le salut. Il est illusoire de croire que le duel qui oppose le peuple burkinabé aux forces régressives se gagnera à coup de flocons de neige. Les peuples qui ont nourri de telles illusions l’ont chèrement payé.   »

Au contraire, il est en train de se relever tous crocs dehors. En effet, à côté des propos qui se veulent apaisants d’Eddie Komboïgo, le leader du CDP, il y a ceux, musclés de Fatou Diendéré qui, à la lumière des événements méritent d’être pris au sérieux. Quel sens faut-il en effet donner à la sortie du RSP (la chose de son époux),si ce n’est la volonté de reprendre les choses en main ?
Certains politiques rivés sur l’échéance d’octobre ont adopté une posture grossièrement opportuniste, sans égard au principe de subordination du militaire au politique. Un communiqué émanant du cabinet de la présidente de l’Union africaine a fort opportunément rappelé ce principe à l’attention des autorités et du peuple burkinabé, sans doute à dessein, rappelant dans la même foulée les dispositions pertinentes de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance à laquelle le Burkina est partie, ainsi que d’autres instruments connexes de l’Union africaine. Il faut qu’enfin on apprenne au Burkina à travailler sur les principes et partant, à tourner le dos aux arrangements de circonstance qui ne conduisent qu’à des impasses.
Malheureusement ils sont nombreux les partis politiques qui considèrent que seule compte la fin et peu importe les moyens.
Mais revenons à la question controversée du code électoral. Vaut-il vraiment la peine de s’engager dans les dédales d’une procédure juridictionnelle, susceptible de compromettre la tenue à bonne date des élections ? Que gagne-t-on véritablement en contrepartie ? Dans la trajectoire qui nous reste à parcourir, les inconvénients paraissent assurément plus nombreux que les avantages. Il est donc plus judicieux d’ouvrir totalement les scrutins, en s’en tenant aux conditions d’éligibilité édictées dans l’ancien code et prendre date pour une relecture plus avisée du code électoral afin de l’expurger de ses failles et insuffisances, tout en sauvegardant l’esprit qui consacre le refus de l’impunité en politique. En effet, on ne peut se résigner à laisser des aventuriers qui n’ont d’égard que pour leurs intérêts égoïstes pervertir impunément la vie politique nationale. Faut-il croiser les bras comme des niais et compter sur le bon Dieu comme s’il était là pour les seuls Burkinabé ?
Aide-toi, le Ciel t’aidera, a-t-on coutume de dire. Ce n’est certainement pas dans l’angélisme que les Burkinabé trouveront le salut. Il est illusoire de croire que le duel qui oppose le peuple burkinabé aux forces régressives se gagnera à coup de jets de flocons de neige. Les peuples qui ont nourri de telles illusions l’ont chèrement payé.

Par Germain B. Nama


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