Le Duel Diendéré - Zida : Calculs, projections et états d’âmes

Publié le vendredi 17 juillet 2015

La crise entre le RSP et le premier ministre Zida est entrée dans une nouvelle phase. Contrairement aux épisodes précédents où le RSP avait pratiquement fait marcher Zida, cette fois-ci ce dernier refuse de se laisser faire. Le président du Faso est entre le marteau et l’enclume et manœuvre comme il peut pour faire baisser la tension. Les discussions se mènent loin des grandes oreilles de la presse mais aussi de l’opinion publique qui ne sait pas vraiment vers quels compromis s’orientent les belligérants. En attendant, nous nous proposons de revenir sur les objectifs avoués ou prêtés à chaque camp, leurs comportements respectifs et les tendances d’évolution qui se présentent.

Le premier ministre Isaak Yacouba Zida est arrivé à la tête de la Transition, à la suite d’un compromis passé au sein de la hiérarchie militaire. Ce consensus résulte d’une cacophonie où le chef d’Etat-major général des Armées s’était un temps autoproclamé Président du Faso suivi peu après par une seconde auto-proclamation. Le régiment de sécurité présidentielle venait ainsi de prendre de vitesse la hiérarchie de l’armée. Quel objectif avait-il été visé ? Sans doute celui d’assurer le contrôle des événements afin de sauver les intérêts du régiment de sécurité présidentielle. C’est ainsi que Yacouba Isaak Zida, alors N°2 du RSP a pris les choses en main. Mais très vite ce dernier va se démarquer de son corps d’origine pour se rapprocher des OSC. Il reprendra à son compte la revendication des OSC sur la dissolution du RSP, ce qui va sérieusement détériorer ses relations avec ses frères d’armes. La première manifestation d’humeur au sein du RSP a lieu le 30 décembre 2014. Le premier ministre est enlevé en plein conseil des ministres et conduit sur le terrain de rassemblement où, pistolet à la tempe, il est sommé de revenir sur un certain nombre de privilèges qu’il avait retiré aux éléments du corps. Le 4 février 2015, le premier ministre est prévenu d’un mouvement de troupe avec menace sur le conseil des ministres. Zida qui prend la mesure de la menace se refugie chez le Moro Naba. Le conseil des ministres de ce jour sera annulé. La cause de ce second mouvement d’humeur, c’est le non-respect des engagements pris sous la menace, le 30 décembre. Cette fois le premier ministre Zida fera droit aux revendications du RSP dont les principales portent sur la nomination des hommes de Blaise aux commandes du RSP. Boureima Kiéré comme chef d’Etat-major particulier du président du Faso et Céleste Coulibaly, chef de corps du RSP. Dans son discours sur l’Etat de la Nation prononcé en juin dernier, le premier ministre renonce publiquement à la dissolution du RSP. Il déclare que le pays a besoin du RSP ! Cette sortie sur une préoccupation majeure du RSP était censée mettre fin à la guéguerre entre lui et ses frères d’armes. A son retour de Taipei, l’avion du premier ministre, au lieu d’atterrir à l’aéroport international, ira se poser à la base aérienne. Plus tard, on apprendra qu’un complot visait le premier ministre. Deux hommes dudit régiment sont interpelés par la gendarmerie pour enquête, ce qui manifestement a mis le feu aux poudres. Des éléments armés appartenant au RSP manifestent dans leur camp en tirant en l’air. D’autres éléments vont faire la ronde des radios pour exiger que les journalistes foutent la paix au RSP. Pendant ce temps une campagne se développe sur les intentions cachées de l’un et l’autre camp.

L’agenda caché du premier ministre Zida
L’un des griefs portés contre le premier ministre Zida par le RSP est qu’il entretiendrait un agenda caché. Pour ses contempteurs, toutes ses déclarations publiques tendant à faire croire qu’il travaille loyalement à la préparation et à la tenue à bonne date des élections ne sont que du vent. Il travaillerait en réalité à déstabiliser le RSP afin d’en prendre le contrôle à son seul profit. Quand on découvrira son jeu ce sera trop tard estiment-ils. Les prétendus complots ourdis contre sa personne ne seraient que des éléments d’une stratégie secrète. En face, Zida et ses amis des OSC accusent à leur tour le RSP d’être le bras armé de l’ancien régime qui use de tous les moyens pour revenir aux affaires. La prise de contrôle des rênes du RSP par Kieré et Coulibaly entreraient dans cette stratégie de restauration de l’ancien régime. Pour renforcer leur thèse, les hommes de Zida pointent les voyages de Céleste Coulibaly sur Abidjan. Il aurait dans un premier temps accompagné le président au Maroc et à Abidjan avant de rejoindre son corps dont il a pris le contrôle, suite aux événements du 4 février. Chaque camp épie l’autre et brandit des preuves à charge, vraies ou fausses ? Difficile d’en juger. Fort de leurs certitudes, les différents camps se radicalisent et comptent leurs alliés. Les OSC ont battu le rappel des troupes au retour du premier ministre d’Abidjan pour signifier clairement que l’épreuve de la rue est inévitable si le président Kafando s’avise à faire droit aux exigences du RSP sur le départ de Zida du gouvernement. De l’autre côté les forces de l’ancien régime réactivent leur front dit républicain et apportent un soutien sans faille au RSP. Avant eux il y a eu la composante société civile de ce front, amenée par Pascal Zaïda dont le groupe a enjoint le premier ministre de rendre sa démission. Mais quid des partis politiques ? Les partis politiques de l’ex CFOP ont déjà fait paraître une déclaration condamnant les immixtions répétées du RSP dans la marche de la Transition. Les avis sont par contre partagés en ce qui concerne le maintien ou non de Zida au premier ministère. AblasséOuedraogo qui dit parler au nom de ce groupe a exprimé une quasi indifférence sur la question. Mais en réalité, ce qui préoccupe ces partis, c’est la garantie de l’élection à bonne date. Or, la remise en cause des équilibres politiques négociés sur la base de la charte, risque de contrarier les espoirs des politiques qui sont déjà en ordre de campagne pour Kosyam. Les incertitudes qui pèsent sur l’une ou l’autre option qui sera choisie incitent davantage à la prudence. Si bien que les partis ont choisi de prêcher la sagesse aux différents protagonistes. Ils ont sans doute les moyens de faire baisser le mercure social, d’autant que nombre d’OSC passent pour être leurs appendices. Mais rien n’est cependant sûr car le PM à qui l’on prête de gros moyens financiers n’est sans doute pas resté les bras croisés. Dans ces conditions, tous les retournements demeurent possibles.

Le 11 octobre, si près si loin !
Nous sommes exactement à trois petits mois du double scrutin présidentiel et législatif. Et pourtant ça parait si loin ! Passant un jour à côté de la présidence (l’actuelle primature), Ram Ouedraogo eu cette réflexion : « Voilà ça juste à côté, mais comment y arriver ! » Les périls sont en effet là et ils sont apparemment graves. Tout le problème, c’est que l’opinion publique se trouve face à beaucoup de non-dits. Des non-dits qui empoisonnent pourtant la vie nationale. Le président du Faso dont la parole est attendue ce 9 juillet au soir, devra œuvrer à obtenir un engagement fort de chaque partie à la charte mais aussi des autres parties non signataires qui aspirent à la quiétude et à la paix sociale sur un certain nombre de points dont : l’acceptation solennelle de tous à travailler à l’organisation des élections le 11 octobre prochain, le renvoi du règlement de la question du RSP à un gouvernement issu des urnes, le respect par tous des actes et décisions pris par l’exécutif en vertu de ses prérogatives constitutionnelles, l’arrêt des immixtions intempestives de tout ou partie de l’armée dans le fonctionnement des organes de la Transition. La situation actuelle montre aussi la nécessité de définir une charte des OSC assortie d’un code de bonne conduite. Il importe d’assainir dans les meilleurs délais,l’environnement et la vie des OSC. Il y va de la santé de la vie démocratique en général. Le Burkina qui a fait l’admiration et la fierté des démocrates d’Afrique et du monde à l’occasion de son insurrection contre le régime de Blaise Compaoré ne doit pas échouer à se rassembler pour retrouver le chemin d’une vie démocratique apaisée.

Par Germain B. Nama

L’ombre de Gilbert Diendéré plane-t-il sur le RSP ?
Pour nombre d’observateurs de la vie nationale, cela coule de source. De l’avis général, non seulement il n’est pas parti, mais le bras de fer auquel on assiste entre le RSP et Zida est en réalité le bras de fer Diendéré-Zida. C’est l’histoire d’un parricide raté qui tourne en règlement de comptes. La preuve éloquente que Diendéré est toujours présent, c’est la présidence de la commission en charge de la réflexion sur la réforme du RSP qui lui a été confiée. Ledit rapport a pratiquement reconduit toutes les missions initiales confiées au RSP par Blaise Compaoré. Dans la méthodologie définit par la commission, tous les griefs reprochés au RSP ont été répertoriés, leur pertinence analysée. Le résultat d’un tel exercice ne surprend guère ! Selon certains observateurs, le maintien du RSP en l’état vise deux objectifs : d’abord signifier clairement à Zida qu’on ne touche pas au RSP.
Le deuxième objectif serait de conserver le RSP dans toutes ses capacités afin de s’en servir comme d’une arme de dissuasion pour protéger ses chefs menacés par des dossiers judiciaires. Les affaires Thomas Sankara, capitaine Sayogo, Jean Baptiste Lingani, Henri Zongo, Clément Oumarou Ouédraogo, Norbert Zongo et le juge Nébié sont de véritables boulets aux pieds de certains.
GBN

Quand des responsables d’OSC brûlent la politesse à MBa Michel
Le vendredi 3 juillet dernier a été particulièrement harassant pour le chef de l’Etat. Ce jour là, il aurait reçu des hôtes dont le parler direct a été pour le moins étonnant. Le groupe de Marius Ibriga, c’est de lui qu’il s’agit, était allé lui dire ce qu’il pensait de la situation nationale et particulièrement du différend entre Zida et le RSP. Selon nos sources, les hôtes du président auraient exprimé leur inquiétude de le voir prendre une décision sur un éventuel départ de Zida du gouvernement sans requérir l’avis des parties à la Charte. Quel culot a dû se dire le président devant une telle impertinence ! Que non !Les OSC se sentent sans doute dans leur bon droit devant MBa Michel qui n’est à leurs yeux qu’un bénéficiaire de l’insurrection. Devant un tel affront, le ton est monté d’un cran, particulièrement quand ses hôtes ont cru devoir lui faire remarquer que conformément à l’esprit de la Charte, il ne pouvait pas démettre le premier ministre. Quelle ambiance ! Il faut avoir des nerfs d’acier pour gérer un pays.
GBN


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