Affaire Zida/Armée : Le premier round des concertations n’a pas abouti

Publié le vendredi 17 juillet 2015

On a attendu une annonce du président dans la soirée. On espérait qu’elle interviendrait dans le journal de 20 heures, mais hélas rien. Vers 21 heures, les sages se sont séparés et un calendrier de rencontres a été établi qui commence dès aujourd’hui 10 juillet.

Très tard dans la nuit, les sages se séparent sur un constat d’échec. La première journée n’aura pas suffi à rapprocher les positions. Jusqu’à 21h, les protagonistes étaient encore à Kosyam à faire des conciliabules pour rapprocher les positions et aplanir l’abîme qui faisait que les positions ne pouvaient pas être rapprochées a été fait que les positions ne pouvaient pas être rapprochées. Les sages ont alors décidé de procéder autrement. Dès ce jour 10 juillet et à partir de 9 h, ils vont revenir à la charge en écoutant individuellement les protagonistes et en élargissant cette fois à l’ensemble des signataires de la charte de transition. Les concertations devraient durer tout le weekend. C’est lundi dans la journée qu’elles devraient s’achever.
C’est donc une autre situation qui se présente. Les sages devraient conduire les négociations, entendre individuellement l’ensemble des acteurs et très probablement à l’issue, formuler des recommandations au président pour servir de base à la décision à prendre dans l’intérêt de la nation.
Comme on le voit, la crise est profonde. Les acteurs sont arc boutés sur leurs positions. Elles sont connues du reste. Les contempteurs de Zida demandent sa démission et lui refuse. Les sages visiblement n’ont pas pu, pour cette première journée de négociation, faire bouger les lignes.

La méthode Kafando
Les choses ont débuté dans la matinée du 9 juillet au palais de Kosyam. L’optimisme était de mise au regard du grand aéropage de sages que Kafando a dégoté pour l’aider à régler cette épineuse question. Alors que les OSC le pressaient de réunir les signataires de la Charte, le président Kafando a choisi de faire les choses dans la bonne vieille tradition burkinabè. Convoquer les Sages et non s’exposer aux intérêts divergents devenus presque inconciliables. La semaine qui a débuté le 5 juillet a été celle de toutes les polémiques et de tous les effets de manches. Principalement ce sont les OSC, sous la bannière de leur coordination, qui ont été les plus entendues. Les politiques sont intervenues mais de façon moins bruyante. Des deux, les OSC sont celles qui se sont montrées farouchement opposées à toute démission de Zida. Elles en ont fait un point «  non négociable  », au point de heurter parfois le président Kafando. A l’opposé les politiques ont plutôt conforté le président dans ses prérogatives. Ils lui ont dit qu’il était juge du maintien ou du renvoi de Zida. La seule condition c’était que la date du 11 octobre, pour le premier tour des couplées présidentielle-législatives n’en soit pas affectée.

Les hypothèses…
On peut penser deux choses. La première au regard de l’antagonisme manifeste au sein des signataires de la charte, Kafando a compris qu’il ne pouvait aboutir à rien de bon en les convoquant. Il a donc fait recours aux sages. Le comité était composé de 16 membres dont le président Kafando lui-même. Tout ce que le Burkina Compte de personnalités influentes y étaient, dont on peut penser que certains y étaient parce que amis à Kafando. C’est le cas de Pierre Claver Damiba et de Me Paceré. Le premier connait bien l’Etat et l’esprit militaire pour avoir travaillé avec le régime de Lamizana. Me Paceré c’est le grand « adviser » en droit du président. Autour de ces deux amis du président il y avait les religieux représentés par le Cardinal Philippe Ouédraogo et Mgr Paul Ouédraogo, pour l’Eglise catholique ; les pasteurs Samuel Yaméogo et Mamadou Karambiri pour les protestants ; Elhadji Omar Zoungrana et Souleymane Compaoré pour la communauté musulmane. Etaient aussi présents l’ancien président Jean Baptiste Ouédraogo et le représentant du Mogho Naaba.
Les sages ont mis les protagonistes face à face ; l’armée et Zida. L’armée était représentée par son chef d’Etat-major général. Ils avaient espéré que les deux arrivent à un compromis par eux mêmes. Mais les positions étaient pour ainsi irréconciliables. Vers 21 h, il a fallu constater que les deux ne pouvaient pas s’entendre. La séance a été levée. Un communiqué rédigé pour diffusion dans la même nuit, sur les antennes des medias nationaux pour rassurer les burkinabè.

Dès aujourd’hui la méthode change !
Comme les protagonistes ont échoué à parvenir à un compromis, les sages vont initier dès aujourd’hui une autre approche. La concertation va consister à interroger chacun sur les solutions de sortie de crise. Les mesures d’accompagnement éventuelles. A la fin, les sages devraient digérer tout ça et proposer ce qui arrange les intérêts de la nation. Les Burkinabè doivent donc attendre encore au moins une bonne semaine. Les concertations prenant fin lundi avec les partis politiques toutes tendances confondues, ex cfop et ex majorité. C’est après ça qu’ils vont soupeser les propositions et retenir, probablement dans un rapport, les solutions les plus idoines.

Par Newton Ahmed Barry

Extrait du communiqué qui a sanctionné les concertations du 9 juillet

(…) Le Président du Faso a introduit la réunion en précisant les objectifs à atteindre, à savoir la décrispation de la tension sociale actuelle, la sauvegarde de la paix sociale à travers l’unité et la cohésion de l’Armée et la poursuite du processus de la transition vers des élections apaisées en octobre 2015.
Après avoir félicité le Président de la Transition pour son initiative et suite à de larges échanges de vues, le Cadre de Concertation de Sages formule les recommandations suivantes :
Toute recherche de solution aux différents problèmes que connait notre pays devra s’articuler autour de la recherche de l’intérêt général et de l’avenir paisible de nos populations ;
Le consensus social sur lequel est fondée la Transition doit être sauvegardé et consolidé surtout à trois mois des élections devant conduire le Burkina Faso au retour à une normalité républicaine ;
En vue d’une concertation approfondie, le Cadre de Concertation de Sages a convenu d’ouvrir l’écoute, dans les plus brefs délais, aux Organisations de la Société Civile (OSC), aux partis politiques et aux différents corps de l’Armée ;
Par rapport au statut du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP), le Cadre de Concertation de Sages propose de garder le statu quo et de rechercher une solution définitive avec l’avènement de la normalité républicaine ;
Le Cadre de Concertation de Sages invite les Organisations de la Société Civile, les Militaires, les Partis Politiques, et l’ensemble des concitoyens et des concitoyennes burkinabè à faire preuve de retenue et de responsabilité pour donner à la Transition toutes les chances dont elle a besoin pour réussir dans l’intérêt général du peuple burkinabé
Le Cadre de Concertation de Sages saisit cette opportunité pour remercier toutes les bonnes volontés nationales, africaines et internationales qui accompagnent le Burkina Faso pour la réussite de son processus de transition.


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