Le Burkina est-il dans l’œil du cyclone ?

Publié le vendredi 17 juillet 2015

Le front intérieur se fragilise par des querelles byzantines. Le moral de la troupe est presque à zéro. Le Burkina n’a jamais été aussi exposé et fragile.
Ce sont les questions sécuritaires que nous allons devoir affronter dans les jours à venir. Le pays est-il prêt ?

Quelles sont ces menaces ?
Le basculement de notre pays dans l’œil des groupes islamistes s’est fait en deux temps.
En avril 2015, avec l’enlèvement du Franco-Roumain, mais sûrement français « adaptable » comme on dit chez nous, par le MUJAO, (ou les débris du MUJAO) et qui l’a vendu après du Mourabitoune de Belmocktar. Ce chef djihadiste anciennement commandant d’une Katiba de AQMI, dans le nord Mali, évolue aujourd’hui en électron libre. Mais il reste l’un des dangereux groupes islamistes, avec une excellente connaissance de l’espace Sahélo-saharien.
Le deuxième acte est celui du massacre en règle de nos braves soldats, membres de la MUNISMA au Mali, le 2 juillet dernier, dans les encablures de Goundam, précisément entre Goundam et Tombouctou. Une région autrefois sous le contrôle du commandant Abou Zeid de AQMI. Depuis il semble que les éléments de la Katiba qui ont survécu aux frappes françaises se sont réorganisés ou fondu dans le JUND El-Khalifa (les soldats du Khalifa). Cette nouvelle organisation avait un temps annoncé son allégeance à Al Baghdadi, le patron de l’Etat Islamique. Presqu’au même moment, Boko Haram prêtait allégeance au même Al Baghdadi. Une évolution très dangereuse. Surtout pour notre cas. L’attentat lâche et ignoble contre nos soldats est préoccupant parce que ces groupes n’agissent jamais au hasard. Si cet attentat nous a touché, c’est parce qu’il nous était destiné. Dans ce cas nous sommes devenus la nouvelle cible.

Comment l’expliquer ?
Il y a deux explications possibles. La première voudrait que ce soit une sorte de «  chacun son tour  ». Jusque-là c’était le Niger, le Tchad et les soldats maliens. Maintenant c’est notre tour, peut-être pour dissuader la montée en puissance du contingent burkinabè. Un nouveau régiment devrait incessamment rejoindre le front autour de Tombouctou. Une information qui a filtré dans le sillage du voyage de Kafando à Paris.

« Le front intérieur se fragilise par des querelles byzantines. Le moral de la troupe est presque à zéro. Le Burkina n’a jamais été aussi exposé et fragile  »

La deuxième pourrait s’expliquer, par la fin du régime Blaise Compaoré et les difficultés que rencontrent les anciens interlocuteurs des chefs djihadistes. En avril dernier nous avions écrit ceci : «  La chute de Blaise Compaoré a été très rapide. Moins de 48 heures. Il est possible que la fulgurance ait pris tout le monde de court. Y compris certains soutiens, qui, on s’en doute, s’ils avaient eu le temps de recouvrer leurs esprits, auraient tout mis en œuvre pour sauver le soldat Blaise Compaoré. Le protecteur trop sûr de lui, n’avait pas jugé bon mettre les unités supplétives en alerte. Il est parti sans demander son reste et la fourmilière a dû se disperser. C’est le cas par exemple d’un Mustapha Chaafi, qui a obtenu d’être exfiltré par les hommes de Zida pour rejoindre Abidjan. Les principaux chefs des mouvements rebelles et djihadistes ont déménagés en catimini et ont replié sur Niamey. Mais les hommes ne sont pas tous partis. Il a fallu se réadapter à la nouvelle donne. Jusqu’aux premiers couacs entre Zida et le RSP, en fin décembre 2014, ces groupes pensaient ne pas avoir des raisons de se préoccuper. La donne a changé du tout au tout, quand il est devenu évident que Gilbert et le RSP ont presque perdu la main. Jusque là sur le terrain, les chefs des groupes rebelles et djihadistes avaient eu des liens privilégiés avec les officiers du RSP. C’est le régiment de sécurité présidentielle qui a eu pour l’essentiel la mission de quadriller cette partie du territoire qui fait frontière avec le Mali  »
Depuis cette dernière crise, celle qui a commencé depuis le 28 juin, la fragilité de notre pays s’est accentuée. Les bisbilles RSP/Zida et l’accablement, sans discernement parfois dont le régiment est l’objet, ont mis le moral des troupes à zéro. Notre pays est aujourd’hui une cible facile. Il faut pour cela tout faire pour sortir de cette torpeur nationale. Lire aussi :http://sansdetour.blog4ever.com/articles?page=11.

Par Newton Ahmed Barry


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