Il faut arrêter ce nuisible petit jeu d’intérêts !

Publié le vendredi 17 juillet 2015

Le chef d’Etat-major particulier de la présidence du Faso vient de réagir, suite à la descente dans des studios radiophoniques d’éléments armés du RSP qu’il qualifie lui-même d’incontrôlés. Le communiqué laisse entendre cependant que ces éléments pourraient avoir agi sur des ordres « extérieurs  » dans le but de jeter le discrédit sur la troupe qui n’aurait pas quitté la caserne pendant les journées des 29 et 30 juin 2015, c’est-à-dire dans la période concernée par les faits. On a hâte de connaître les résultats des investigations annoncées pour en savoir davantage sur les tenants et les aboutissants de cette affaire. Mais il y a un problème. Qui sont ces investigateurs chargés de nous instruire sur les faits ? S’agit-il d’officiers de police judiciaire issus de la gendarmerie ou de la police ou de fins limiers du tristement réputé régiment de sécurité présidentielle (RSP) ? C’est une question d’une extrême importance pour au moins deux raisons qui sont étroitement liées. D’abord parce qu’elle traduit un souci d’impartialité et de vérité. Ensuite, dans les circonstances actuelles, elle révèle la volonté de ne pas s’écarter des bonnes pratiques républicaines. Quelle serait en effet la crédibilité d’une investigation diligentée par les hommes du RSP dans une querelle qui en apparence oppose les élites du même corps ?
Il nous revient que les dix militaires qui ont été arrêtés à la suite des déflagrations qui ont entouré l’interpellation à des fins d’audition des deux militaires du RSP sont l’objet de sévices. Certains auraient avoué sous le coup des choses qui incrimineraient gravement le premier ministre Zida. Malheureusement ces aveux extorqués en dehors d’une procédure impartiale, au dessus de tout soupçon ne peuvent être brandis comme des preuves. Tout simplement parce que les enquêteurs du RSP n’ont ni la légitimité ni l’autorité morale nécessaire pour conduire en toute impartialité une enquête de cette nature. Mais au-delà de cette incapacité, les Burkinabé ont leur opinion sur les hommes du RSP qu’ils soient pro ou anti Zida. On se souvient que dans l’affaire Zongo, le commando de barbouzes du RSP était passé à l’acte un certain 13 décembre 1998 au moment où les hommes étaient censés être en quartier consigné. L’argument est donc factice et historiquement inopérant. La réalité est que le RSP est un corps indiscipliné et toute son histoire le démontre à foison. N’ont-ils pas mis en fuite celui-là même qu’ils étaient censé protéger, c’est-à-dire Blaise Compaoré, alors président du Faso ? Plus grave encore, tous les soupçons de crimes politiques qui ont jalonné la 4ème république pèsent sur cette unité qui nous est aujourd’hui présentée comme la meilleure de notre armée.
Mais venons-en au fait qui interpelle aujourd’hui la nation entière. Dans son mémoire en défense contenu dans le rapport Diendéré-Kieré, il ressort que le RSP se positionne comme le meilleur garant de l’intégrité physique de nos institutions et en particulier de l’institution présidentielle. C’est du reste pour cela que ce rapport plaide à la fois pour son maintien et sa localisation dans l’environnement de Kosyam. Malheureusement les faits démontrent le contraire. Ce qui est vrai par contre, c’est que le RSP a décidé de braquer les institutions de la Transition. Celles-ci sont sommées d’obtempérer ou de vider le plancher (ce qui revient au même), pour faire place à un ordre RSP. Déjà le 30 décembre 2014, des éléments de ce régiment avaient extirpé le premier ministre de la salle du Conseil devant le président et les ministres. Puis ce fut la récidive du 4 février 2015. Là, le conseil des ministres avait même été annulé. Les faits parlent donc d’eux-mêmes. Le RSP voudrait se disqualifier comme la bonne gardienne des institutions qu’il ne s’y prendrait pas autrement. La menace est assurément gravissime. Le RSP ne laisse d’autre choix au peuple que la résistance. Le dictat qu’il veut imposer à la nation est inacceptable. Au-delà de la personne de Zida, c’est un cuisant affront qui est infligé au peuple tout entier. La question se pose aujourd’hui en ces termes : faut-il laisser le RSP liquider les acquis de l’insurrection populaire ? Une fois de plus, les chefs militaires de notre armée ont décidé de baisser la culotte devant le RSP. Ils l’ont fait une première fois le 31 octobre 2014 en capitulant honteusement devant Diendéré et ses hommes. Mais que personne ne s’y trompe. Le peuple burkinabé ne peut être vaincu ni même intimidé ! Il a montré qu’il sait prendre ses responsabilités quand il le faut. Mettons donc balle à terre pour parcourir le reste du chemin dans la sérénité. Il faut éviter à notre cher pays des épreuves inutiles.

Par Germain B. Nama


Commenter l'article (7)