Fête de la musique !

Publié le mardi 7 juillet 2015

Très belle initiative que de ‘’décréter’’ une journée consacrée à la musique. Jack Lang ministre de la culture du premier gouvernement socialiste de François Mitterrand, restera dans les annales de l’histoire culturelle mondiale pour cela. Partie de l’hexagone cette volonté a vite séduit les cinq continents au point que tous les 21 juin, depuis 1981, la musique fait sa fête dans les rues des villes et des campagnes. Cela a permis à de nombreux mélomanes de voir en live des artistes musiciens qui jouent habituellement à guichet fermé, dans des salles hors d’atteinte des bourses de l’étudiant de Zogona.‘’La musique adoucit les mœurs’’, ‘’la musique n’a pas de frontière’’, etc. De nombreux slogans et autres sentences montrent l’importance de la musique dans la cohésion sociale et le bien être psycho-social. En Afrique, elle rythme toutes les étapes de la vie. Les rites de passage (Baptême, initiation, mariage, funérailles, etc.) n’auraient pas de sens sans musique. La musique c’est la vie. Jadis, dès l’enfance, les tout-petits apprenaient à jouer un instrument que le plus souvent ils confectionnaient de leurs mains, avec des bouts de ficelles. Ceux qui n’avaient pas une dextérité particulière à faire sortir du bon son des boîtes de conserve, des cartons ou des fils de crins, savaient au moins donner de la voix sur des interprétations diverses. Puis, les choses ont évolué autrement. De nos jours,le constat est un paradoxe à plusieurs étages. « la télévision éduque les enfants » comme le chante mon ami Zedess. Et les jeux vidéo ne leur donnent plus le temps de se consacrer à une auto-formation musicale. Certains, très jeunes s’adonnent à des vices d’adultes. Pourtant,les gosses n’ont plus tellement besoin de crapahuter entre monts et vaux à la recherche de fils de fer pour confectionner une guitare de fortune. « Les chinoiseries » mettent à leur disposition des instruments tout à fait bon marché. De l’orgue à la guitare en passant par les flûtes, sans oublier les instruments traditionnels, chaque famille quelque soit son niveau de revenu peut s’offrir un instrument de musique pour l’éducation de ses enfants.
Le hic est que les préoccupations de ces jeunes sont tournées vers d’autres désirs. Même ceux qui ont la chance d’avoir à l’école des cours de musique, sont prompts à jeter la flûte, une fois les vacances venues. D’ailleurs ces cours de musique ne sont dispensés que dans certaines écoles ayant « un certain niveau de standing ». Pour celles ordinaires, sous la coupe de l’Etat, les enseignants de bonne volonté sont vite découragés par l’insuffisance des moyens mis à leur disposition. Il en est de même pour de nombreuses écoles privées où le fondateur rechigne à payer un enseignant supplémentaire pour une discipline facultative. Pendant ce temps, dans de nombreux pays au-delà des océans, le cours de musique ou de peinture est systématiquement inscrit dans les curricula des écoles. Résultat : dans les foyers, il existe au moins un instrument de musique comme élément de décor du salon, utilisé à l’occasion pour le plaisir de l’hôte du jour. Pourtant, « Ces gens-là » croient dur comme rock que tout Africain est potentiellement un artiste-musicien.
La réalité est que sous nos cieux, actuellement, l’apprentissage informel de la musique se perd aussi bien en ville qu’en campagne. Celui formel (de la maternelle au supérieur) est quasi-inexistant.La fête de la musique qui au fond signifie « Faites de la musique ! » vise aussi à montrer l’importance sociale de cet art. Elle doit en principe être l’occasion pour chaque individu qui sait tenir un instrument de musique de s’exprimer où il peut. Les pouvoirs publics doivent faciliter cela et profiter de l’occasion pour prendre des engagements nobles et pérennes : l’éducation musicale inscrite dans les curricula des écoles, comme discipline obligatoire.
Il est intéressant de noter que cette année encore, l’Institut français de Ouagadougou, et la commune de Ouagadougou ont permis aux mélomanes d’être de la fête en compagnie de talentueux artistes (Famille Bissongo, Dicko Fils, Yili Nooma, Bonsa…). Quant au ministère de la culture et du tourisme, il a joint l’utile à l’agréable. En plus des plateaux de spectacles dressés dans des endroits de la ville, c’est autour d’une table de réflexion que chercheurs et hommes de culture ont discuté sur la musique, avec au cœur du débat, le Balafon pentatonique senoufo. En rappel, les pratiques et expressions culturelles liées à cet instrument ont été considérées comme élément du patrimoine culturel immatériel de l’humanité et inscrit sur la liste représentative de l’UNESCO en 2012, pour le compte du Mali, du Burkina et de la Cote d’Ivoire. Plus qu’un instrument le balafon est pour de nombreuses communautés burkinabè un élément culturel et social d’importance… Et la fête fut belle !

Ludovic O KIBORA


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