Que sont devenus ces « fantassins » de Blaise Compaoré ?

Publié le mardi 7 juillet 2015

Alain Edouard Traoré, le mal-causeur

Diplomate de carrière, Alain Edouard Traoré s’est illustré au fil du temps comme un défenseur zélé du pouvoir de Blaise Compaoré. Devenu ministre de la communication en avril 2011 à la suite de la mutinerie militaire, il a confondu sa mission de serviteur de l’Etat avec celle d’un propagandiste non pas d’une politique mais d’un homme. On retiendra qu’au plus fort moment de la contestation sur la révision de l’article 37, il était monté au créneau pour croiser le fer avec les américains qui avaient exprimé leur hostilité aux révisions constitutionnelles qui visent à maintenir un homme au pouvoir. Il avait notamment rétorqué aux américains : « Les américains ne connaissent pas fondamentalement les constitutions des autres pays, ils connaissent la leur ». Une manière de leur dire qu’ils se mêlaient de ce qui ne les regarde pas. Plus près de nous, il s’était aussi montré méprisant envers les médecins burkinabé sur leur capacité à conduire une autopsie. Nous étions alors en pleine affaire Nébié. Voici ce qu’il déclarait : « L’autopsie va au-delà des kits ; vous pouvez avoir les meilleurs kits, mais si vous n’avez pas les hommes qu’il faut, ça ne va pas servir  ». Véritable professionnel de la mal-cause, il dira des marche-meetings du CFOP : «  ça ne nous empêche pas de dormir  ». Aux journalistes qui l’accusaient d’exercer des pressions sur eux pour orienter les contenus de leurs papiers, il rétorquera : «  Ce sont des menteurs !  ». Quand éclate la crise à la RTB sur l’affectation des crédits destinés au renforcement de l’organe, Alain Edouard est soupçonné de vouloir profiter de la manne pour sa campagne politique. Alors que tout le monde le donnait partant à l’occasion d’un remaniement ministériel effectué par Luc Adolphe Tiao, il est reconduit à son poste, sans doute pour service rendu. En période de guerre, on ne se sépare pas de ses meilleurs «  artilleurs  ». Cette image de fonceur aveugle a été sans doute déterminante dans les destructions de ses biens survenues à l’occasion des journées insurrectionnelles. Sans doute en raison de cela, Alain Edouard continue de craindre pour son intégrité physique. Il a erré pendant de longs mois dans un pays voisin mais il serait présentement rentré au Faso, à Bobo-Dioulasso où il habite. Il aurait eu quelques biens détruits. La maison paternelle aurait également subi des saccages à Banfora, les émeutiers ayant fait de la confusion. Voilà un cas dont devrait s’occuper les autorités de la Transition au nom de la réconciliation nationale.

Justin Koutaba, le flagorneur

Enseignant chercheur de philosophie, Justin Koutaba a été nommé ministre de la Jeunesse et de l’Emploi de janvier 2006 à avril 2011. Originaire de Guiloungou, village natal de Blaise Compaoré, il fait partie du cercle des inconditionnels. Pendant la longue grève du SYNADEC, le syndicat des enseignants chercheurs, il avait fait de son domicile le lieu de négociation entre des ténors de ce syndicat et François Compaoré. Justin Koutaba, c’est aussi l’homme aux formules chocs. Développant une flagornerie sans borne Il avait, s’adressant à Blaise à l’occasion de sa rencontre avec les jeunes dans la ville de Po : « Monsieur le Président, qu’il plaise à Dieu et à vous-même… que je prenne avec honneur et plaisir la parole pour m’adresser à vous, en ce jour d’une historialité à nulle part et à aucun temps égal… » Commentaire ironique de l’Evénement dans le N° 127 du 10 novembre 2007 : « Ainsi donc le moment historique constitué par la rencontre de Po est plus important que l’avènement de Jésus Christ et de Mahomet sur terre. Les Burkinabé apprécieront… »
Nommé ambassadeur à Abidjan, Justin Koutaba a été un temps au centre d’une mini-crise dite des cartes consulaires qui faillit l’emporter deux ans seulement après son installation. Il y a eu plus récemment la visite mouvementée et orageuse de Auguste Denise Barry, ministre de l’Administration Territoriale. Une certaine opinion l’avait soupçonné d’être l’instigateur officieux des troubles. Vrai ou faux ? Difficile de répondre mais les détracteurs de Justin Koutaba pour autant ne le lâchent pas. Ils l’accusent même d’être l’une des chevilles ouvrières d’une contre-révolution en marche depuis Abidjan. Et pourtant certaines sources le disent tellement traumatisé par l’insurrection à Ouagadougou qu’il n’a même pas osé rendre une visite de courtoisie à Blaise Compaoré arrivé en exil à Abidjan. Selon une source proche de Blaise Compaoré, ce dernier aurait tenu ce propos désabusé : «  Il fait ça mais on va l’enlever !  » Justin Koutaba serait-il alors un homme grillé recto verso ? L’enseignant chercheur n’est toujours pas revenu à Ouagadougou pour reprendre ses enseignements. Peut-être a-t-il peur des hommes d’Auguste Barry toujours prompts à «  dégainer  » sur les «  suspects sérieux  ». De fait, Koutaba serait selon certaines sources à la recherche d’un emploi au bord de la lagune Ebrié. Voilà donc un autre client pour le comité en charge de la réconciliation nationale.

Arsène Bongnesan Yé, l’indécis

Il est injoignable au téléphone depuis les événements d’Octobre 2014. Arsène Bognessan Yé est avec Naboho Kanidoua parmi les derniers Mohicans, qui ont accompagné Blaise Compaoré jusqu’au bout de ses lubies. Tous ceux qui connaissent ce médecin colonel ne peuvent qu’en être surpris. C’est un homme modéré, libre dans sa tête, intelligent et cultivé. Premier président de l’Assemblée nationale postrévolutionnaire, Arsène Yé avait fait montre d’une exceptionnelle clairvoyance dans son leadership parlementaire. Lorsqu’il revint aux affaires comme ministre d’Etat chargé des Réformes politiques, il reçut les félicitations de la 3ème conférence des présidents d’Assemblée de la Région Afrique de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie. Ancien chargé de mission de cette même institution, ce sont ses qualités et performances à ce titre qui ont été saluées. Il était «  l’un des plus actifs et plus actifs  » mais aussi celui qui «  s’est acquitté de ces délicates tâches avec abnégation et courage dans la recherche des solutions aux problèmes multiformes qui se posent à notre continent », souligne la note de félicitations. Il était donc un homme conscient non seulement de l’erreur voire même de la faute politique qu’il y avait à réviser un article constitutionnel pour servir les ambitions d’un homme mais bien plus, des risques pour la paix sociale que cela pouvait engendrer. Sans doute Blaise a-t-il joué sur sa crédulité et celle de bien d’autres en leur faisant croire qu’il ne réviserait pas l’article 37. En le disant, nous pensons à un homme comme Jean Léonard Compaoré qui nous avait fait une confidence en marge d’une émission que nous avons animé ensemble sur ImpactTV mais aussi à Djibril Bassolet qui s’était égosillé pour convaincre la communauté internationale que l’article 37 ne sera pas révisé. La faute politique de tous ces hommes-là, c’est de ne s’être pas démarqués dès qu’il est apparu clairement que Blaise était décidé à aller à la révision. Au lieu de cela, certains ont même cru devoir l’accompagner dans sa funeste décision. Aujourd’hui, Arsène Bongnessan Yé serait dans sa commune de Bereba où il redécouvre les joies d’une vie de campagne sans stress. Sans doute son temps est-il aussi mis à profit pour tirer les enseignements de son parcours politique qui a connu ses hauts mais aussi ses bas. L’homme fait partie de ceux qui auraient le plus chèrement payé leur compromission. L’essentiel de ses biens auraient été détruits au cours de l’insurrection. On dit que son épouse, professeur d’université aurait également perdu des biens immatériels (travaux de recherche, cours, documents précieux divers), préjudice incommensurable pour un intellectuel de sa trempe !

Hermann Yaméogo, le suiveur

Théoricien du tekré qui signifie le changement en langue mooré, Hermann Yaméogo s’est plutôt illustré par une troublante servilité à l’égard de Blaise Compaoré. Sa carrière politique se dessine en dents de scie. Tantôt opposant, tantôt vulgaire collabo disent certains, Hermann a fini par se convaincre que son avenir est plutôt avec Blaise. Là au moins croyait-il, il serait à l’abri du besoin et loin des aléas d’une vie d’opposant. Les jeunes insurgés d’octobre ont brutalement mis fin à son rêve de grandir à l’ombre de son protecteur. En effet, ces derniers se sont acharnés avec une exceptionnelle détermination contre ses biens meubles et immeubles. Tout ce qu’il possédait à Ouagadougou comme immeubles serait parti en fumée au point de faire de lui un homme sans domicile, obligé de vivre grâce à la générosité d’amis. Selon nos sources, depuis l’insurrection, il n’aurait pas remis les pieds à Koudougou. Blaise Compaoré qui semble soudain avoir perdu la mémoire n’aurait pas encore manifesté de geste de compassion à son égard, lui qui a scellé son sort au sien. Pas de coup de fil encore moins de subsides provenant de l’exilé d’Abidjan, selon une source informée. Conformément au célèbre principe de droit qui veut que nul ne puisse se prévaloir de ses turpitudes, difficile aujourd’hui au chantre du tékré de se plaindre de l’ingratitude des hommes. Il a tout simplement joué avec le feu et il s’est fait brûler. On a du mal à croire qu’il était à ce point dépourvu du sens de l’histoire. Alors qu’il était évident que le monde s’écroulait autour de Blaise, Hermann avait continué à s’accrocher au mythe du Blaise invincible. On se souvient qu’il avait même osé inviter le président à déclarer l’Etat de siège, persuadé qu’en face on préparait le pire contre eux. C’est sans doute sur cette base que Luc Adolphe Tiao a cru devoir prendre la réquisition spéciale complémentaire qui ordonnait aux forces de sécurité d’empêcher le désordre par la force, y compris par l’usage des armes. On comprend donc pourquoi l’homme s’est aujourd’hui retranché dans le silence, laissant son parti entre les mains de son vice-président et de son parent Noël. D’ailleurs quel avenir pour un parti satellite sans indépendance politique ni financière ? Le constat sur la vie d’un homme qui ne manquait pourtant pas d’atouts personnels est un échec cuisant. Le jugement de l’histoire a été cruel. Mais rien en ce bas monde n’est irrémédiable. Il est toujours possible de se relever s’il sait tirer les bonnes leçons de ses errements. Il peut encore faire amende honorable auprès du peuple qu’il a si profondément déçu. Nous avons encore en mémoire le souvenir de ce congrès convoqué à la hâte à Koudougou lorsque pour la deuxième fois Blaise lui avait fait un pied de nez en lui retirant l’ADF au profit de Gilbert Noël Ouedraogo. Il avait été victime une première fois d’une OPA sur le MDP, un parti qu’il avait créé, aux premiers moments du renouveau démocratique dans les années 90. Dans tous ces coups fourrés, Blaise Compaoré était à la manœuvre.
L’expérience personnelle d’Hermann Yaméogo devrait faire réfléchir tous ceux qui sont en politique. Les partis politiques se créent sur la base de convictions fortes. Tous ceux qui en font un fonds de commerce le paieront cher tôt ou tard. Quand on trompe le peuple, il faut espérer qu’il ne le découvre pas. Dans leurs revanches, les peuples sont en général impitoyables et aveugles. C’est ce qui s’est passé pour certains les 30 et 31 octobre 2014.

Par Germain B. Nama


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