Le Balai et Zida : L’entente cordiale est un vieux souvenir !

Publié le mardi 7 juillet 2015

La dernière sortie du Balai citoyen est évidemment conforme à sa raison sociale. Elle est une organisation de la société civile avec un champ assez large sur les questions des droits et de la gouvernance. Même si, comme beaucoup d’acteurs de l’insurrection, elle n’a pas su vite recadrer son rôle au lendemain des 30 et 31 octobre.
Il faut donc retenir de cette intervention deux aspects :
- La gouvernance d’abord, avec la question du RSP par le truchement du discours de Zida sur l’Etat de la nation. Il y a visiblement divergence irréconciliable des points de vue, sur le sort du régiment de sécurité présidentielle. Le fait en lui-même n’est pas nouveau. Sauf que le Balai se sent quelque peu floué, par un certain Zida qui comme Judas, de l’Evangile, n’a pas mis trois mois avant de se renier trois fois. La conférence de presse sur cette question exprime un constat de « désamour  » et une détermination, même solitaire, de continuer le combat pour obtenir la dissolution pure et simple du RSP. Ce qui paraît, au regard de l’Etat d’esprit du moment, une position solitaire et même maximaliste. Mais comme on dit au moins le Balai est à la hauteur de son péché.
Le deuxième aspect révèle des questions des droits humains et du refus de l’impunité. L’impunité d’abord avec l’exigence de juger les deux premiers responsables du régime déchu. Blaise Compaoré et Luc Adolphe Tiao, certainement pour leur responsabilité dans la mort des martyrs de l’insurrection. Parce que les «  martyrs  » honorés attendent deux choses : une justice qui ne semble pas se presser et une indemnisation de leurs ayants droits qui tarde à arriver. On ne voit pas en effet, comment une instruction sur ces morts pourrait se faire sans interpellation du président Compaoré qui a pris le projet de loi pour modifier l’article 37. Ensuite, Luc Adolphe Tiao qui a signé préventivement l’ordre d’engager l’armée dans la répression des manifestants avec autorisation de faire usage des armes à feu. Ces deux premiers responsables doivent répondre et puis par ordre décroissant les responsables militaires qui ont appliqué des «  ordres manifestement illégaux  »
Même si sur cette question d’indemnisation on se demande comment et quand les choses ont été décidées ? Une indemnisation ne peut résulter ou se confondre à l’aumône de l’Etat. Il faut qu’une instance habilitée en décide et indique les règles qui ont gouverné sa décision. Enfin, est-ce qu’une telle indemnisation pourrait valoir «  justice par défaut  », un peu à la manière de l’ex commission de RAM Ouedraogo qui imposait aux familles victimes le choix entre une indemnité ici et maintenant avec renonciation de poursuites ou le choix de demander justice et d’oublier l’argent.

« La conférence de presse sur cette question exprime un constat de « désamour » et une détermination, même solitaire, de continuer le combat pour obtenir la dissolution pure et simple du RSP »

Sur les malversations et l’argent mal acquis, Le Balai a parfaitement raison de demander des poursuites. Mais en attendant de faire ce qui est compliqué, pourquoi ne pas faire simple. Que l’Etat résilie les baux des nombreuses maisons qui appartiennent aux gourous de l’ancien régime. Surtout quand nombre de ces baux ont été passés de manière totalement illégale et sur des montants qui n’ont rien à voir avec les prix du marché. Que le gouvernement revoit les participations dans les mines et puis certaines prises illégales d’intérêts qui continuent de prospérer et d’irriguer les réseaux de maintien de l’ancien régime. Voilà des choses simples et que l’on peut faire ici et maintenant. Après avoir assaini le front intérieur, en ce moment on peut s’attaquer aux serpents de mer extérieure.
Enfin ! La position du Balai est au moins très claire sur les délais de la transition. En soutenant que «  Forcément, il faut que les élections se tiennent le 11 octobre…  ». Le Balai tranche dans le débat qui a cours actuellement. C’était nécessaire.

Par Newton Ahmed Barry


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