Promotion des droits humains au Burkina : Les pratiques communicationnelles du MBDHP décryptées

Publié le vendredi 17 juillet 2015

Les organisations de la société civile sont considérées comme «  l’âme de la promotion et de la protection des droits de l’homme  » foi de l’homme de droit ivoirien René Dégni-Ségui. Si le mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) s’inscrit dans cette dynamique, il était de bon ton de s’interroger sur ses pratiques de communication en la matière. La question a éveillé la curiosité de Samiratou Ilboudo qui y a consacré son mémoire de recherches en vue de l’obtention du diplôme de maîtrise en Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication. Le travail a été reçu et sanctionné par la note de 15/20

«  Quelle est la contribution de la communication du MBDHP dans la promotion des Droits Humains ?  » Telle est la question de départ que s’est posée la chercheuse qui était face au jury le vendredi 19 juin dernier pour présenter les réponses auxquelles elle est parvenue. Le travail, subdivisé en 2 grandes parties, avait pour objectif principal d’ «  analyser les pratiques de communication du MBDHP dans l’optique de la promotion des Droits Humains au Burkina  » convaincu que «  la communication du MBDHP inspirée des approches de la communication participative contribue à la promotion des Droits Humains.  » Dans la mesure où la connaissance des Droits Humains par les population n’est pas tributaire du niveau d’instruction, c’est au total 46 personnes scolarisées dont 24 hommes et 22 femmes, 34 non scolarisées avec 16 hommes et 18 femmes et 20 alphabétisées soit 10 hommes et 10 femmes qui ont été interrogés. Soit un échantillon de 100 personnes enquêtées dans la ville de Ouagadougou, l’espace couvert par l’étude.

Quelles pratiques de communication ?
Les réponses à la question de départ ont permis de découvrir les différentes pratiques de communication que le MBDHP utilise pour promouvoir les droits humains. L’ONG fait aussi bien dans la communication interne qu’externe. Au regard de la thématique, il y a lieu de s’intéresser à la communication externe qui est celle orientée vers le public. On retient donc la communication de proximité dont le but est de mieux répondre aux spécificités des attentes locales. On dit d’elle qu’elle a un rôle important dans le processus d’éducation en ce sens que l’effet de contact inter-humain qu’elle suscite permet d’influencer les comportements à risque et produire le changement. Dans cette dynamique s’inscrivent les activités de communication suivantes : les causeries-débats, les thé-débats, les théâtre-forums, les conférences publiques (en 2012 et 2013, les thèmes suivants ont été débattus : «  Situation des droits humains au Burkina Faso : acquis, limites et défis  » et «  la crise militaire et de gouvernance dans la sous-région ouest-africaine : quelles conséquences, leçons et perspectives pour les masses populaires ?  »), les vidéo-débats (après une conférence publique l’ONG fait une projection de film afin de renforcer la communication qui a été dite lors de la conférence), les émissions radiophoniques (spots publicitaires, conférences radiophoniques, débats radiophoniques). La communication de masse est l’autre type de communication externe utilisé. Cette communication étant l’ensemble des techniques contemporaines qui permettent à un acteur social de s’adresser à un public extrêmement large, en la matière, le MBDHP dispose d’une radio appelée « radio Liberté  », d’un journal «  Liberté  » et également d’un site web, une lucarne qui permet de retrouver des généralités sur l’ONG, des rapports annuels sur la situation des droits humains ou encore les déclarations faites par le MBDHP lors de certains évènements.
Le MBDHP fait ainsi usage des supports suivants pour faire passer ses messages : la boite à image, les cassettes, les dépliants, le téléviseur, les pièces de théâtre, les publications (tels que les rapports annuels sur les droits humains, des fascicules sur la citoyenneté et les droits et devoirs) et les canaux utilisés restent la radio (média de masse par excellence s’inscrivant dans l’oralité qui constitue la société), la télévision, les troupes théâtrales, les affiches, la vidéo. L’ONG tient également d’autres activités telles que les activités de formation et de plaidoyer qui se font aussi bien à l’intention des membres du comité exécutif national, des militants à la base et d’associations partenaires. Le plaidoyer se fait dans le cadre de la «  protection  » des droits humains. Ainsi, en 2012 et 2013, des plaidoyers sur les candidatures indépendantes ont été initiés afin de permettre à chaque citoyen de pouvoir participer à la vie politique du pays. Le refus des candidatures indépendantes est, selon le mouvement, « un déni de la démocratie (…) ». En 2013, c’est un plaidoyer pour l’adoption de la loi portant définition et répression de la torture (adoptée le 18 décembre 2013 par le parlement) qui a été initié.

Les impressions du public
Une bonne partie des enquêtés (94/ 100) a répondu par l’affirmative à la question : «  Connaissez-vous ou avez-vous déjà entendu parler des Droits de l’Homme ?  » Mieux, lorsque la chercheuse fait le croisement entre ceux qui ont entendu parler des droits humains et ceux qui connaissent le MBDHP sur les 94 personnes qui ont une connaissance ou des informations sur les droits humains, 68 l’ont appris à travers le MBDHP. C’est essentiellement lors des sorties médiatiques de la structure ou des émissions audiovisuelles que cette connaissance a pu s’opérer. En termes d’image du MBDHP, c’est également 68% qui affirment en avoir déjà entendu parler. Seuls 52 des 68 personnes ont pu définir la mission de l’ONG qui est «  la promotion et la défense des droits humains  »
Quand il est demandé aux 94 personnes connaissant ou ayant des informations sur les droits humains de définir les droits de l’homme, seuls 28,7% ont pu répondre. La grande partie se contentant de dire : «  les droits qu’une personne a ou ce que l’être humain doit avoir  » Cela s’explique du fait que «  la notion du droit est un terme juridique très complexe que même des personnes scolarisées ne sont souvent pas capables de définir  » fait savoir la chercheuse.
Sur un échantillon de 100 personnes seulement 9 dont 7 femmes ne savent pas avoir des droits quand il leur a été demandé : «  savez-vous que des droits vous sont reconnus ? » Il s’agit principalement de femmes dont « la vie se résume au foyer. » Tout compte fait, il ressort de l’étude que les personnes scolarisées ne sont pas toujours les mieux informées que celles non scolarisées. Cela dépend de l’intérêt que chacun accorde au sujet mis en exergue.
La chercheuse n’a pas manqué de relever des limites dans la communication de l’ONG dont l’absence d’une stratégie de communication, une faible implication des cibles dans le choix des sujets de débats, une faible segmentation des cibles, l’absence de suivi-évaluation des activités de communication. Et c’est en toute logique qu’il a été suggéré au MBDHP de prendre en compte ces faiblesses afin de toucher un large public.

Basidou KINDA


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