Procès Guiro : Contre mauvaise fortune, positivons !

Publié le vendredi 17 juillet 2015

A cor et à cri, les Burkinabé ont réclamé la tête de Guiro depuis la rocambolesque découverte des cantines à milliards. La justice burkinabé vient de leur faire écho, mais la réponse provoque de la grimace chez un grand nombre de Burkinabé. Guiro n’ira pas en prison et les condamnations pécuniaires ne semblent pas être à la hauteur des attentes populaires. Mais il nous faut mettre balle à terre. Nous ne sommes pas des juges et c’est aux juges que le peuple a délégué le pouvoir de juger, dans l’intérêt de la communauté toute entière. Il semble qu’au regard du dossier, il était difficile de faire plus. Arrêtons donc de pousser à la roue, au risque de transformer l’institution judiciaire en un machin que l’on pourrait manipuler au gré de nos humeurs.
Le procès Guiro est intéressant à plus d’un titre. D’abord, il révèle les failles d’une instruction qui est restée en chemin. Il était censé être le procès de la corruption mais il ne s’est attaqué, partiellement du reste, à un de ses maillons. Guiro a été condamné de la façon que l’on sait mais on a laissé filer les corrupteurs. Alors qu’ils étaient dans les mailles du filet (les Kaiser et autres Obouf avaient leurs enveloppes dans les malles), on a préféré les remettre à flot. Aucune excuse ne peut exonérer nos juges de cette faute. Cela s’appelle de la démission. Au temps des CDR, ils seraient tout simplement éligibles pour le poteau N°5. Pour bien moins que ça, nous avons-nous même été menacé de subir le supplice du fameux poteau N°5. Certes nous ne sommes plus dans un Etat d’exception mais c’est justement pour cela que la justice peut aller jusqu’au bout de sa logique.
Qu’est-ce qui explique la faiblesse congénitale du dossier d’accusation ? A notre humble avis, c’est certes parce que notre arsenal juridique est faible dans ce cas d’espèce, mais c’est aussi parce qu’on n’y a pas mis du sérieux ! Face à la batterie d’avocats du prévenu Guiro, il n’y avait que des Agents judiciaires du Trésor (AJT). Ces braves gens sont certes des juristes, mais ils ne sont pas des avocats. Les avocats bien plus que les AJT, sont rompus dans l’art de l’investigation judiciaire. Tous les observateurs à ce procès ont été unanimes : la défense a fait passer de très douloureux moments à nos juges. Inadmissible pour un dossier qui aurait pu être mieux bétonné. A quoi s’occupaient donc les responsables de la Transition, en particulier la chancellerie, pour ne pas veiller à la bonne préparation du procès ? On voudrait offrir une bonne et large porte de sortie à Guiro qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Mais ce procès dépasse largement la modeste personne de Guiro. De la part d’une justice transitionnelle, héritière d’une insurrection populaire, on est plutôt surpris de voir une telle légèreté entourer la préparation d’un dossier aussi emblématique. C’est tant mieux pour Guiro et les siens s’il s’en sort bien. Il est par contre assez intelligent pour ne pas faire du triomphalisme, car dans l’esprit de nombre de Burkinabé il reste un douanier corrompu qui a tout simplement bénéficié des failles de notre justice.

« A quoi s’occupaient donc les responsables de la Transition, en particulier la chancellerie pour ne pas veiller à la bonne préparation du procès Guiro ? On voudrait offrir une porte de sortie à Guiro qu’on ne s’y prendrait pas autrement. »

Ce procès offre cependant l’occasion de se pencher sur un corps de métier dont l’image est loin d’être fameuse. Difficile en effet de comprendre qu’un préposé de douane puisse en moins d’une année de carrière puisse construire maison et disposer de voiture, choses que des agents d’autres corps de métiers mettraient plus de dix ans à obtenir. Ni les primes et autres travaux supplémentaires (TS) ne peuvent expliquer un tel enrichissement exponentiel. Sur plusieurs maillons de la chaine professionnelle, il n’est un secret pour personne que la corruption y est ancrée. Il y a sans doute quelque chose à voir dans ces sanctuaires où la corruption est institutionnelle et légale. Qu’un directeur général puisse de sa position se faire remonter des sacoches d’argent à partir des postes frontaliers est une pratique établie. Cela n’est possible entre autre que par un pouvoir d’affectation qui fabrique par essence des obligés. Il faut aussi voir la pratique des cadeaux ; de la corruption qui ne dit pas son nom où l’on gagnerait à poser des règles. Si on ne le fait pas, on tombera dans l’abus. Guiro dit qu’on ne refuse pas de cadeau en Afrique. Mais quand le cadeau sent manifestement la corruption, il faut savoir refuser. Des exemples existent dans notre fonction publique où des responsables d’institution ont refusé des cadeaux. Ils indisposaient certes, mais c’est à ce prix qu’on peut assainir la pratique professionnelle. C’est une question de responsabilité. Il y a donc un chantier qui est ouvert. Certes, la loi anti-corruption a été récemment votée et il faut s’en féliciter. Mais c’est un instrument qui pourrait être complétée par d’autres réformes pertinentes dans nos administrations afin de limiter les failles d’où naissent les tentations et les pratiques corruptrices. Si l’on se servait du procès Guiro pour changer enfin les choses, alors il n’aura pas été vain !

Par Germain B. Nama


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