Il y a dix ans disparaissait Sangoulé Lamizana

Publié le jeudi 11 juin 2015

On se souvient encore comme d’hier et pourtant cela fait dix ans que le patriarche Lamizana a quitté sa terre natale, le Burkina Faso. Des activités commémoratives de cet anniversaire ont été organisées à partir du 23 mai 2015 pour culminer en apothéose le mardi 26 mai 2015. C’est en effet le 26 mai 2005 que le général a quitté ce monde. Au cours du grand doua qui a eu lieu à son domicile de la zone du bois, plusieurs personnalités lui ont rendu un hommage poignant.

On ne peut parler de cet homme sans émotion tant il était grand par sa simplicité et son humilité, mais aussi par son œuvre dont on parle peu à la tête de la Haute-Volta, alors qu’il a été véritablement celui qui a posé les jalons de la modernisation du pays.
D’abord il a été un exemple d’humilité et de simplicité. C’est maître Pacéré qui raconte combien il a été confus d’apprendre par son agent de liaison que le président Lamizana demandait à être reçu. Alors qu’il croyait qu’il s’agissait d’un rendez-vous dont la date était à convenir, ce dernier lui annonce que le président est assis à la salle d’attente. C’en était trop pour le moaga pur-sang qu’il est. Monsieur le président, vous auriez pu me convoquer lui avait-il dit ! Le vieux Samo l’écouta d’un air amusé et ne se gêna nullement pour lui refaire le coup. La logique du vieux était simple. C’est lui qui avait besoin des services de maître, alors il n’y a pas de raison que ce soit lui qui vienne le voir. Un jour à la fin d’un atelier organisé, je crois en 1997 à la salle de conférence du PNUD par IDEA (Institute for Democracy and Electoral Assistance), nous étions dans le hall dans l’attente de percevoir nos perdiems. Le président Lamizana qui était participant à cet atelier comme nous attendait tout bonnement avec nous en compagnie de son vieil ami Touré. Il a fallu que quelqu’un aille discrètement prévenir le billeteur. Cela nous a tout de suite renvoyé l’image d’un certain Charles Bila Kaboré, père de l’autre que nous avons aperçu un jour en banque dans le rang pour toucher son chèque. Nous avions vite fait de prévenir le chef d’agence, qu’il y avait un ancien gouverneur de la BCEAO dans la file. Et dire que son fils fut même un ancien directeur général de cette banque. Ce sont là des exemples qui témoignent de valeurs essentielles qui sont aujourd’hui en perdition.
Lamizana n’était pas seulement l’incarnation des valeurs d’humilité et de simplicité. Il était aussi un bâtisseur. Il est à l’origine des projets de grands barrages sur le Noumbiel ou la Kompienga, mais aussi le projet Tambao pour l’extraction du manganèse. La construction de OUAGARINTER, une gare routière de classe A, première dans la sous-région avec de grands entrepôts sous douane, des bâtiments administratifs pour la Douane et les déclarants en Douane ainsi qu’une succursale de la chambre de commerce. Le CCVA est aussi une œuvre du président Lamizana. A l’origine c’était un centre de visite technique des véhicules de transport de marchandises en provenance des ports. Il a été par la suite étendu à tous les véhicules du pays. Air Volta était sous Lamizana un fleuron sous régional en matière d’aéronautique. Elle a été reconnue comme la meilleure compagnie nationale sous régionale tant par ses prestations que par sa gestion. Son chiffre d’affaires avait été multiplié par 5,5. La compagnie reçut les félicitations au cours du sommet des chefs d’Etat réunis à Lomé en 1980. Il faut aussi mentionner la création de la SONABBHY, une approche rationnelle en matière d’approvisionnement et de gestion des stocks d’hydrocarbures. En matière de routes, le pays construisait 98 km de routes bitumées par an. Il était classé 3ème dans la zone UEMOA après la Côte d’Ivoire et le Sénégal qui en faisaient 100 km/an.
Enfin Lamizana était un exemple d’intégrité. Un de ses ministres témoigne : « Comme ministre responsable des lotissements, il ne m’a jamais demandé une parcelle ni pour lui ni pour sa femme ni pour ses enfants et d’autres relations. On ne lui connait ni une société ni une compagnie ni une activité privée pourvoyeuse de richesses. .. Un jour l’ambassadeur des Etats unis d’Amérique, Robert Graham, en fin de séjour alla lui rendre une visite de courtoisie et lui demanda : que puis-je faire pour vous, vous qui ne demandez jamais rien ? Lamizana lui répondit : une école à Di. Et il en fut ainsi. » Lamizana a présidé aux destinées de la Haute-Volta, quatorze ans durant. Ila été renversé en 1980 par le coup d’Etat du colonel Saye Zerbo qui a institué le Comité Militaire de Redressement pour le Progrès National. Le coup d’Etat des capitaines qui intervient en août 1983 l’a mis aux arrêts et l’a déféré devant le tribunal populaire de la révolution. Cela a provoqué une indignation quasi générale. Les voltaïques en masse se sont pressés devant le tribunal pour témoigner à sa décharge. C’est la reconnaissance du peuple au bon père de la nation qu’il a été.
Le 26 Mai dernier, les Burkinabè ont été nombreux à s’associer à l’hommage qui lui a été rendu à son modeste domicile de la zone du bois. Le rappel de ce qu’a été sa vie fut pour tous et particulièrement les jeunes un moment d’introspection autour des valeurs humaines et sociales qu’il nous laisse en héritage. Qu’elles inspirent les Burkinabè dans le monde qui est aujourd’hui le leur et qu’ils ont tant de mal à conduire.

Sources : discours du colonel Mamoudou Ouedraogo, ancien ministre des TP sous Lamizana
Allocution improvisée de Maître Pacéré Titinga Frédéric


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