Commune de Guibaré : Sawadogo contre Sawadogo

Publié le jeudi 11 juin 2015

Le premier s’appelle Raoul. Il est député au Conseil national de la Transition siégeant au compte de l’ODT. Le second, lui s’appelle Karim, ex maire de Guibaré, leur commune d’origine. Raoul Sawadogo fait l’objet de polémiques. Certains estiment qu’il abuse de son titre de député. Le mis en cause s’en défend, stoïque.

«  Il a changé depuis qu’il est devenu député.  » «  Son pouvoir est lié à l’insurrection.  » C’est de cette façon que des habitants parlent de Raoul Sawadogo à Guibaré. Pour ces personnes, le député abuse de son pouvoir et sème le trouble dans la commune. Une chose qu’elles ne conçoivent pas. Lui qui jusqu’à un passé récent n’était que simple secrétaire général de son parti (Organisation démocratique du Travail/ ODT). Parlant des troubles, on les situe principalement à deux niveaux : l’organisation de l’OSEP (organisation sportive des écoles primaires) et les menaces proférées à l’endroit du préfet par ailleurs président de la délégation spéciale.
Guibaré le 16 mai 2015, c’est la finale de l’OSEP. Les organisateurs sont à pieds d’oeuvre pour l’apothéose de ce grand rendez-vous sportif pour le monde scolaire. Le parrain c’est Karim Sawadogo, l’ex maire (il a perdu son poste suite à la décision de Zida de dissoudre les conseils municipaux). Pour la troisième fois consécutive, ce maire, enseignant de profession, parraine l’événement. Cette année il n’aura pas droit à un discours en sa qualité de parrain. En effet, vers 14 heures ce 16 mai, il reçoit des appels manqués de l’inspecteur de la circonscription de Guibaré. Il rappelle ce dernier. «  Le député CNT (Raoul Sawadogo : ndlr) m’a menacé en disant -que si le parrain prend la parole il va faire descendre les enfants sur le terrain  » rapporte ainsi Karim Sawadogo. Il attribue ces propos à l’inspecteur d’éducation de la circonscription de Guibaré, Toussida Ouédraogo. L’information n’a pas été confirmée ni infirmée par l’intéressé. Monsieur -Ouédraogo ne veut plus se prononcer sur l’incident. «  Tout est rentré dans l’ordre. On a pu organiser la finale c’est le plus important  » se contente-t-il de dire. Seul son conseiller pédagogique, Charles Macaire Bambara reconnait que de façon implicite «  le député a refusé que le parrain prenne la parole.  » La réponse de Karim Sawadogo a été que «  si le fait que je ne prenne pas la parole va permettre à la finale de bien se passer je ne trouve pas d’inconvénient. » Raoul Sawadogo ne reconnait pas avoir menacé de faire descendre les enfants sur le terrain si l’ex maire prend la parole en sa qualité de parrain. En tout cas, il rejette tout en bloc : «  je n’ai jamais dit cela  » Pourtant, il a bel et bien parlé. Qu’a-t-il dit au juste ? Il a sa version des faits. En début d’année, les fonctionnaires ont décidé de présenter leurs vœux à madame la préfète.
Le choix est vite porté sur le député Raoul pour être le parrain de cette cérémonie. Selon ses dires, l’ex maire a dit à l’inspecteur Toussida Ouédraogo (président du comité d’organisation) ce qui suit : «  Si Raoul doit prononcer un discours moi (l’ex maire) et ma délégation ne viendrons pas  » Le parrain a fini par trouver une excuse pour ne pas être de la partie : «  j’ai dit que j’étais empêché  » La conséquence est qu’il n’a pas pu prononcer son discours. La finale de l’OSEP est donc le moment de prendre sa revanche en empêchant Karim aussi de prononcer son discours de parrain. Il fait donc le rappel à l’inspecteur : « Si vous maintenez vos décisions le parrain ne doit pas prononcer de discours  » Ce serait donc ce qu’il a dit à l’inspecteur. « J’ai rendu la monnaie sans menace  » conclut-il.

Des menaces à l’endroit du préfet

Pour certains, le député Raoul Sawadogo manque du respect à l’autorité locale (la préfète) et la menace à la limite. Quand il s’adresse à la préfète Raoul a un ton menaçant même au téléphone. «  Le ton est tout le temps élevé  » dit-on. Monsieur Sawadogo reconnait cet état de fait. «  Chacun a sa manière de s’exprimer. Mon ton peut être considéré comme une menace. Je reconnais avoir le ton toujours élevé. C’est peut-être un défaut mais c’est ma nature. » Sa dernière «  menace  » daterait du lundi 25 mai dernier. Il arrive en effet à la préfecture où se trouvait la préfète, un journal en main, et lui demande : «  C’est vous qui avez dit cela dans le journal ?  » La préfète dit ne pas se reconnaître dans les propos qu’on lui attribue dans le journal dans la mesure où ce dont il est question s’est déroulé en son absence. Monsieur Sawadogo de lui faire savoir aussi sa force de frappe : «  Moi aussi je peux écrire dans un journal  » Le député ne nie pas ces propos qu’on lui attribue. Il les a vraiment tenus mais dans un autre sens. « Je peux aller écrire ma part de vérité dans la presse mais cela ne sert pas les intérêts de la commune »Les propos litigieux portent sur l’élection du nouveau comité de jumelage de la commune. C’était le 16 mai, jour de la finale de l’OSEP. Mais cette activité se tenait le matin. Monsieur Sawadogo est le président sortant. A l’ordre du jour il y avait le bilan moral, financier et le renouvèlement du bureau. Les deux premiers éléments inscrits à l’ordre du jour étant évacués, il faut procéder au dernier : le renouvèlement des membres du bureau. Les choses dégénèrent. Selon Lassané Ouédraogo, premier adjoint au président de la délégation spéciale (PDS), « les gens ne s’attendaient pas à cette situation. Ainsi, ils ont commencé à fermer les fenêtres et les portes. Au regard donc de la situation, la préfète qui était absente de Guibaré est vite informée. Elle ordonne qu’on arrête et qu’on reporte à une date ultérieure.  » « Non, on ne peut pas reporter. Que le préfet prenne ses responsabilités  » rapporte ainsi Lassané Ouédraogo, des propos attribués au député Sawadogo. Il dit ne pas se reconnaitre dans ces élocutions. Il sait au moins qu’il a posé la question à la préfète dans ce sens, au téléphone : «  Qui vous a dit que ça chauffe ? » Celle-ci aurait répondu : «  de toutes les façons il faut reporter  » Ce qui est fait jusqu’à ce jour sans suite.
Le député aurait également mis en garde la préfète en ces termes au sujet de Karim Sawadogo : « Si la préfète convie une prochaine fois l’ex maire à une rencontre de Bissa Gold, elle va fuir et laisser ses talons ». La société minière a en effet occupé des terrains de certaines personnes. Il y a un comité technique qui est mis en place pour suivre le dédommagement des personnes concernées. Karim Sawadogo faisait partie de ce comité en sa qualité de maire. Raoul Sawadogo qui ne reconnait pas avoir tenu les propos qu’on lui attribue livre sa version des faits. Il admet être intervenu au sujet de l’ex maire. Il a juste fait la remarque selon «  laquelle Karim Sawadogo intervenait en tant que maire. Maintenant qu’il ne l’est plus il n’a plus sa raison d’intervenir.  » A regarder la scène, elle est semblable à un combat d’éléphants et l’herbe va en pâtir.

Par Basidou KINDA (Envoyé spécial )

Une guerre fratricide sur fonds de divorce politique

La relation entre les cousins Karim et Raoul Sawadogo est dégradée. Au fonds, se cache une dissension politique qui explique que- les deux se regardent en chien de faïence. Une situation qui ne va pas sans conséquence sociale tant chacun d’eux a ses «  gars  ». Karim Sawadogo était du CDP jusqu’en 2012 année où il dépose ses bagages à l’ODT et bat campagne sous les couleurs de ce parti à la quête de la Mairie de Guibaré. Ses efforts ont payé. Il est élu maire. Mais avec l’insurrection populaire d’octobre 2014 la décision tombe : tous les conseils municipaux sont dissouts. Les maires sont au chômage. Karim Sawadogo quitte l’ODT avec la grande majorité pour ne pas dire tous les conseillers dudit parti pour s’installer au MPP. Aujourd’hui, l’ODT de Raoul Sawadogo (il est le secrétaire général de ce parti depuis 7 ans à Guibaré) n’existe quasiment plus. Il dira alors : « je n’ai plus de force  » Au sujet de Karim Sawadogo il lâche : «  je l’ai appelé et il m’a fait (il l’a amené à l’ODT) ». Les messages «  SMS  » échangés témoignent réellement du climat qui prévaut désormais entre les deux amis d’hier et traduisent dans une certaine mesure la tristesse qui se lit dans l’âme du député Sawadogo. « Je vous avoue que la date de votre démission (de l’ODT) me condamne à penser ainsi cela est confirmé par l’opinion publique. Cela sous-entend que vous avez bien sûr perdu ma confiance placée en (vous) depuis des années même avant que vous ne soyez Maire (…)  » a-t-il envoyé à Karim Sawadogo. Par moment, les messages accusent l’ex maire d’une certaine jalousie envers Raoul Sawadogo pour son siège au CNT. «  Monsieur le Maire, votre départ de l’ODT, même si c’est une coïncidence (intervenu le jour de la confirmation définitive de Raoul à siéger au CNT) me fait croire comme plus d’un que c’est mon choix au siège du CNT qui n’a pas plu à vous et à vos conseillers. N’ayant pas la moindre force je vous souhaite bon vent. Raoul  » Quelque part, Raoul Sawadogo semble être délaissé par ses plus proches parents. En témoigne le contenu de ce message envoyé à l’ex maire : «  Bonsoir monsieur le maire. Je voudrais vous chuchoter de tout bas à l’oreille. S’il plait à Dieu la mairie sera encore dans votre main. J’utiliserai toutes mes connaissances pour vous aider. Vous savez que le député est mon petit frère mais je ne peux pas travailler avec ces genres d’hommes (…)  » Qu’à cela ne tienne. Raoul Sawadogo semble ne pas avoir de perspectives politiques, sauf cas de force majeure. «  Après la transition, je retourne à mon poste (conseiller d’éducation)  » C’est peut-être aussi la mort assurée de l’ODT dans cette commune rurale de— Guibaré.

B K


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