Grippe aviaire : Quels risques pour la santé des humains ?

Publié le jeudi 11 juin 2015

En moins d’une décennie, la grippe aviaire a fait son apparition au Burkina pour la deuxième fois. Elle est à nouveau présente depuis le début du mois d’avril 2015. La question qui mérite d’être posée c’est le risque de cette épizootie sur la santé humaine.

La grippe aviaire est une maladie infectieuse, très contagieuse, affectant la volaille domestique et les oiseaux sauvages. Elle est causée par un virus et entraine une mortalité très importante et rapide dans les élevages infectés et contre laquelle il n’y a pas de traitement à nos jours. Il s’agit également d’une maladie pouvant affecter les personnes en contact étroit avec les oiseaux malades ou morts. Le Burkina est une référence en matière de consommation du poulet aussi bien par les nationaux que les personnes venues d’ailleurs. Malgré la prudence recommandée par les autorités, les habitudes sont telles que la consommation de la viande de poulet ne faiblit pas. Les maquis et restaurant persistent à servir et vendre du poulet aux clients qui en manifestent le désir bien que l’on ait pris au préalable le temps d’examiner la santé de ces poulets. Face à ce constat le Ministre des ressources animales dans un communiqué a précisé que l’on peut continuer à manger le poulet mais la seule condition est de s’assurer qu’il est cuit à une température très élevée permettant de tuer le germe. Un exercice très difficile pour les fins gourmets.
La plupart des virus aviaires n’infectent pas l’homme ; toutefois, certains sous-types comme le H5N1 et A(H7N9) ont causé de graves infections chez des êtres humains. La majorité des cas humains d’infection à A(H5N1) et A(H7N9) qui ont été recensés étaient associés à des contacts directs ou indirects avec des volailles contaminées, vivantes ou mortes. Il n’existe aucune donnée tendant à prouver que la maladie puisse être transmise à l’homme par des aliments convenablement cuits. La première mesure à prendre pour faire diminuer les risques pour l’homme est d’endiguer la maladie chez l’animal. Les virus hautement pathogènes entraînent des taux de mortalité élevés (jusqu’à 100% dans un délai de 48 heures) chez certaines espèces de volailles
Le sous-type A(H5N1) a infecté pour la première fois des êtres humains en 1997, lors d’une épizootie touchant la volaille à Hong Kong. Depuis sa réémergence à une vaste échelle en 2003 et 2004, ce virus aviaire s’est propagé de l’Asie à l’Europe et à l’Afrique et s’est durablement enraciné dans les populations de volailles de certains pays, provoquant des millions d’infections chez ces oiseaux, des centaines de cas humains et de nombreux décès chez l’homme.
Le sous-type A(H7N9), un virus de la grippe aviaire faiblement pathogène, a tout d’abord infecté trois personnes, deux habitants de la ville de Shanghai et un habitant de la province de l’Anhui, en mars 2013. Aucun cas d’infection à virus A(H7N9) n’a été notifié en dehors de la Chine. Les mesures de confinement, dont la fermeture des marchés d’oiseaux vivants pendant plusieurs mois, ont eu des effets sur les secteurs agricoles des pays touchés et le commerce international. Il sera nécessaire de poursuivre la surveillance du virus A(H7N9) pour détecter et endiguer sa propagation.
Le fait que le A(H5N1) et le A(H7N9) continuent à circuler parmi les volailles d’élevage en particulier à l’état endémique représente une menace persistante pour la santé publique, car ces virus ont à la fois le potentiel de causer de graves maladies chez l’homme et la capacité de muter sous une forme qui est davantage transmissible d’homme à homme.

Comment se manifeste la maladie ?

Chez l’homme, le taux de mortalité lié aux infections par les virus A(H5N1) et A(H7N9) est beaucoup plus élevé que celui imputable à la grippe saisonnière. Le virus A(H7N9) touche particulièrement les personnes présentant des affections médicales préexistantes. Chez de nombreux patients, la maladie induite par le virus A(H5N1) présente une évolution clinique particulièrement brutale, avec une dégradation rapide de l’état du malade et un taux de mortalité élevé. Comme la plupart des maladies émergentes, la grippe A(H5N1) chez l’homme est mal connue.
La période d’incubation de la grippe aviaire A(H5N1) est vraisemblablement plus longue que celle de la grippe saisonnière, pour laquelle elle est de l’ordre de deux à trois jours. Les données actuelles concernant l’infection à A(H5N1) indiquent une période d’incubation de deux à huit jours et pouvant parfois aller jusqu’à 17 jours. Parmi les premières manifestations, on observe une forte fièvre avec une température généralement supérieure à 38°C et d’autres symptômes de type grippal (toux ou mal de gorge). Chez certains patients, les premiers symptômes peuvent être aussi des diarrhées, des vomissements, des douleurs abdominales ou thoraciques et des saignements du nez et des gencives.
Chez de nombreux patients, on observe une atteinte des voies respiratoires inférieures dès le début de la maladie. Une détresse respiratoire, un enrouement et des craquements à l’inspiration sont fréquemment observés. La production d’expectorations, parfois sanglantes, est variable. On trouve dans les complications des infections à virus A(H5N1) et A(H7N9) l’hypoxémie, de multiples dysfonctionnements organiques et des surinfections bactériennes et fongiques.

Comment traiter la maladie ?

Chez les cas présumés, un traitement par l’oseltamivir doit être prescrit aussi vite que possible (idéalement dans les 48 heures suivant l’apparition des symptômes) pour maximiser les effets thérapeutiques. Toutefois, compte tenu de la forte mortalité actuellement associée à l’infection à A(H5N1) et A(H7N9) et des données indiquant une réplication prolongée du virus dans ces maladies, l’administration de ce médicament doit aussi être envisagée chez les patients qui consultent à un stade plus tardif de l’évolution de la maladie. L’administration de corticoïdes n’est pas recommandée.
En cas d’infection sévère à A(H5N1) et A(H7N9), les médecins peuvent envisager d’accroître la dose quotidienne recommandée et/ou la durée du traitement. Chez les patients gravement atteints d’infection à A(H5N1) ou A(H7N9) ou ceux présentant de graves symptômes gastro-intestinaux, l’absorption du médicament peut être entravée. Ce problème doit être envisagé lors de la prise en charge de ces patients. De plus, la plupart des virus A(H5N1) et A(H7N9) sont résistants aux antiviraux de la classe des adamantines dont l’administration n’est pas recommandée.

Facteurs de risque pour l’infection humaine

Le principal facteur de risque d’infection humaine semble être l’exposition directe ou indirecte à des volailles infectées, vivantes ou mortes, ou à des environnements contaminés. Il est essentiel de contenir la circulation des virus A(H5N1) et A(H7N9) chez les volailles pour réduire les risques de transmission à l’homme. Compte tenu de la persistance des virus A(H5N1) et A(H7N9) dans certaines populations de volailles, cette lutte nécessite un engagement à long terme des pays et une bonne coordination entre les autorités de santé animale et de santé publique.
Il n’existe aucune donnée permettant de penser que les virus A(H5N1) et A(H7N9) peuvent être transmis aux êtres humains par des volailles ou des œufs, s’ils sont convenablement préparés. Quelques rares cas humains de A(H5N1) ont été mis en relation avec la consommation de mets préparés avec du sang de volaille crue contaminée. Toutefois, les activités consistant à abattre, à plumer ou à manipuler des carcasses de volailles infectées ou à préparer ces volailles en vue de leur consommation, en particulier dans le cadre familial, sont probablement des facteurs de risque.
Les virus aviaires A(H5N1) et A(H7N9) demeurent des virus grippaux à potentiel pandémique, car ils continuent à circuler à grande échelle dans certaines populations de volailles. La plupart des personnes ne sont probablement pas immunisées contre ces virus qui peuvent occasionner chez eux de graves maladies et des décès. On ignore toutefois si le virus grippal A(H7N9) pourrait véritablement provoquer une pandémie. L’expérience a montré que certains virus grippaux de l’animal, infectant occasionnellement l’homme, n’ont pas entraîné de pandémie, alors que cela a été le cas pour d’autres. La surveillance et les investigations actuellement en cours apporteront certaines des informations nécessaires pour déterminer ce point. En dehors de l’A (H5N1) et de l’A (H7N9), d’autres sous-types de virus grippaux infectant l’animal, y compris le virus aviaire H9 et les virus porcins H1 et H3, ont pu à l’occasion infecter aussi des êtres humains. Le virus H2 peut également représenter une menace de pandémie. Il convient par conséquent de tenir compte, dans la planification des ripostes aux pandémies, des risques d’émergence de divers sous-types viraux d’origines variées. Soyons donc vigilants.

Michaël Pacodi
pacomik@yahoo.fr


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