Notre justice est maintenant atteinte d’apoplexie !

Publié le jeudi 11 juin 2015

Bientôt un mois que les jugements ne se tiennent plus. Les actes de justice ne sont pas établis. Or dans une démocratie, la justice est le troisième pouvoir. Comment appelle-t-on, un pays où les jugements ne sont plus rendus ? Un pays atteint d’apoplexie. C’est exactement le cas du Burkina où les greffiers, un rouage important de la justice, sont en grève. Un mois de grève déclenchée depuis le 11 mai et qui a été reconduite pour un nouveau mois.
Tout ça pour un statut laborieusement obtenu et qui tarde, depuis 2012, à produire des effets pour les intéressés. Les greffiers ont réclamé et obtenu de traduire dans les faits un statut qui leur ait reconnu par la Constitution et tous les traités pertinents que notre pays a signé. Notamment le fameux OHADA. Le combat a été long. Il a duré près de 21 ans. Si pour les autres catégories de personnel de la justice, les choses sont allées de soit. Pour les greffiers il en va tout autrement.
Ils ont le statut depuis 2012, mais pour l’instant il ne leur sert à rien. Les décrets d’application, qui sont au nombre de trois, s’arrachent au prix d’efforts herculéens. Il a fallu des sit-in et plusieurs grèves de 72 heures pour qu’un premier décret soit pris. Un petit pas insuffisant pour faire produire des effets au Statut.
En faits, il reste les deux « décrets utiles » à prendre. Ceux qui améliorent les rétributions avec des changements indiciaires et la fixation des indemnités. Pour ces deux décrets utiles, les greffiers sont visiblement contraints de dégainer l’artillerie très lourde. Des grèves mensuelles. La première a commencé depuis le 11 mai. Elle devrait se poursuivre jusqu’au 11 juillet. Pendant ce temps, tant pis pour ceux qui ont besoin des actes de justice. Normalement le service des passeports devrait être en chômage technique puisque les casiers judiciaires ne sont plus délivrés. Sauf réquisition exceptionnelle. Et à ce propos, les greffiers se plaignent de l’absence de solidarité des juges dont certains jouent même les huissiers pour les traquer jusqu’à leur domicile. Pourtant, pour constituer une formation de jugement, s’il faut un juge, il faut aussi un greffier sinon la formation ne peut pas valablement statuer. Mais il semble que les relations juge/greffier a souvent l’allure de relation de coépouse. La prise des deux décrets achoppe sur les questions de manque d’argent selon les finances.
Or, les greffiers ne sont pas nombreux, une petite tribu de 400 membres environ sur l’ensemble du Burkina.

« C’est quand même consternant que dans un pays, les tribunaux s’arrêtent de travailler pendant un mois et apparemment personne ne trouve ça scandaleux  ».

Les greffiers, petite tribu, mais rouage important de la justice se débattent donc sans une perspective de résolution de leur problème. Aujourd’hui, ils mettent la hiérarchie de la justice mal à l’aise qui à son tour les couvre de tous les quolibets possibles. Dans ce bras de fer les greffiers pensent que leur bourreau, c’est le secrétaire général de leur ministère, qui ne cesse de les menacer. Pourtant, Joséphine Ouédraogo, la Garde des Sceaux, avait promis régler leur problème. Mieux elle avait annoncé une équité dans les nominations qui avait réjoui mais qui, comme le statut, tarde à se traduire en réalité.
Le ministère du budget trouverait les effets induits par le statut des 400 greffiers trop lourd financièrement. C’est l’austérité dit Mme Picsou. Mais dans le même temps elle peut-être Mère Theresa quand il s’agit des siens. Les greffiers manquent de s’étouffer quand ils apprennent que Madame la ministre délégué au Budget, Madame austérité, n’est pas si austère que ça avec les siens et avec elle-même, dont les innombrables missions ne se font pas « aux cacahuètes et au zom kom ».
C’est quand même consternant que dans un pays, les tribunaux s’arrêtent de travailler pendant un mois et apparemment personne ne trouve ça scandaleux.
Mais comme les échéances électorales approchent, quand les candidats aux différentes élections n’auront pas de casier judiciaire, pour composer leur dossier, l’affaire trouvera sans doute son dénouement. Nous sommes dans un pays qui carbure aux politiques et aux militaires parfois. Les circonstances vont donc arbitrer cette longue lutte des greffiers qui a usé six ministres sans trouver de solution.

Par Newton Ahmed Barry


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