Justice pour Norbert Zongo : Sommes-nous enfin dans un processus vertueux ?

Publié le jeudi 11 juin 2015

Jamais mort d’homme n’avait suscité autant de mobilisation et de réprobation de la part des Burkinabè que celle de Norbert Zongo. Alors que le pays avait retrouvé un semblant de calme suite au dépôt du rapport du collège de sages et l’organisation de la journée nationale de pardon, la question de la justice pour Norbert Zongo et ses compagnons d’infortune est restée le slogan de toutes les manifestations populaires. Dans un de ses rares moments de lucidité, l’adjudant Marcel Kafando, cité parmi les six suspects sérieux nous avait confié ceci : « un jour viendra où la vérité se saura sur la mort de Norbert.  » Selon des confidences faites par des personnes proches du dossier, il y a eu des moments où l’homme était sur le point de soulager sa conscience. Sans doute en raison des circonstances, il n’a pas eu le courage de franchir le pas. Blaise Compaoré à travers ses hommes de main avait réussi à imposer l’omerta sur ce crime odieux.
La commission d’enquête indépendante en avait fait le constat : «  Sur les auteurs à proprement parler du meurtre de Sapouy, la Commission d’enquête indépendante est persuadée qu’ils appartiennent à la garde présidentielle. Les auditions de nombreux militaires soldats, sous-officiers comme officiers - ont clairement mis en lumière les faiblesses de certains alibis, les contradictions dans plusieurs récits. Des hommes comme le soldat Christophe Kombacere, le soldat Ousseini Yaro, le caporal Wampasba Nacoulma, le sergent Banagoulo Yaro, le sergent Edmond Koama et l’adjudant Marcel Kafando mentent sur leur emploi du temps. Cela en fait de sérieux suspects. » (Version intermédiaire du rapport, jamais rendue publique). Racine Yaméogo, témoin à charge du dossier s’est rétracté en raison de la trop grande pression qui pesait sur lui.

« A défaut de la justice humaine, le Pr Ki Zerbo avait invoqué la justice divine. C’est sans doute elle qui est à l’œuvre dans l’histoire. Le peuple burkinabé s’est insurgé les 30 et 31 octobre derniers et le système Compaoré s’est écroulé comme un château de cartes »

Avec un tel succès, François Compaoré s’était donc convaincu qu’il pouvait faire taire la presse. C’est le sens du procès qu’il a intenté contre notre canard. Bref, les dossiers criminels dans lesquels Blaise Compaoré et son frère étaient impliqués, à défaut de les enterrer définitivement, on avait tout au moins réussi à les geler. C’était compter sans un acteur principal : l’histoire. A défaut de la justice humaine, le Pr Ki Zerbo avait invoqué la justice divine. C’est sans doute elle qui est à l’œuvre dans l’histoire.
Le peuple burkinabè s’est insurgé les 30 et 31 octobre derniers et le système Compaoré s’est écroulé comme un château de cartes. La justice autrefois amorphe et aphone regagne petit à petit du souffle. Les dossiers qu’on croyait enterrés ont été ré-ouverts. S’agissant du dossier Norbert Zongo que les juges acquis du système Compaoré avaient frappé d’un non-lieu, la justice transitionnelle a ordonné sa réouverture. A Arusha, la Cour Africaine des droits de l’homme vient elle aussi de rendre public un arrêt, ordonnant à l’Etat du Burkina de reprendre l’instruction du dossier. Loin d’être superfétatoire, cet acte est surtout nécessaire et utile, non seulement par la double légitimation d’une décision judiciaire, mais plus encore par cette extraordinaire pression qui met le Burkina devant ses responsabilités. Dans six mois, l’institution judiciaire africaine reviendra à la charge pour évaluer la mise en œuvre de l’Arrêt d’Arusha. Michel Kafando et son équipe de la Transition ont là l’occasion de sortir la tête haute en posant des actes forts conformes à l’une des grandes aspirations du peuple du Burkina qui se trouve être aussi, celle des peuples africains.
Mais plus que les politiques, c’est à nos juges qu’il appartient de faire le job en toute indépendance. L’occasion est donc exceptionnelle. Elle commande que nos juges acceptent enfin de mettre les pieds dans les plats. Certes, les obstacles ne sont pas tous vaincus avec la fuite de Blaise. Mais c’est aussi cela qui vaudra leur mérite. Le peuple burkinabè veille au grain aujourd’hui comme hier et plus encore demain !

Par Germain B. Nama


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