Réinstallation PAP de l’aéroport de Donsin : Fin juin, le deadline de la MOAD

Publié le jeudi 11 juin 2015

Nous revenons sur les travaux d’aménagement de l’aéroport de Donsin. Dans un premier reportage effectué sur les sites d’accueil, nous avons relayé les plaintes des populations affectées par le projet (PAP) de construction de l’aéroport. La Maîtrise d’ouvrage de l’aéroport de Donsin (MOAD) avait été pointée du doigt par les victimes sans qu’elle n’ait pu réagir à ces plaintes dans le même article. Nous avons donc par la suite essayé de corriger le tir en retournant vers la MOAD. Son directeur général Edouard Bouda nous a accordé une interview que nous faisons précéder d’un deuxième reportage réalisé sur certains sites d’accueil qui n’avaient pas été visités. Une sortie de terrain qui laisse apparaître un résultat mitigé sur l’ensemble des sites à savoir le site d’accueil de Donsin, de Taonsgo, de Voaga et de Kaartenga.

Un peu plus d’un mois après notre première tournée sur les sites d’accueil des populations affectées par le projet de construction de l’aéroport de Donsin, la situation semble avoir connu un petit coup d’accélérateur sur certains sites comme Kaartenga. Le vendredi 3 avril 2015 lors de notre premier passage, le site d’accueil de Kaartenga était inhabité et les travaux de construction des murs de clôture étaient en pleine exécution. Cette fois-ci des travaux étaient toujours en cours à Kaartenga, mais malgré cela des ménages s’y sont installés. Du reste, Jules Compaoré président du Comité Villageois de Développement (CVD) de Kaartenga affirme qu’il n’a pas le nombre exact des ménages qui ont déjà fait le déménagement mais la seule certitude est qu’ils sont nombreux. C’est d’ailleurs pendant les échanges avec le président du CVD de Kaartenga que le vieux Zitenmandé Ilboudo nous a rejoint. A 77 ans, il fait partie des personnes affectées par le projet de l’aéroport. Même s’il n’a pas encore fait le déménagement définitif sur le site d’accueil, il y dort déjà et s’active pour déménager avant que la saison des pluies ne s’installe. « Je n’ai plus la force. Si c’est à l’époque où j’avais 20, 30 ans, je suis convaincu que personne n’allait me devancer ici (sur le site d’accueil ndlr). Avec le poids de l’âge c’est devenu compliqué. J’ai des enfants mais aucun d’eux n’est à côté. J’ai la volonté pour le déménagement mais mes capacités physiques m’empêchent de le faire le plus rapidement possible ». C’est en ces termes que Zitenmandé Ilboudo a justifié le retard accusé dans sa réinstallation. A Voaga également, un site d’accueil situé à une dizaine de kilomètres de Kaartenga, l’atmosphère qui y régnait a tout suite convaincu qu’il s’agit d’un site d’accueil déjà habité. A l’arrivée, nous avons trouvé des jeunes, filles comme garçons, dans un forage à la recherche de l’eau. Après renseignement, il est rapporté que 42 ménages devraient être relocalisés sur ledit site.
D’ailleurs, il y a déjà eu des concertations avec ces ménages sur la question. Tout laisse croire que les locataires de ce paysage étaient dans un besoin pressant. Ce site, selon Zarata Ilboudo habitante de Voaga, est habité il y a 3 mois environ. De retour à Taonsgo, le constat est identique. Sur un ensemble de 41 ménages susceptibles d’occuper les habitations, seul un ménage n’a pas encore fait le déménagement. Les 40 ménages y habitent déjà et se plaisent dans leur nouveau site d’accueil à l’image d’Yvette Bonkoungou, habitante de Taonsgo. Deux jours après leur déménagement, Yvette Bonkoungou ne trouve rien à reprocher aux infrastructures d’accueil. Elle confie alors que leurs « conditions de vie sur le site leur plaisent pour le moment ».

Le site de Donsin, un site à problème

Cependant, sur le site de Donsin, depuis notre dernier passage, aucune amélioration n’est à noter. Les logements achevés mais pas crépis et des fosses de latrines alignées mais non construites jusque-là. Ce site dont le marché a été attribué à l’entreprise AZIMMO a connu un coup d’arrêt et peine à reprendre les travaux. Selon les techniciens de la maîtrise d’ouvrage, l’entreprise a fini les travaux et a même demandé que la réception se fasse. Et c’est au moment de la réception, que la MOAD a constaté un certain nombre de défaillances dans les travaux. «  Nous avons demandé à l’entreprise de reprendre les travaux. Nous avons fait une dernière réunion avec cette entreprise afin de trouver des solutions car il s’agissait pour nous de demander à cette dernière d’accélérer les travaux en vue de restituer les logements d’ici fin juin  » a confié Adama Tarnagda, assistant au département du contrôle des travaux. C’est donc au cours de ces tractations que les événements des 30 et 31 octobre 2014 sont venus tout remettre à plat à en croire les techniciens de la MOAD. Celle-ci a entrepris des rencontres avec l’entreprise pour lui demander de finir les travaux mais jusque-là, la situation reste statique. D’où la nécessité pour la maîtrise d’ouvrage de s’assumer. Et selon Edouard Bouda directeur général de la MOAD, «  des dispositions ont été prises pour corriger tous les manquements et les entreprises qui sont à la traine, n’auront pas droit à des délais supplémentaires à accorder. Nous allons user de tous les droits que nous offre la règlementation en matière de marché  ».

La question des latrines, toujours une pomme de discorde

Si le problème d’eau est partiellement résolu comme en témoignent certaines personnes rencontrées sur les sites d’accueil, la question des latrines reste la pomme de discorde entre les populations affectées par le projet et la maîtrise d’ouvrage. Le nœud du problème, c’est que l’argent est insuffisant comme l’a confié Zitenmandé Ilboudo. «  Ce sont les premiers responsables du projet qui ont fait que nous n’avons pas encore construit les latrines. L’argent qu’ils ont donné est très insuffisant pour construire une latrine  » s’insurge le vieux Zitenmandé en se demandant si l’on peut construire une latrine avec 150 000fcfa. Selon ses explications, rien que pour le creusage de la fosse, il leur faut 50 000fcfa, sans compter le prix du ciment, les briques, la ferraille et la prise en charge du maçon pour la construction. Lui a déjà confectionné les briques de son WC et creusé la fosse. Il ne lui reste plus qu’à construire ne serait-ce que pour la forme parce que l’argent ne lui a pas suffi. Alors que la MOAD plaide sa bonne foi et reconnait que la question des latrines et des murs de clôture ne faisait pas partie des clauses du contrat au début du projet. Au départ, semble-t-il, la MOAD avait recruté une entreprise pour la construction des latrines lorsqu’ils ont jugé utile de les ajouter au projet. Cette dernière avait soumissionné à 124 000fcfa par latrine. C’est donc dans un souci de rapidité que la maîtrise d’ouvrage a donné l’argent aux ménages concernés pour qu’ils le fassent eux-mêmes. 150 000fcfa a ainsi été donné par latrine. La MOAD déplore d’ailleurs le fait que certaines personnes aient dilapidé cet argent sans commencer les travaux et se plaignent que c’est insuffisant.
Quant à la question de la réinstallation et des indemnisations, une formule semble avoir été trouvée. La MOAD s’est fixée comme délai pour réinstaller le maximum de personnes affectées la fin du mois de juin. Et pour le DG de la MOAD, « le plus tôt les personnes affectées par le projet rejoindront leurs sites d’accueil, le plus tôt ils seront indemnisés et le plus tôt ils disposeront de l’éclairage solaire mais aussi des «  pousse-pousse  ».

Par Wend-tin Basile SAM


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