Tangangari dans le Sahel : L’ODJ exige justice pour les martyrs

Publié le jeudi 11 juin 2015

Ils ont profité de l’insurrection populaire pour se défaire «  des griffes martyrisant de la société minière Adama Kindo  ». C’est en ces termes qu’André Tibiri, président de l’organisation démocratique de la jeunesse (ODJ) a décrit le crime odieux perpétré contre les militants de son organisation le 30 octobre. C’était le dimanche 09 mai dernier à l’occasion de l’hommage qu’il a rendu aux martyrs. Ce fut l’occasion pour la population de Tangangari de manifester pour exiger le départ de la société minière de leur localité. Selon les propos recueillis sur place, cette société avait des pratiques esclavagistes. Elle faisait subir aux populations «  injustices  » de nature financière, physique et en matière de droits humains. Bien que Tangangari pleure le meurtre de ses cinq enfants, ils sont nombreux, les résidents à se réjouir du fait d’avoir pu «  chasser Somika de leur terre  ». L‘ODJ a été accueillie par les populations de Tangangari en véritable libérateur et Somika était cloué aux piloris. La journée d’hommage a été le couronnement d’une caravane régionale qui a traversé plusieurs régions sous le signe de «  justice et liberté ».

Tangangari est une localité située dans le sahel profond dans la province du Yagha à quelques encablures du Niger. Bien que fortement peuplé de peulhs, l’activité principale des habitants est l’orpaillage. Les caravaniers sont arrivés à Tangangari le samedi 08. L’ambiance dans la commune était électrique. Les discours de complaintes exigeant justice pour «  les martyrs  » se succédaient au fil des prestations d’artistes. L’assemblée s’en délectait jusque tard dans la nuit sans laisser entrevoir des signes d’essoufflement. La foule ne s’est dispersée que lorsque les décibels des haut-parleurs ont cessé d’émettre. Au moment où les partis politiques sont en précampagne, l’ODJ, structure de la société civile est pour sa part allé en campagne sous le thème : «  les richesses du pays…au peuple  » et les spoliateurs du peuple devant la justice.

Pourquoi la «  caravane justice et liberté  » ?

La caravane poursuit plusieurs objectifs. Il s’agissait pour les caravaniers d’exiger que justice soit rendue aux cinq camarades de Tangangari tombés le 30 octobre lors de l’insurrection générale. C’est aussi selon le docteur André Tibiri, l’occasion d’oeuvrer à l’avènement d’une véritable justice économique et sociale. Mettre les richesses du pays au service des populations comme le stipule l’article 14 de notre Constitution. Et l’ODJ a tenu à brandir l’étendard de cette lutte en «  organisant les exploités du pays  » afin que leur lutte porte des résultats. De fait comme l’a souligné André Tibiri dans son discours : «  les populations du Yagha s’étaient soulevé contre la société minière Adama Kindo (Somika) qui exploitaient l’or du sous-sol de la province du Yagha dans des conditions extrêmement difficiles pour les populations. Lesquelles populations étaient sévèrement réprimées. Ces populations étaient exploitées. Elles étaient considérées comme des populations de non droit et c’est pour avoir dit non à l’exploitation anarchique de leur or par Somika que nos cinq camarades ont été tués  ». Et il rappelle qu’à l’époque sa structure avait fait une déclaration pour dire que «  Somika dans le Yagha est un Etat dans l’Etat avec sa milice privée, ses prisons et tout cela suppléée par les forces de police de l’Etat burkinabè et par l’administration burkinabè ». Toutes les fois qu’il y a eu un conflit entre Somika et les populations poursuit-il, les forces de l’ordre et l’administration se sont rangées purement et simplement du côté de Somika. Face à une telle situation, C’est face à cette situation que les populations lentement et patiemment se sont organisées sous la coupole de l’ODJ pour connaitre leurs droits car elles étaient sûres d’être brimés dans leurs droits. Ainsi les résidents de Tangangari auraient adressé une plate-forme à Somika et à l’Etat burkinabè en vue de voir leurs droits respectés. C’est faute de n’avoir pas voulu examiner favorablement leurs doléances que la situation a fini par dégénérer », déplore André Tibiri. L’affrontement entre les populations et les forces de sécurité a fait cinq tués et une soixantaine de blessés dont des cas graves, tous du côté des manifestants. Un agent de sécurité ayant pris part à la répression serait présentement incarcéré à Dori. Soulignons par ailleurs que les populations de Tangangari se plaignaient du fait que le prix auquel Somika achetait leur or était inférieur au prix pratiqué dans les autres comptoirs au Burkina.

Témoignage de reconnaissance à l’ODJ

Dans la matinée du dimanche, le bureau exécutif de l’ODJ conduit par son président a rendu visite aux familles des martyrs. Il y avait de la mélancolie de part et d’autre mais aussi de la satisfaction d’avoir réussi quelque chose. Tristesse parce que on a perdu des fils ou des camarades mais de l’autre côté il y avait la satisfaction d’avoir réussi à chasser la société minière de leur localité.
A cet effet, les parents ont doublement remercié le président de l’ODJ pour les avoir aidé à s’organiser pour résister contre les «  dérives  » de la société minière mais aussi pour la victoire qui a été remportée contre SOMIKA. Les cinq « martyrs  » ont laissé derrière eux des femmes et des enfants dont certains (nouveaux nés) n’ont pu voir leur père que pendant trois jours. Un des «  martyrs  » a laissé 02 épouses et 04 enfants. Le bureau exécutif a présenté ses condoléances aux familles des morts et a souhaité prompt rétablissement aux blessés.
Après les visites, les militants de la structure et les autochtones vêtus de T-short de couleur rouge sont allés se recueillir sur les tombes des «  cinq combattants de la liberté  ».

Les perspectives

La journée d’hommage s’est achevée par un meeting auquel assistait un auditoire nombreux. Micro en main, Tibiri a tenu un long discours dans lequel il a cloué aux piloris l’ancien régime dans leur gestion de la res publica. Les gestionnaires de la Transition n’ont pas été épargnés. Eux qui, selon Tibiri ne font rien allant dans le sens de juger les anciens dignitaires du régime y compris ceux qui l’ont quitté avant les émeutes des 30 et 31 octobre. Prenant ses distances des partis politiques de l’oppositions comme de l’ex majorité qu’il qualifie de «  marchands d’illusion  », André Tibiri a invité les populations à ne pas baisser la garde. «  Somika est parti mais ne baissez pas la garde car il cherchera à revenir. Le combat engagé est profond. Nous devons poursuivre la lutte afin qu’on ne nous arrache pas les acquis. », prévient le tribun. Il a en outre enjoint le peuple Burkinabè en général à se battre pour «  la vraie indépendance du pays. Une indépendance où les richesses profitent véritablement aux populations à travers une politique sociale bien menée par « des gens qui aiment leur peuple et qui acceptent de se sacrifier pour lui  ».
Les populations de Tangangari ont été reconnaissantes à l’ODJ. Les femmes ont offert un gros bélier aux caravaniers. Les hommes qui n’y avaient pas pensé ont promis de faire mieux prochainement que les femmes.

Par Hamidou TRAORE

Discours d’hommage d’André Tibiri sur les sépultures des «  martyrs »

«  Camarade Boubacar Hama, camarade Mamadou Amadi, ce matin la jeunesse patriotique et révolutionnaire du Burkina Faso, le bureau exécutif de l’Organisation Démocratique de la Jeunesse du Burkina Faso, les jeunes et les populations du Yagha et de Tangaganri sont rassemblés ici pour vous rendre un hommage mérité. Camarades vous avez accepté le sacrifice suprême pour plus de justice et pour plus de liberté. Vous vous êtes battu au prix de votre vie pour défendre les droits des populations du Yagha à jouir des ressources naturelles de leur sol. Ce combat que vous avez mené est un combat glorieux. Et ce matin rassemblés, nous voulons vous témoigner notre reconnaissance mais également notre engagement à nous battre pour que les auteurs de ces crimes soient punis à la hauteur de leur forfait. Camarade Amadou Woba, Boubacar Abdramane, Boubacar Cissé dit Boubou, Boubacar Hama et Mamoudou Amadi que vos âmes reposent en paix sur la terre du Yagha.  ».

H T


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